Bugatti EB 110 : retour en demi-teinte

Lorsque l’industriel italien Romano Artioli achète les droits de Bugatti en 1987, ce dernier voit les choses en grand et lance l’EB 110, une des supercars les plus puissantes de son époque. Malheureusement, les efforts ne sont pas toujours récompensés.

Homme d’affaires italien, Romano Artioli a eu un destin hors du commun. Responsable du plus grand distributeur Ferrari d’Italie et du Sud de l’Allemagne. Au début des années 80, il devient premier importateur de Suzuki via sa société Autoexpo. En 1987, sur les conseils de Ferruccio et Paolo Stanzani, il fonde une holding qui acquiert les droits d’exploitation de Bugatti et se retrouve par la même occasion à la tête de la marque. Le but est de faire revivre ce constructeur prestigieux disparu durant les années 50. Très influent, Artioli s’entoure des meilleurs spécialistes dans le but de créer une supercar. Paolo Stanzani conçoit le moteur et le châssis, Marcello Gandini dessine la carrosserie et Nicolas Materazzi, le papa de la Ferrari F40, gère tous les aspects techniques du projet. Pas entièrement satisfait du travail du designer, Artioli demande à Gandini de rectifier son dessin ce que ce dernier refuse. Finalement, le style final est dû à Giampaolo Bendini qui le remplace au pied levé. La Bugatti EB110 est enfin présentée en grandes pompes sur les Champs Elysées en septembre 1991 afin de célébrer les 110 ans de la naissance d’Ettore Bugatti.

Artillerie lourde

Cette voiture à l’allure un peu pataude renferme une pièce d’ingénierie, un V12 de 3,5 litres de cylindrées à 60 soupapes développant 560 ch et un couple de 611 Nm à 3.750tr/min grâce à un arsenal de 4 turbos. Associé à une boîte mécanique à 6 rapports, ce bloc envoie sa puissance à concurrence de 73% aux roues arrière et de 27% à l’avant. Cette technique hyper sophistiquée, on la retrouve dans le reste de la voiture dont la caisse est réalisée en matériaux composites (dont une majorité de carbone) pour une rigidité maximale. Le freinage est quant à lui confié à des grands disques ventilés Brembo et les pneus sont construits sur mesure par Michelin pour résister aux assauts particulièrement violents de la voiture.

Problèmes de trésorerie

Pour assembler l’EB 110, Bugatti s’offre en 1991 une toute nouvelle usine ultramoderne à Compogalliano. Le développement de la version de série prend alors du retard. L’année suivante, Bugatti présente une évolution de l’EB 110 GT nommée EB 110 SS. Véritable voiture de course homologuée pour la route, celle-ci voit la puissance de son moteur passer à 611 ch et 650 Nm alors que l’intérieur est quant à lui dépouillé pour gagner un maximum de poids. En 1993, les premières voitures sont livrées mais malgré des qualités évidentes, la Bugatti se vend mal et les limitations de production font fuir les clients. En 1995, la production est arrêtée et l’année suivante, le constructeur est déclaré en faillite. Alors qu’il a racheté Lotus en 1993, Romano Artioli revend la société trois ans plus tard pour éponger les pertes de Bugatti. Pour l’anecdote, l’usine est revendue à un fabricant de meubles qui ferme rapidement ses portes suite à une banqueroute. Les lieux demeurent abandonnés depuis.

Diva très exigeante

Au final, l’EB 110 a été produite à seulement 125 exemplaires dont très peu ont beaucoup roulé. Après avoir connu une période d’errance durant laquelle elle n’intéressait pas beaucoup les collectionneurs, la sportive italienne est revenue au premier plan, en témoigne l’EB 110 SS qui était la star de la vente Bonhams au Zoute Grand Prix et qui a changé de mains pour le prix de 2,24 millions d’euros. Plus encore que son prix exorbitant, l’EB 110 souffre du manque de pièces détachées. Il convient donc de passer par la case refabrication qui se solde par des coûts très élevés. Aujourd’hui, seuls deux spécialistes (en Italie et en Allemagne) sont capables de s’occuper de cette voiture qui s’avère heureusement assez fiable. Comme toute supercar, les échéances d’entretiens doivent être scrupuleusement respectées. Ces efforts sont le prix à payer pour utiliser une voiture exceptionnelle dont le V12 est certainement un des meilleurs jamais conçus.

 

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