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Lorsque Claude Bourgoignie passa en vainqueur la ligne d’arrivée de l’avant-dernière épreuve du Johnson Wax Euro Trophy, à Imola, et remportait par la même occasion le titre de Champion d'Europe de Formule Ford il signait là l’aboutissement de plusieurs années d’efforts individuels et la consécration méritée d’un travail d’équipe.

Ce titre unissait trois amis dans la victoire; victoire difficile acquise par une conscience de professionnels, une foi de passionnés et une volonté de combattants.

Si les qualités de pilotage de Bourgoignie lui ont valu ses nombreux succès, ceux qui y ont contribué par la préparation recherchée de son matériel, sont trop souvent méconnus.  Par l’amélioration constante de son matériel, Jean-Claude Van Vucht et Paul Swaelens, ont permis à Claude, non seulement d’affirmer ses talents, mais encore de parfaire son pilotage grâce à un comportement toujours plus parfait de sa voiture.
A 24 ans, Jean-Claude Van Gucht a conquis le respect des ingénieurs de l’usine à un point tel que la nouvelle F. Ford Lotus 69 AF commercialisée en 1971 est une copie conforme de la voiture élaborée par lui. Ceci constitue le plus bel honneur et la plus flatteuse des références soulignant la valeur, et la conscience professionnelle de ce. jeune mécanicien de course.


Formé par Paul Swaelens

Vaincu par l’amour de la mécanique, Jean-Claude abandonne très vite l’école de dessin de St-Luc. Après avoir travaillé six mois dans une banque, il fait un apprentissage chez Wouters, ancien mécanicien de l'équipe nationale Belge. Pendant ces trois ans, et après son service militaire, il travaille régulièrement en compagnie de Paul Swaelens qui lui enseigne l’anatomie complète d'une monoplace. Celui-ci dirige officiellement le « Paul Swaelens Cooper Team » soutenu par l’usine. C’est à cette époque qu'il se lie d’amitié avec le regretté Jacques Bernusset, pilote en pleine ascension.

"La saison promettait d’être fracassante an début de 1966, la Cooper avait été minutieusement préparée et devait être très compétitive. Jacques était gonflé à bloc pour la saison, mais la fatalité a voulu qu’il se tue à la première course de la saison à Magny-Cours. »

La mort de Bernusset marque profondément Jean-Claude et entraîne l’écroulement moral du Team Cooper.

A partir de 1966 jusque début 1970, il aide Swaelens dans l’entretien et la mise au point des voitures de course et il apprend tous les secrets du métier. « Paul m’a tout appris et je lui dois toute ma formation ».

Vainqueurs du Trophée Johnson Wax

Pour 1970, Jean-Claude s'associe avec Claude Bourgoignie, lequel a remporté toutes les courses en Belgique sur une Lotus 61 soutenue par Jim Russel. Malgré la possibilité de passer en F 3, Claude décide d'exploiter son expérience en F. Ford en visant le Trophée européen J. W. doté d’une Lotus de F 3. Grâce aux soutiens financiers de Johnson Wax et du Pétrolier Oxy, le tandem dispose d'un budget suffisant pour élaborer une voiture compétitive.

Jean-Claude décide de mettre toutes les chances de son côté et entame la construction d’un prototype qu'il aménagera sur mesure pour Claude.
Prenant comme base la Lotus 59 créée par Dave Baldwin, fl utilise, sur un chassis de F2/FB des suspensions de F3 et développe la construction du prototype projeté par Lotus.

Apès un mois de travail assidu à l'usine, la voiture est sur roues et Jean-Claude entreprend de la parfaire dans son atelier.


À l’issue des deux premières épreuves comptant pour le Championnat à Zandvoort et à Hockenheim, la voiture n'est pas suffissament compétitive , et Claude ne peut que terminer respectivement deuxième et cinquième : « Aux premières courses, on était nulle part; la voiture était trop lourde et son poids était très mal réparti ».


Ayant concédé des points à ses principaux rivaux, il était vital de gagner à Zolder pour conserver des chances à la victoire finale. Jean-Claude travaille d’arrache-pied. Il déshabille toute la Lotus et entreprend de l’alléger. Il parvient à gagner une quinzaine de kilos sur l’ensemble de la voiture en fabriquant des réservoirs d’essence et d'huile en aluminium, un siège en polyester, en allégeant la carrosserie et en modifiant le profilage de la voiture par une caisse en aluminium sur les flancs. Il allège également le radiateur d’eau. La voiture est complètement remaniée, jusqu’à l'emplacement des accessoires tels que le levier de vitesses et la position de Conduite. Ces efforts trouvent leur tribut par une victoire éclatante à Zolder. La voiture a été améliorée à un tel point que Bourgoignie peut donner libre cours à son talent


Il se détache irrésistiblement Le parfait réglage des suspensions de la Lotus offre une constance dans le comportement qui permet des glissades régulières et efficaces. Son principal adversaire, Colin Vandervell, est relégué à 19 secondes.


Après Zolder, comme après chaque course, Jean-Claude redéshabille complètement la voiture pour contrôler chacun de ses organes.
« Il y a toujours du travail sur une voiture de course et on peut toujours l’améliorer en allégeant ou en perfectionnant l’une ou l’autre pièce. On me demande parfois ce que je peux bien faire en travaillant à temps plein sur la voiture, et pourtant je passe souvent des nuits entières entre deux courses. A chaque épreuve U y a des éléments supplémentaires dont il faudra tenir compte. On ne peut jamais prétendre qu’une voiture de course est parfaite.


En travaillant continuellement sur la voiture, on peut dire que la voiture tend vers la perfection en fin de saison. C’est malheureusement à ce moment qu’on la vend ».


« Par exemple, avant la course de côte de Rangiers, nous avons préparé spécialement la voiture pour la côte. Nous sommes arrivés à alléger jusqu’à 500 grammes du poids minimum imposé et nous avons fait de nombreux essais de tenue de route à Snetterton. Nous avons placé les derniers porte-moyeux d’usine et ramené les freins arrière à l’intérieur des roues »

 
Jean-Claude voit l’avenir avec réalisme. Il sait que l’an prochain ce ne sera pas facile en F3


« La grosse inconnue sera le moteur 1600. En principe nous restons fidèles à Holbay, chez qui nous sommes très bien introduits. Néanmoins, nous ne pouvons pas nous permettre de nous lier irréversiblement L’enjeu est trop important et quoiqu’il arrive fl faudra que nous ayons on moteur « dans le coup ».


» Hormis la question moteur, j’ai entièrement confiance dans la valeur de Claude, il a prouvé à Chimay et aux Coupes de l’Avenir qu'il pouvait s’adapter rapidement Tout ce qu'il fait Il l’entreprend avec sérieux et application. Il sait se priver de tout pour la course. Pour lui la course se déroule sur la piste, et pas dans les bars. Eu tant que idiote, U possède un grand pouvoir de concentration qui se traduit par des temps rapides et réguliers. Pour le reste, il est assez clairvoyant pour chercher des conseils chez plus expérimenté que lui ».
Comme on a pu s’en rendre compte, le caractère du pilote s’accorde à merveille avec celui de son mécanicien.

Animés du même enthousiasme, ils possèdent tous deux le souci de la finition et une application volontaire à l’ouvrage.

L’ambition de Jean-Claude ?« Je voudrais atteindre le plus haut échelon que peut atteindre une équipe « privée » en sport automobile. Je ne voudrais pas m’intégrer dans une écurie officielle de F1 afin de ne pas rétrograder du point de vue des responsabilités ».

A 24 ans, Jean-Claude Van Gucht peut se vanter (ce qu’il ne fait jamais d’avoir réalisé la meilleure Formule Ford mondiale.

Lorsque l’on connaît sa passion pour les monoplaces, on devine qu’il n'est pas près de s’endormir sur les lauriers que Claude Bourgoignie a mérité grâce à son travail.


Jean-Charles GORIS.