DeLorean DMC 12, la fausse bonne idée

Quand l’ancien numéro 2 de Général Motors décide de créer sa propre marque et de commercialiser ce qui doit être la meilleure sportive du moment, on se dit que qu’il y a de grande chances pour que le résultat soit convainquant. Mais parfois, les choses ne passent pas comme prévu…

Fils d’immigré roumain, John DeLorean a connu un parcours peu commun : ingénieur de formation, il fait carrière chez GM où il gravit rapidement les échelons. A l’âge de seulement 40 ans, il devient directeur général de Pontiac, puis de Chevrolet en 1969 avant d’être carrément nommé numéro un de cet énorme groupe automobile en 1972. Visionnaire de génie, DeLorean est également très mondin et vit grand train. Souvent à la une des magazines « people », il a une image qui est peu en adéquation avec les valeurs de GM. Il finit par démissionner de son poste quelques mois après et envisage de créer sa propre marque. Très ambitieux, notre homme imagine une voiture sportive qu’il veut résistante et économe en carburant. En 1975, il fonde la DMC (DeLorean Motor Company) et crée une équipe avec laquelle il construit un premier prototype l’année suivante. Bien qu’imaginée avec un moteur Wankel rotatif, la voiture adopte finalement le V6 PRV (Peugeot Renault Volvo) qui a été adapté aux strictes normes de pollution américaines.

Cascade de problèmes

Malheureusement, les difficultés s’enchaînent rapidement dans la mise au point de la voiture. Entre des techniques de production envisagées qui s’avèrent finalement impossible à utiliser en grande série. Le développement patauge, le temps passe et DeLorean se résout finalement à le confier à Colin Chapman, fondateur charismatique de Lotus. Disposant d’une carrosserie dessinée par Giugiaro dont les éléments sont réalisés en inox, la DMC se voit adapter un châssis poutre de Lotus Esprit tout en conservant les portes papillon voulues par John DeLorean. Lorsque la voiture semble enfin proche de la production, il est temps de lui trouver une usine pour la fabriquer. L’américain entame alors un tour du monde pour trouver le meilleur endroit. Opportuniste, il trouve enfin son bonheur en Irlande, près de Belfast, une région sinistrée gangrenée par le chômage où le gouvernement local est prêt à l’aider financièrement en échange de la création de 3.000 emplois.

La poisse continue

Avec le début des travaux en 1978, la production doit normalement débuter l’année suivante. Cependant, les exemplaires de présérie connaissent de nombreux problèmes sérieux (portes qui ne s’ouvrent pas, pannes électriques à réputation, etc.) retardent la fabrication de la DMC 12. Le souci, c’est que les réserves d’argent s’épuisent vite et que le train de vie fastueux de DeLorean n’arrange pas les choses. En janvier 1981, la chaîne de production est enfin lancée mais la main d’œuvre non-qualifiée fait que les premiers exemplaires connaissent de nombreux problèmes de fiabilité. Connaissant des débuts très difficiles, le DMC 12 déçoit en raison de son prix prohibitif (plus de 2 fois le tarif annoncé au départ), de ses performances très moyennes et de sa qualité globale très moyenne. Les ventes sont très vite décevantes et le constructeur est à court d’argent. JohnDeLorean a alors la plus mauvaise idée de sa vie : pour gagner rapidement de l’argent, il s’engage à revendre de la drogue au profit de trafiquants, une opération qui s’avère être un piège tendu par le FBI ! Les ennuis judiciaires commencent alors et DMC est déclaré en faillite le 26 octobre 1982.

Une légende est née

Cette histoire rocambolesque a inspiré la télévision et le cinéma puisque de nombreux documentaires y ont été consacrés, de même qu’une série Netflix ! Quant à la DMC 12, elle aurait pu rentrer dans l’histoire de l’automobile de façon anecdotique si elle n’avait pas été la star de la trilogie cinématographique « Retour vers le Futur » qui l’a rendue mondialement célèbre. Même si elle est plutôt jolie, la DeLorean s’avère très quelconque à conduire avec ses misérables 130 ch. Faisant l’objet d’un véritable culte, la DMC 12, produite à seulement 8.653 exemplaires, a été fiabilisée avec les années et plusieurs professionnels ont recommencé à fabriquer des pièces détachées. Devenue légendaire plus grâce à son histoire peu banale que ses qualités intrinsèques, elle bénéficie d’une cote soutenue. Il vous faudra débourser au minimum 40.000 euros pour votre offrir un exemplaire de ce flop commercial retentissant.

 

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