Jeudi. Les concurrents du Tour
Auto Optic 2000 s'élancent ce matin de Lyon pour rallier Megève via
le circuit de Bresse dans le Jura. Pour ma part, j'ai prévu d'aller
directement sur le circuit avant d'enchainer le déjeuner au Chateau
de Rosay situé à une quinzaine de kilomètres puis de tenter de
rattraper les voitures avant Megève. Ensuite, je partirai
directement de la station alpine vers le lac de Côme pour rejoindre
la Villa d'Este et son concours d'Elégance. Un programme ambitieux,
peut être même un peu trop. L'arrivée des concurrents à la Bresse
est prévue vers 11 heures mais je décide de prendre les devants. Je
démarre vers 7h30 et arrive sur place à 09h00. J'avais plus ou
moins l'intention de reconnaitre la route d'accès au circuit pour
trouver un coin sympa mais il y a déjà du monde dans l'enceinte
ainsi que plusieurs Ferrari. Je reste donc. Sur le parking Presse -
VIP, voici déjà deux voitures appartenant à des membres de Forum
Auto.
Et du coté du paddock,
plusieurs voitures attendent: Stradale, Scuderia, 599 GTB... Il est
très vite évident qu'elles vont profiter du créneau pour faire un
peu de roulage.
Je me dirige donc vers le
virage surplombé par la butte ouverte au public pour assister aux
premiers tours de roues. J'y retrouve Ludo qui suit les concurrents
depuis Paris.
Cette Alfa est surmontée d'un
rig, un système artisanal destiné à recevoir un appareil de prise
de vue. Franchement j'en rêve pour faire des images dynamiques mais
avec deux mains gauches, pas facile de construire un système qui ne
précipiterait pas instantanément l'appareil photo à sa
perte.
Très rapidement, les
spectateurs arrivent en masse. Le succès populaire s'annonce
vraiment impressionnant. Certains ont droit à l'enceinte du
circuit, comme cette 308 et cette Dino,
d'autres doivent aller se
garer dans un champ attenant, comme cette Testarossa.
Lequel champ est très
rapidement saturé, ce qui conduit quelques propriétaires de
voitures exotiques a chercher des places de plus en plus
rares.
Les voitures initiales sont
rejointes en piste par quelques autres mais dans l'ensemble
les participants sont plus que prudents.
Apparemment le circuit est
situé dans un couloir aérien militaire. Depuis le temps que j'ai
envie de mettre un avion de chasse et une Ferrari sur la même
image. Mais je ne voyais pas çà comme çà et les barrières rouges
sont vraiment laides.
Les ouvreuses arrivent les
premières, en particulier deux des trois Enzo, la 458 et
la HGTE de Gérard Larrousse.
Cette dernière est impatiente
de prendre la piste.
C'est chose faite assez
rapidement, M Lestrade offrant quelques mémorables baptêmes aux
motards de la garde républicaine qui escortent les voitures sur les
liaisons. Cette fois l'ambiance est toute différente: les pilotes
sont expérimentés et roulent à très vive allure. La 458 parvient à
tenir l'Enzo en respect. Je discute un moment avec Laurent qui est
embarqué dans l'Enzo et chronique ses journées pour le site de
Sport Auto. Inutile de dire qu'il apprécie
pleinement l'expérience.
Margot Laffite offre également
quelques baptêmes de piste à bord d'une 500 Abarth.
Comme souvent, les concurrents
sont très en retard. Voici les premières Passo Corto qui se
présentent.
Très vite, elles doivent fendre une
foule dense qui s'est rapidement agglutinée.

Une des Enzo se prête bien à
un shooting rapide, malgré les stickers.
Je finis par me décider à
aller chercher une chasuble pour pouvoir assister aux plateaux
depuis le bord de la piste. On m'en remets une en échange de ma
pièce d'identité. Reste à décider où aller et surtout comment. Le
chef de piste me confirme qu'il n'y a pas de chemin "de ronde": La
Bresse est un circuit de campagne qui n'est pas prévu pour
accueillir des évènements officiels et si les installations sont
impeccables pour les pilotes, il en est autrement pour les
photographes. Il faut donc attendre les accalmies pour se déplacer
d'un endroit à un autre par la piste elle même et trouver un
endroit sécurisé. Oups. Je pars avec quatre autres photographes et
nous nous installons d'abord dans le 180°, contre les piles de
pneus à l'extérieur du virage. Ca ne me plait pas trop même si nous
évitons de nous mettre dans la trajectoire.
Ce sont les plateaux
compétition qui ouvrent le bal avec 8 tours d'essais suivis de 8
tours de course. Je fais la première session à cette place mais je
ne suis vraiment pas satisfait par la sécurité. Cela dit, vu la
foule très dense qui se presse sur la butte, je suis certainement
mieux ici. Il va sans dire que je me concentre principalement sur
les trois 250 Passo Corto en lice.
Pour la course, je passe à
l'intérieur du virage, ce qui me semble bien plus sage. D'ailleurs
les commissaires feront déplacer un caméraman placé pile sur la
trajectoire la plus prévisible d'une éventuelle sortie de
piste.
Ce qui ne m'empêche pas
d'avoir un coup de chaud quand j'entends un grand crissement de
pneus derrière moi.
Lotus, Alfa et Ferrari vont à un
train d'enfer, escaladant sans vergogne les vibreurs
et décollant même la roue
intérieure. L'Alfa finit par dominer tout le monde de la tête et
des épaules.
Un petit 50ème pour la forme

Je reste au même endroit pour
le second plateau compétition qui accueille les 275 GTB.
L'énorme Ford Galaxie est
également de la partie, une baleine dans les virages mais qui
accélère très fort en ligne droite et dans un bruit typiquement
US.
Quelques filés pour bien
faire, toujours au 1/50.
La course est cette fois
animée par les AC Cobra et une des Ferrari
mais celle ci perd pied en
plein dans le virage avant de repartir. Hum, tous les photographes
ne pointaient pas leur objectif dans la bonne direction, hélas pour
eux.
C'est la Porsche 904 GTS qui
s'impose.
Les Alfa Romeo étaient rapides
également.
Entre deux plateaux, je
rejoins en vitesse le paddock, le temps de constater que de
nombreux concurrents sont là désormais. Jean Ragnotti est prêt à en
découdre dans son Alpine. Les organisateurs pressent un peu le pas
car le retard est déjà important.
Je rejoins un autre
emplacement, dans un ilot de pneus isolé dans la verdure qui abrite
une cahute de commissaires de pistes. C'est au tour du plateau
le plus rapide d'entrer en piste et en effet, çà déménage: en
vitesse pure avec cette Ligier JS2 qui s'impose avec une large
avance,
en spectacle avec l'Alpine
A110
ou en bruit avec la 365 GTB/4
Groupe IV


et les De Tomaso
Pantera.
Mieux vaut accélérer bien en
ligne avec cette dernière sous peine d'avoir quelques soucis pour
garder le contrôle.
Ces monstres offrent un très bon
contraste avec le cadre très bucolique du circuit.

Le plateau est vraiment très
impressionnant.
L'Alpine de Jean Ragnotti
semble voler de virage en virage avec son nez très en
hauteur. Ca lui donne une allure vraiment très
particulière.
La 308 Groupe IV fait aussi le
spectacle.
Au final donc la Ligier JS2
s'impose devant une Porsche 906 puis les 2 Alpine A110.
Ragnotti a déjà fait sauter le casque. Effectivement il fait
chaud.
Je sais que l'heure tourne
mais le plateau suivant est celui qui rassemble le plus de Châssis
Court, en plus de la GTO. Je me dois donc de rester tandis que les
voitures quittent la pitlane.
Aux cotés des prestigieuses
Ferrari, on trouve également cette minuscule Panhard Junior de
1955. Cette voiture de 500 kilos propulsée par un moteur de 850 cm3
est menée a ses limites par son pilote qui ne démérite
pas.
En régularité, le rythme de la
plupart des concurrents est raisonnable, ce qui permet de bien
profiter des voitures à défaut de les voir donner le meilleur
d'elles mêmes.

Certaines voitures portent encore
une bonne couche de poussière des Tuileries. Un petit orage en
chemin n'aurait pas fait de mal.

Il va de soi que je me concentre
quasi exclusivement sur les très nombreuses et superbes Ferrari,
tellement plus en valeur ici qu'à Paris.


Ou quasi Ferrari

Je mitraille littéralement la GTO
mais honnêtement, elle le mérite.



Le point de vue dont je
bénéficie, quasiment en plein champ, est idéal pour faire de belles
photos.
La verdure et les pissenlits
offrent un meilleur fond que des tribunes de béton.


Qui plus est, le vert offre un
parfait complément au rouge et au jaune et donne des photos aux
couleurs éclatantes.


et on passe à 1/60ème




Un coup de mécanique sur le
bord de la piste et çà repart pour cette Jaguar.
Le déroulement des plateaux
régularité est différent des plateaux compétition. Ici il n'y a pas
de pause entre deux manches. Du coup, je me retrouve bloqué au
milieu du circuit sans aucun moyen de m'échapper avant la fin du
plateau. Ca commence à sentir le roussi.
Tout l'art de suivre ce genre
de rallye est de savoir partir au bon moment pour prendre de
l'avance sur les concurrents. Or là, je me retrouve enfermé alors
que je serais sans çà parti à la moitié de la
manche. Du coup, dès le dernier tour effectué, je me
dépêche d'aller rendre ma chasuble, je shoote à la volée la
250 Tour de France qui n'a d'ailleurs pas tourné et je me
presse vers ma voiture.
Je ne sais pas si le
circuit a déjà connu une affluence aussi importante mais c'est
vraiment bondé, même si la relative exigüité des lieux peut être
trompeuse.

De nombreux concurrents
partent déjà au déjeuner. Ca craint. Le Château de Rosay est à une
douzaine de kilomètres. Très vite, je me retrouve avec une 275 GTB
jaune et la Tour de France dans le rétro. Vitres baissées, c'est
magnifique. Dès que la route est un peu dégagée, je fais un signe
de la main et les deux voitures me dépassent dans un hurlement. Le
genre de sensations qui laissent des souvenirs pour longtemps. La
route s'élève et je devine de nouvelles Châssis Court dans le
rétro. Je me gare dans un virage pour les voir passer en
contrebas
Suivies de l'Alpine d'Alain
Serpaggi.
Le tout en moins de trois
minutes.

J'arrive ensuite au Château de
Rosay qui est minuscule suivant les critères habituels des lieux
fréquentés par le Tour. Je me gare à l'arrache comme tous les
véhicules d'assistance qui squattent une voie entière de l'étroite
route qui mène au château. Voici une vue d'ensemble:
J'y retrouve Stéphane, le
webmaster de kmotorsports
qui a quitté la Bresse devant l'affluence. Apparemment de nombreux
concurrents ont filé tout droit. La Tour de France qui m'a doublé
quelques minutes plus tôt repart déjà.
Quelque part, mieux vaut qu'il
y ait un turnover important sur les petits parkings car l'asphyxie
n'est jamais loin.
Bon, j'attrape tout de même du
beau monde mais dans l'empressement et le sentiment d'urgence qui
règne sur le parking, le temps manque pour reconnaitre des endroits
ou faire de vraiment belles images.


J'aime bien celles ci mais il
y avait sûrement moyen de faire mieux.
Les Ferrari 275 GTB arrivent
rapidement en masse, ce qui veut dire qu'un plateau supplémentaire
a fini sur le circuit.
Voici enfin la Lamborghini
P400 Miura que je n'avais pas encore vue rouler.
La voiture se gare en vrac et
le propriétaire s'en excuse en disant qu'il lui manque la marche
arrière et la troisième.
Bon, il est temps de continuer
car les voitures n'attendent pas. Malgré le nombre assez conséquent
de photos faites sur place, je suis en fait resté moins de trois
quarts d'heure au château.

Lors de la préparation de ma
journée, j'ai repéré sur Google Earth une épingle qui pourrait être
sympa quelques kilomètres plus loin. C'est mon étape suivante car
le Tour Auto sans photos du bord de la route, c'est tout de même
gâcher. Je me gare dans un chemin à l'extérieur de l'épingle. Pas
forcément le plus judicieux mais il n'y avait pas bien le choix non
plus, la Mégane va encore être dans le champ.
L'une des premières voitures
qui arrive est une 275 GTB qui s'arrête après le virage. Le
copilote me fait un signe et me donne son adresse mail afin de
récupérer la photo que je viens de prendre.
Finalement, il reste encore
pas mal de très belles voitures.
Prenant modèle sur Vincent de
CM-ARTE, je tente quelques
photos décadrées mais je suis encore loin d'avoir sa maitrise. Qui
plus est, je trouve que les collimateurs de mise au point du
7D sont assez centrés et qu'il est difficile, même en choisissant
spécifiquement les collimateurs les plus extrêmes, de faire des
mises au point sur les coins de l'image.
Les anciennes ont un rayon de
braquage assez important, et une direction sûrement très lourde, ce
qui ne les rend pas très vives. Du coup, les sorties d'épingles sur
la voie de gauche sont parfois un peu chaudes.
Vers la fin, je traverse pour me
mettre à l'extérieur de l'épingle, ce qui n'était peut être pas le
plus mauvais choix en définitive.

Tiens voici l'équipage féminin si
sympathique de la Gstaad Classic. Aujourd'hui, pas de signe de la
main, les pilotes ont les yeux braqués vers le point de corde.
Alors que les passages
s'espacent, la question de la suite des opérations se fait
pressante. Les premiers sont partis depuis très longtemps et même
avec l'autoroute, je ne pense pas pouvoir les dépasser pour faire
encore un peu de bord de route. J'ai tout de même 2h30 de trajet
donc il n'y aura de toutes façons plus beaucoup de lumière quand
j'arriverai à destination. Reste la possibilité de faire le parc
fermé de Megève, de nuit, mais j'ai déjà de nombreuses photos
statiques et l'intérêt est mince, d'autant que la journée a déjà
été très productive. Contrairement à ce que vous pourriez
penser, j'ai un caractère plutôt casanier et j'aime bien être chez
moi donc la décision était sûrement déjà prise au fond de moi. Ce
qui fait pencher la balance est que le curseur de batterie du 7D
n'est plus à son maximum et que si je vais à Megève, je ne pourrai
pas recharger avant la fin de la journée à la Villa d'Este.
J'échange donc mon projet 2h30 jusqu'à Megève puis 3h30 jusqu'à
Cernobbio par 1h30 jusque chez moi puis 4h30 jusqu'à
Cernobbio.
Pendant que les photos se
déchargent et que les batteries chargent, je tchatte avec Stéphane
qui est un peu désappointé par sa journée. C'est vrai que ce genre
de rallye fait à mon avis partie des évènements les plus difficiles
à couvrir. Il faut savoir quitter un endroit alors que l'animation
bat son plein pour se rabattre sur un autre lieu, sacrifier le plus
souvent le début ou la fin du plateau et être partout à la fois.
Seule l'expérience permet de s'en sortir au mieux et je me suis
tout de même laisser enfermer sur le circuit aujourd'hui. Pas de
regrets, c'était nécessaire, même si les conséquences ont
bouleversé le déroulement de la fin de journée. En tout cas, je
n'imagine même pas ce que çà doit être de suivre tout le rallye:
tenir ce rythme infernal sur 5 jours doit être épuisant,
surtout si il faut aussi assister aux soirées pour faire quelques
portraits des concurrents.
D'un autre coté, mon programme n'est
guère plus reposant: je vais me coucher à 22h30 sans avoir à me
forcer, en réglant le réveil sur 1h30. Ouille! Inutile de dire
qu'avant de sombrer très rapidement dans le sommeil, je me demande
si j'ai fais le bon choix en bouleversant mes projets. Andiamo in
Italia!
PS: je vous rappelle que des vidéos
réalisées par Optic 2000 et Philippe Lavil sont disponibles en
suivant ce
lien.