tourauto2010d2 1489

201004Tourjeudi

 

Jeudi. Les concurrents du Tour Auto Optic 2000 s'élancent ce matin de Lyon pour rallier Megève via le circuit de Bresse dans le Jura. Pour ma part, j'ai prévu d'aller directement sur le circuit avant d'enchainer le déjeuner au Chateau de Rosay situé à une quinzaine de kilomètres puis de tenter de rattraper les voitures avant Megève. Ensuite, je partirai directement de la station alpine vers le lac de Côme pour rejoindre la Villa d'Este et son concours d'Elégance. Un programme ambitieux, peut être même un peu trop. L'arrivée des concurrents à la Bresse est prévue vers 11 heures mais je décide de prendre les devants. Je démarre vers 7h30 et arrive sur place à 09h00. J'avais plus ou moins l'intention de reconnaitre la route d'accès au circuit pour trouver un coin sympa mais il y a déjà du monde dans l'enceinte ainsi que plusieurs Ferrari. Je reste donc. Sur le parking Presse - VIP, voici déjà deux voitures appartenant à des membres de Forum Auto.

 

Et du coté du paddock, plusieurs voitures attendent: Stradale, Scuderia, 599 GTB... Il est très vite évident qu'elles vont profiter du créneau pour faire un peu de roulage.

 

Je me dirige donc vers le virage surplombé par la butte ouverte au public pour assister aux premiers tours de roues. J'y retrouve Ludo qui suit les concurrents depuis Paris.

         

Cette Alfa est surmontée d'un rig, un système artisanal destiné à recevoir un appareil de prise de vue. Franchement j'en rêve pour faire des images dynamiques mais avec deux mains gauches, pas facile de construire un système qui ne précipiterait pas instantanément l'appareil photo à sa perte.

 

Très rapidement, les spectateurs arrivent en masse. Le succès populaire s'annonce vraiment impressionnant. Certains ont droit à l'enceinte du circuit, comme cette 308 et cette Dino,

         

d'autres doivent aller se garer dans un champ attenant, comme cette Testarossa.

 

Lequel champ est très rapidement saturé, ce qui conduit quelques propriétaires de voitures exotiques a chercher des places de plus en plus rares.

 

Les voitures initiales sont rejointes en piste par quelques autres mais dans l'ensemble les participants sont plus que prudents.

         

Apparemment le circuit est situé dans un couloir aérien militaire. Depuis le temps que j'ai envie de mettre un avion de chasse et une Ferrari sur la même image. Mais je ne voyais pas çà comme çà et les barrières rouges sont vraiment laides.

         

Les ouvreuses arrivent les premières, en particulier deux des trois Enzo, la 458 et la HGTE de Gérard Larrousse.

        

Cette dernière est impatiente de prendre la piste.

         

       

C'est chose faite assez rapidement, M Lestrade offrant quelques mémorables baptêmes aux motards de la garde républicaine qui escortent les voitures sur les liaisons. Cette fois l'ambiance est toute différente: les pilotes sont expérimentés et roulent à très vive allure. La 458 parvient à tenir l'Enzo en respect. Je discute un moment avec Laurent qui est embarqué dans l'Enzo et chronique ses journées pour le site de Sport Auto. Inutile de dire qu'il apprécie pleinement l'expérience.

         

Margot Laffite offre également quelques baptêmes de piste à bord d'une 500 Abarth.

 

Comme souvent, les concurrents sont très en retard. Voici les premières Passo Corto qui se présentent.  

         

Très vite, elles doivent fendre une foule dense qui s'est rapidement agglutinée.

       

Une des Enzo se prête bien à un shooting rapide, malgré les stickers.

         

Je finis par me décider à aller chercher une chasuble pour pouvoir assister aux plateaux depuis le bord de la piste. On m'en remets une en échange de ma pièce d'identité. Reste à décider où aller et surtout comment. Le chef de piste me confirme qu'il n'y a pas de chemin "de ronde": La Bresse est un circuit de campagne qui n'est pas prévu pour accueillir des évènements officiels et si les installations sont impeccables pour les pilotes, il en est autrement pour les photographes. Il faut donc attendre les accalmies pour se déplacer d'un endroit à un autre par la piste elle même et trouver un endroit sécurisé. Oups. Je pars avec quatre autres photographes et nous nous installons d'abord dans le 180°, contre les piles de pneus à l'extérieur du virage. Ca ne me plait pas trop même si nous évitons de nous mettre dans la trajectoire.

 

Ce sont les plateaux compétition qui ouvrent le bal avec 8 tours d'essais suivis de 8 tours de course. Je fais la première session à cette place mais je ne suis vraiment pas satisfait par la sécurité. Cela dit, vu la foule très dense qui se presse sur la butte, je suis certainement mieux ici. Il va sans dire que je me concentre principalement sur les trois 250 Passo Corto en lice.

         

       

       

Pour la course, je passe à l'intérieur du virage, ce qui me semble bien plus sage. D'ailleurs les commissaires feront déplacer un caméraman placé pile sur la trajectoire la plus prévisible d'une éventuelle sortie de piste.

        

Ce qui ne m'empêche pas d'avoir un coup de chaud quand j'entends un grand crissement de pneus derrière moi.

 

Lotus, Alfa et Ferrari vont à un train d'enfer, escaladant sans vergogne les vibreurs

 

et décollant même la roue intérieure. L'Alfa finit par dominer tout le monde de la tête et des épaules.

         

Un petit 50ème pour la forme

Je reste au même endroit pour le second plateau compétition qui accueille les 275 GTB.

       

        

L'énorme Ford Galaxie est également de la partie, une baleine dans les virages mais qui accélère très fort en ligne droite et dans un bruit typiquement US.

         

Quelques filés pour bien faire, toujours au 1/50.

         

La course est cette fois animée par les AC Cobra et une des Ferrari

         

       

mais celle ci perd pied en plein dans le virage avant de repartir. Hum, tous les photographes ne pointaient pas leur objectif dans la bonne direction, hélas pour eux.

         

C'est la Porsche 904 GTS qui s'impose.

         

Les Alfa Romeo étaient rapides également.

 

Entre deux plateaux, je rejoins en vitesse le paddock, le temps de constater que de nombreux concurrents sont là désormais. Jean Ragnotti est prêt à en découdre dans son Alpine. Les organisateurs pressent un peu le pas car le retard est déjà important.

         

Je rejoins un autre emplacement, dans un ilot de pneus isolé dans la verdure qui abrite une cahute de commissaires de pistes. C'est au tour du plateau le plus rapide d'entrer en piste et en effet, çà déménage: en vitesse pure avec cette Ligier JS2 qui s'impose avec une large avance,

         

en spectacle avec l'Alpine A110

         

ou en bruit avec la 365 GTB/4 Groupe IV

       

       

et les De Tomaso Pantera.

         

Mieux vaut accélérer bien en ligne avec cette dernière sous peine d'avoir quelques soucis pour garder le contrôle.

 

Ces monstres offrent un très bon contraste avec le cadre très bucolique du circuit.

       

Le plateau est vraiment très impressionnant.

         

       

Et éclectique.

L'Alpine de Jean Ragnotti semble voler de virage en virage avec son nez très en hauteur. Ca lui donne une allure vraiment très particulière.

 

La 308 Groupe IV fait aussi le spectacle.

         

       

Au final donc la Ligier JS2 s'impose devant une Porsche 906 puis les 2 Alpine A110. Ragnotti a déjà fait sauter le casque. Effectivement il fait chaud.

 

Je sais que l'heure tourne mais le plateau suivant est celui qui rassemble le plus de Châssis Court, en plus de la GTO. Je me dois donc de rester tandis que les voitures quittent la pitlane.

         

       

Aux cotés des prestigieuses Ferrari, on trouve également cette minuscule Panhard Junior de 1955. Cette voiture de 500 kilos propulsée par un moteur de 850 cm3 est menée a ses limites par son pilote qui ne démérite pas.

         

En régularité, le rythme de la plupart des concurrents est raisonnable, ce qui permet de bien profiter des voitures à défaut de les voir donner le meilleur d'elles mêmes.

         

       

Certaines voitures portent encore une bonne couche de poussière des Tuileries. Un petit orage en chemin n'aurait pas fait de mal.

Il va de soi que je me concentre quasi exclusivement sur les très nombreuses et superbes Ferrari, tellement plus en valeur ici qu'à Paris.

       

       

Ou quasi Ferrari

Je mitraille littéralement la GTO mais honnêtement, elle le mérite.

       

       

       

Le point de vue dont je bénéficie, quasiment en plein champ, est idéal pour faire de belles photos.

         

La verdure et les pissenlits offrent un meilleur fond que des tribunes de béton.

        

       

Qui plus est, le vert offre un parfait complément au rouge et au jaune et donne des photos aux couleurs éclatantes.

       

et on passe à 1/60ème

       

       

       

Un coup de mécanique sur le bord de la piste et çà repart pour cette Jaguar.

 

Le déroulement des plateaux régularité est différent des plateaux compétition. Ici il n'y a pas de pause entre deux manches. Du coup, je me retrouve bloqué au milieu du circuit sans aucun moyen de m'échapper avant la fin du plateau. Ca commence à sentir le roussi.

        

       

       

Tout l'art de suivre ce genre de rallye est de savoir partir au bon moment pour prendre de l'avance sur les concurrents. Or là, je me retrouve enfermé alors que je serais sans çà parti à la moitié de la manche. Du coup, dès le dernier tour effectué, je me dépêche d'aller rendre ma chasuble, je shoote à la volée la 250 Tour de France qui n'a d'ailleurs pas tourné et je me presse vers ma voiture.

         

 Je ne sais pas si le circuit a déjà connu une affluence aussi importante mais c'est vraiment bondé, même si la relative exigüité des lieux peut être trompeuse.

De nombreux concurrents partent déjà au déjeuner. Ca craint. Le Château de Rosay est à une douzaine de kilomètres. Très vite, je me retrouve avec une 275 GTB jaune et la Tour de France dans le rétro. Vitres baissées, c'est magnifique. Dès que la route est un peu dégagée, je fais un signe de la main et les deux voitures me dépassent dans un hurlement. Le genre de sensations qui laissent des souvenirs pour longtemps. La route s'élève et je devine de nouvelles Châssis Court dans le rétro. Je me gare dans un virage pour les voir passer en contrebas

         

puis à ma hauteur.

         

Suivies de l'Alpine d'Alain Serpaggi.

 

Le tout en moins de trois minutes.

J'arrive ensuite au Château de Rosay qui est minuscule suivant les critères habituels des lieux fréquentés par le Tour. Je me gare à l'arrache comme tous les véhicules d'assistance qui squattent une voie entière de l'étroite route qui mène au château. Voici une vue d'ensemble:

        

J'y retrouve Stéphane, le webmaster de kmotorsports qui a quitté la Bresse devant l'affluence. Apparemment de nombreux concurrents ont filé tout droit. La Tour de France qui m'a doublé quelques minutes plus tôt repart déjà.

         

Quelque part, mieux vaut qu'il y ait un turnover important sur les petits parkings car l'asphyxie n'est jamais loin.

         

Bon, j'attrape tout de même du beau monde mais dans l'empressement et le sentiment d'urgence qui règne sur le parking, le temps manque pour reconnaitre des endroits ou faire de vraiment belles images.

       

J'aime bien celles ci mais il y avait sûrement moyen de faire mieux.

         

       

Encore et toujours des Passo Corto partout, quel bonheur !

       

       

       

La GTO est là également, je suis content de ne pas l'avoir raté.

       

Les Ferrari 275 GTB arrivent rapidement en masse, ce qui veut dire qu'un plateau supplémentaire a fini sur le circuit.

        

       

Voici enfin la Lamborghini P400 Miura que je n'avais pas encore vue rouler.

        

La voiture se gare en vrac et le propriétaire s'en excuse en disant qu'il lui manque la marche arrière et la troisième.

         

Bon, il est temps de continuer car les voitures n'attendent pas. Malgré le nombre assez conséquent de photos faites sur place, je suis en fait resté moins de trois quarts d'heure au château.

Lors de la préparation de ma journée, j'ai repéré sur Google Earth une épingle qui pourrait être sympa quelques kilomètres plus loin. C'est mon étape suivante car le Tour Auto sans photos du bord de la route, c'est tout de même gâcher. Je me gare dans un chemin à l'extérieur de l'épingle. Pas forcément le plus judicieux mais il n'y avait pas bien le choix non plus, la Mégane va encore être dans le champ.

 

L'une des premières voitures qui arrive est une 275 GTB qui s'arrête après le virage. Le copilote me fait un signe et me donne son adresse mail afin de récupérer la photo que je viens de prendre.

         

Finalement, il reste encore pas mal de très belles voitures.

       

       

       

       

Au bout d'un moment, un passionné de BMW me rejoins et nous discutons tranquillement tandis que je continue à prendre mes photos.

       

       

Bon, il n'y a pas que des Ferrari, il y aussi ... des Dino

       

        

et d'autres, c'est vrai

       

       

mais je reste majoritairement sur les Italiennes

       

       

       

       

Prenant modèle sur Vincent de CM-ARTE, je tente quelques photos décadrées mais je suis encore loin d'avoir sa maitrise. Qui plus est, je trouve que les collimateurs de mise au point du 7D sont assez centrés et qu'il est difficile, même en choisissant spécifiquement les collimateurs les plus extrêmes, de faire des mises au point sur les coins de l'image.

         

       

       

Les anciennes ont un rayon de braquage assez important, et une direction sûrement très lourde, ce qui ne les rend pas très vives. Du coup, les sorties d'épingles sur la voie de gauche sont parfois un peu chaudes.

        

       

       

J'ai de la chance, les voitures arrivent rarement groupées et il y a vraiment très peu de trafic. Je n'ai donc pas trop à jongler.

       

       

Vers la fin, je traverse pour me mettre à l'extérieur de l'épingle, ce qui n'était peut être pas le plus mauvais choix en définitive.

       

Tiens voici l'équipage féminin si sympathique de la Gstaad Classic. Aujourd'hui, pas de signe de la main, les pilotes ont les yeux braqués vers le point de corde.

         

Alors que les passages s'espacent, la question de la suite des opérations se fait pressante. Les premiers sont partis depuis très longtemps et même avec l'autoroute, je ne pense pas pouvoir les dépasser pour faire encore un peu de bord de route. J'ai tout de même 2h30 de trajet donc il n'y aura de toutes façons plus beaucoup de lumière quand j'arriverai à destination. Reste la possibilité de faire le parc fermé de Megève, de nuit, mais j'ai déjà de nombreuses photos statiques et l'intérêt est mince, d'autant que la journée a déjà été très productive. Contrairement à ce que vous pourriez penser, j'ai un caractère plutôt casanier et j'aime bien être chez moi donc la décision était sûrement déjà prise au fond de moi. Ce qui fait pencher la balance est que le curseur de batterie du 7D n'est plus à son maximum et que si je vais à Megève, je ne pourrai pas recharger avant la fin de la journée à la Villa d'Este. J'échange donc mon projet 2h30 jusqu'à Megève puis 3h30 jusqu'à Cernobbio par 1h30 jusque chez moi puis 4h30 jusqu'à Cernobbio.

Pendant que les photos se déchargent et que les batteries chargent, je tchatte avec Stéphane qui est un peu désappointé par sa journée. C'est vrai que ce genre de rallye fait à mon avis partie des évènements les plus difficiles à couvrir. Il faut savoir quitter un endroit alors que l'animation bat son plein pour se rabattre sur un autre lieu, sacrifier le plus souvent le début ou la fin du plateau et être partout à la fois. Seule l'expérience permet de s'en sortir au mieux et je me suis tout de même laisser enfermer sur le circuit aujourd'hui. Pas de regrets, c'était nécessaire, même si les conséquences ont bouleversé le déroulement de la fin de journée. En tout cas, je n'imagine même pas ce que çà doit être de suivre tout le rallye: tenir ce rythme infernal sur 5 jours doit être épuisant, surtout si il faut aussi assister aux soirées pour faire quelques portraits des concurrents.

D'un autre coté, mon programme n'est guère plus reposant: je vais me coucher à 22h30 sans avoir à me forcer, en réglant le réveil sur 1h30. Ouille! Inutile de dire qu'avant de sombrer très rapidement dans le sommeil, je me demande si j'ai fais le bon choix en bouleversant mes projets. Andiamo in Italia!

 

PS: je vous rappelle que des vidéos réalisées par Optic 2000 et Philippe Lavil sont disponibles en suivant ce lien.

© Nicolas Jeannier