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Mes rencontres extraordinaires (3) : Vic Elford

Ma sœur me présenta à Vic pour la première fois début 1975. Puis, suite à un montage savant dont mon ami Etienne Stalpaert a toujours eu le secret (il était agent Triumph à l’époque), je me suis retrouvé engagé aux 24 heures de Francorchamps sur une Dolomite Sprint, avec Elford comme coéquipier ! Casse moteur aux essais, puis en course : un weekend à oublier… ( Photo 1)

 

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  1. La Triumph Dolomite « Stalpaert » que je partageais avec Vic Elford aux 24h de Francorchamps 1975.

 

En 1976, ma sœur avait été choisie pour piloter l’une des deux Rondeau-Inaltera engagées aux 24h du Mans (avec Jean-Pierre Jaussaud et le constructeur de la voiture, Jean Rondeau comme équipiers). Une séance d’essai avait été mise sur pied sur le circuit Paul Ricard, où je me rendis en compagnie de ma future épouse (Vic sera mon témoin, lors de notre mariage). Je me retrouvai là en compagnie quelques-unes des légendes du sport auto : Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo,  Jean-Pierre Jaussaud et… Vic Elford, promu team manager de l’équipe! Dès cette époque Vic fit partie de notre famille. (Photos 2 ,3 & 4)

 

 

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Ma visite au Paul Ricard en 1976 – Essais Inaltera avec de gauche à droite , Vic Elford, Christine, Henri Pescarolo, Danielle, ma future épouse et Jean-Pierre Jaussaud

 

 

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La Rondeau-Inaltera qui gagnera la catégorie GTP aux 24h du Mans 1976 avec l’équipage Pescarolo/Beltoise

 

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« Quick Vic » Elford est né à Londres en 1935. Son père l’emmena pour son premier contact avec le sport Auto, au GP de Silverstone en 1949. A sa majorité il arrive, en réunissant ses économies, à acquérir une MG TF avec laquelle il se lance en rallye. En 1962 DKW England lui offre l’opportunité de participer à quelques rallyes régionaux, où, pour des raisons financières, il doit souvent se contenter de la place de coéquipier. Un bref passage par la conduite d’une Triumph TR4, et le voilà en 1964 au volant d’une Ford Cortina GT puis Cortina Lotus officielle. Pendant deux ans, il exploite les qualités de cette voiture avec brio. 1966 est une année noire chez Ford : abandons multiples, et grosse déception, qui l’encourage à aller voir ailleurs. (Photo 5) Vic Elford/D. Seigle Morris Ford Cortina Lotus – Tour de France 1964

 

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Cela l’incite, lors d’un déjeuner à Cannes à proposer à Huschke Von Hanstein, (directeur de la compétition chez le constructeur de Stuttgart), de lancer la 911 en rallye. Dubitatif sur les chances de faire briller ce modèle en compétition, Von Hanstein cèdera pourtant au charme du Britannique, en mettant une voiture à sa disposition pour le Tour de Corse. Cependant, pas d’essais ni de budget ne sont accordés. Deux mécanos, quelques pneus et quelques pièces de rechange sont les seuls efforts consentis par l’usine ! Elford terminera à une belle troisième place, qui soulèvera l’enthousiasme des responsables allemands. Son histoire d’amour avec Porsche était en marche ! Il deviendra en 1967, champion d’Europe des Rallye en G3, sur une Porsche 911S d’usine.

Vic fût, à l’instar de plusieurs pilotes de son époque, un compétiteur très éclectique, lui conférant un palmarès impressionnant : rallye, rallycross, Paris-Dakar, voitures de sport, Formule 1, Can-Am et même Nascar ! Outre l’équipe Inaltera, Il managea également l’équipe ATS de Formule 1 (avec entre autres Hans Joachim Stuck Jr, que je rencontrai dans des circonstances qui feront l’objet d’un prochain article dans cette rubrique).

De toutes les voitures qu’il eût la chance de conduire, sa préférée fût sans conteste la mythique 917 ! A son sujet, il profita d’ailleurs de la rivalité entre l’équipe d’usine « Martini », dont il faisait partie,  et celle « officielle » de John Wyer (Gulf). Elles se détestaient en effet cordialement ! John Wyer pensait qu’il était le seul à pouvoir décider de la préparation de ses voitures, en utilisant ou non, les nouveautés mises au point par l’usine. C’était sans compter sur le caractère bien trempé de Piëch, patron de Porsche, qui adorait Vic. Lorsque Wyer refusait le montage d’une nouvelle évolution sur ses voitures, Piëch disait «  Bon, dans ce cas, montez-là sur la voiture d’Elford ! ». Par exemple, lors des 1000km de Monza 1970, Porsche proposa le nouveau moteur 5L à Wyer, qui le refusa. Il fût monté sur une voiture d’usine, grâce à laquelle Joseph Siffert (ancien sociétaire de l’écurie suisse Filipinetti, dont le mécanicien en chef, Franco Sbarro, fera bientôt l’objet d’un article dans mes « Rencontres extraordinaires ») réalisa la pole ! (Photo 6)

 

 

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Porsche 917 Martini - Vic Elford 12h de Sebring 1971

Après sa brillante carrière, Vic caressait le rêve de faire le tour du Monde à la voile ! Il nous entraîna, dès lors, ma sœur, un couple d’amis, ma femme et moi, dans une magnifique croisière en Mer Egée, à la barre d’un  voilier de 14m. Vic avait potassé un tas de livres sur la navigation, mais n’avait aucune pratique de celle-ci ! Cela ne l’empêchera pas de mener notre équipée comme un véritable loup de mer chevronné ! Nous essuyâmes même une violente tempête, durant laquelle, seul Vic et moi n’étions pas malades. Arrivés dans un petit port de pêcheurs, ceux-ci applaudirent à l’arrivée de ces « grands » navigateurs (« inconscients » serait plus juste !), qui avaient osé braver la Méditerranée en colère ! Encore un souvenir inoubliable… (Photo 7)

 

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 Il y eût ensuite notre aventure commune du Paris-Dakar 82 que je vous raconte par ailleurs.

Son palmarès en bref :

1967 : Champion d’Europe des Rallyes G3 (Porsche 911S)

1968 : vainqueur du rallye de Monte Carlo (David Stone/Porsche 911), 24h de Daytona (Stommelen-Neerparsch/Porsche 907#05), Targa Florio (Umberto Maglioli/ Porsche 907#025) et 1000km du Nürburgring (Jo Siffert/Porsche 908#08).

La victoire de Vic à la Targa Florio de cette année, fût le résultat d’une course qui est restée dans les annales du sport automobile ! Suite à 4 arrêts en pleine course pour refixer une roue baladeuse, le britannique se retrouva à près de 20 minutes de la voiture de tête. Battant le record du tour à chaque révolution (1tour = 72km !), il gagne finalement avec 3 minutes d’avance sur le second !

                  Formule 1 :

4ème du GP de France (Cooper-BRM)

8ème  du GP du Mexique (Cooper-BRM)

1969 :

Formule 1 :

 7ème du GP de Monaco (Cooper Maserati)

Ab GP d’Allemagne (Mc Laren Ford M7-B)

1970 : vainqueur des 1000km du Nürburgring (Kurt Ahrens/Porsche 908-3-008#22)

1971 : vainqueur des 100km du Nürburgring (Gérard Larousse/Porsche 908-3#08)

                  Formule 1 :

                  11ème GP d’Allemagne (BRM Yardley P160)

1972 : est fait « Chevalier de l’Ordre National du Mérite » par le président Pompidou, pour son acte héroïque accompli lors des 24h du Mans, la même année :

Dans la ligne droite qui suit le virage de Mulsanne, Vic se fait passer par la Lola de Jo Bonnier. Il se blottit derrière la Lola pour profiter de son aspiration. Après le virage d’Indianapolis, Jo Bonnier rattrape une Ferrari Daytona. Il s’apprête à la dépasser, mais semble  réaliser soudain qu’il n’y a pas la place pour le faire. Après avoir heurté la Ferrari, la Lola s’envole littéralement (« comme un hélicoptère » dira Elford), alors que la Daytona heurte le rail et s’embrase immédiatement. Vic se faufile entre les débris de la Lola et stoppe son Alfa Romeo 33 (qu’il partageait avec Helmut Marko aujourd’hui chez Red Bull comme conseiller) sur le bas-côté de la route. Il défait son harnais et n’écoutant que son courage se précipite vers la Ferrari entourée de flammes. Il en ouvre la portière pour tenter d’en extraire le pilote…qui avait déjà quitté sa voiture ! A ce moment Vic découvre en contre-bas la Lola du malheureux Jo Bonnier, pour lequel, malheureusement, il n’y a plus rien à faire.

Cliquez ici pour voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=C3fM0v86-JA (Photo 8)

 

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© Lucien Beckers (sources Wikipedia.org – vicelford.com – Alfa Romeo Typo 33 by Peter Collins & Ed Mc Donough – Coll. L. Beckers – auteur inconnu)

 

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