parcours dakar 82

Parcours Dakar 82

Photo 1 : le parcours du Dakar 82

Notre réveil à Gao est salué par quelques chèvres, grimpées dans les épineux qui entourent nos véhicules. Après un bain dans le Niger pour nous débarrasser de la poussière qui nous colle au corps, nous filons en ville pour tenter de vendre un groupe électrogène qui ne nous sera plus utile, et  alourdit le camion. La négociation est des plus folkloriques, mais se fait dans la bonne humeur. Un petit noir me demande comment je m’appelle : « Lucien ». Il éclate de rire et appelle ses copains qui m’entourent joyeusement en riant et en criant « Bonjour le chien ! ». Mignon…

En ville, nous retrouvons Gérard Sarrazin et Michel Guéguan, qui ont cassé leur pont au début de la spéciale Gao-Mopti-Gao, et ont fait demi-tour. Sur les 12 km de leur retour, ils ont comptés six voitures encastrées dans des arbres, surprises par l’épaisse poussière ambiante !

De notre côté nous nettoyons le camion et le Toyota de fond en comble, en profitant de l’eau du fleuve Niger et de quelques petites mains locales.

Le soir nous « dînons en ville » en compagnie de Jacques Bredael et de son équipe de la RTBF. L’ambiance est chaleureuse et les vannes volent à la pelle.

Nous retournons ensuite dormir sur notre plage, bercés par les croassements des crapauds et le bruissement des palmes des gommiers des alentours.

Les chants des bateliers et des oiseaux nous servent de réveil matin, alors que le jour se lève. Le lagon est calme, et les couleurs du ciel semblent sortir de la palette d’un grand maître Imperssioniste. Pas même de clapot, mais juste le bruit des pirogues des marchands de riz, ou celle d’une famille qui déménage, glissant sur l’eau, guidées par les gaffes et les pagaies.

Une journée de farniente à Gao, cela vaut la peine d’être vécu ! Le marché, le port et le centre-ville regorgent d’activités en tous genres. Nous admirons en passant, l’habileté phénoménale des petits artisans : ils font tout avec rien ! (NDLR : Ca, bien sûr c’était avant l’arrivée des islamistes. Je vous parle donc bien de 1982…). L’Afrique, c’est vraiment magique.

gao

Photo 2 : le marché de Gao

Après un déjeuner typique, pris dans un agréable patio, notre mécano Bruno se déguise en touriste pour aller faire l’assistance « pirate » d’un des clients de Fougerouse. Il prend le bac en compagnie de Vic , qui nous a enfin rejoint. Il part vers Dakar, toujours seul au volant de la Subaru rescapée.  J’apprends que ma sœur et Louis ont trouvé de la place dans un avion privé, et sont repartis vers l’Europe. Certains membres de notre équipage de rescapés (dont votre serviteur) espèrent pour leur part, trouver un vol vers Paris à Bamako.

Charmés par les douceurs de Gao, nous décidons de partir le lendemain matin vers ce que les concurrents ont nommé, à l’issue de la boucle Gao-Mopti-Gao, « l’enfer de Mopti ».

Le Pinz de Philibert se joint à nous, et nous attaquons cette piste qui deviendra plus tard un mythe du Dakar !

 

Secoués, noyés dans la poussière du « fech-fech » qui s’infiltre partout, nous progressons lentement, surtout dans l’intention de préserver les mécaniques et accessoirement nos poumons et nos dos, déjà bien meurtris par une ventilation poussiéreuse, et des amortisseurs à l’agonie.

 

Le soir nous bivouaquons en cercle, au milieu duquel nous allumons un feu, pour nous protéger des attardés zigzaguant sur la piste, épuisés. Le repas est cette fois digne d’un grand restaurant, le ciel étoilé faisant office de guide Michelin : sardines, légumes frais achetés au marché de Gao, pâtes belges, cognac & whisky. Les restes de nos agapes font le bonheur d’un adorable petit fennec qui nous a adoptés, et reste près de nous en toute confiance. Le Petit Prince de Saint-Exupéry n’est sans doute pas loin…

Nous poursuivons notre « route » le lendemain. Nous traversons de petits villages aux huttes montées sur pilotis, des oueds à sec où poussent – on se demande comment ? - une végétation dense et bien verte. Un autochtone nous confirme que Vic est passé par ici peu avant le lever du soleil. Rassurant.

La piste se transforme petit à petit. Les premiers baobabs font leur apparition, dans leurs curieuses silhouettes, mêlées à celles des termitières effondrées, qui ajoutent une nuance rougeâtre à la désolation de ce décor de fin du Monde. Les pierres font maintenant place à du sable mou. Soudain le Mont Hombori apparaît au loin, majestueux, avec son air de chapeau posé-là, comme par miracle !

 

Hombori

Photo 3 : le Mont Hombori

Le Pinz ralentit la troupe, et à l’examen, nous constatons une fuite à l’un des cardans. Bruno et Jean-Jacques se chargent de résoudre le problème. Heureusement après Hombori, la piste s’améliore. Nous croisons une équipe de TSO, affectée au comptage des véhicules : Vic n’est pas passé par ici…

Vers Douentza Bore, le paysage change encore : plus coloré et plus peuplé aussi. Au détour d’un champ de coloquintes, un motard nous fait de grands signes. Nous apprenons qu’il a cassé sur une piste de la Haute-Volta voisine, et n’a plus parlé à des « blancs » depuis plusieurs jours. Il est content de nous voir ! Nous lui filons quelques victuailles et le laissons à ses soucis.

Après un passage défoncé, nous arrivons à Kona, où une foire bariolée bat son plein. Nous en profitons pour faire le plein de victuailles, et nous nous régalons de beignets, dignes de ceux de chez Vandervaeren, à la foire du Midi de Bruxelles ! Un vrai régal…

 

Nous entrons enfin dans Mopti. Nous l’avons bien mérité ! Mopti est un port de pêche important sur le fleuve Niger. La ville est chatoyante et très animée. Nous comptions y faire les pleins de gasoil, mais les pompes sont vides. Raté ! Il va falloir puiser dans nos réserves. Nous ne pouvons résister à l’appel des petits marchands, qui nous vantent les qualités miraculeuses de leurs gri-gris et de leurs beaux masques, taillés dans du bois noir. Nous nous laissons faire, et après un vigoureux marchandage, nous ressortons les bras chargés de toutes sortes d’objets, qui nous rappelleront, une fois rentrés chez nous, le folklore de ce si beau pays et la gentillesse de ses habitants.

 

 

RiverCommerce Mopti

Photo 4 : Le port de Mopti

Nous quittons ces lieux à regret, pour nous enfoncer dans la piste en direction de Bamako. Au bout de quelques kilomètres, nous retrouvons le motard déjà rencontré après Douentza Bore. Il est épuisé par 48 heures de trajet dans la benne d’un taxi-brousse, et nous demande de l’embarquer dans notre camion, avec sa moto. Nous accédons à sa demande. Il fait désormais partie de la « bande à Fouge » ! Au même moment, nous avons (enfin !) des nouvelles de Vic : il a été vu roulant sur la piste entre Hombori et Boni. Nous voilà une fois encore rassurés…provisoirement !

Boutique Mopti

Photo 5 : Boutique à Mopti

Et voilà le goudron. Impression bizarre de revenir peu à peu à la « civilisation ». Nous atteignons San, espérant enfin y trouver du carburant. Mais ici aussi, les cuves sont à sec. Heureusement Pierre arrive avec l’Iveco et les jerrycans, après avoir déchappé, puis changé de roue à 100km d’ici. Il n’a plus de roue de secours désormais. Il faudra être prudent et rouler moins vite.

Nous traversons Bla, puis Segou, magnifique ville de l’époque coloniale, et enfin Nioro, avant d’arriver à Bamako, où nous espérons (enfin plus vraiment…) trouver un avion qui nous ramènera en Europe.

Photo 6 : Maison coloniale à Segou

 

Segou

Je vous raconte la suite bientôt.

© Lucien Beckers (source « Paris-Dakar, une excuse pour 3 semaines de vacances » D. Fougerouse –Photos :  auteurs inconnus)

 

 

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