pinz

Après avoir démonté tout ce qui pouvait l’être, nous attendons l’arrivée de notre Pinzgauer l’assistance, et surtout notre as de mécano, Philippe Vermeersch, dit « Philibert ».

 

 

Pinz

Une heure plus tard, voilà ma sœur et sa Subaru de série qui se range à nos côtés. Elle nous propose gentiment de cannibaliser son auto en prélevant les pièces nécessaires. Nous commençons donc le travail.

 

Subaru Chris

Une heure trente  plus tard notre ange gardien apparaît dans un grand nuage de poussière!

A voir sa moue dubitative, l’avenir de notre équipage semble plutôt compromis. Mais je le connais (je prendrai  le départ du Dakar 83 avec lui à mes côtés…Je vous raconterai cela une autre fois !) : il est très fort. Il va nous sortir de là !

 Le voilà au marteau, puis à la masse et enfin au chalumeau. Il tape, il tord, il redresse, il boulonne, et une heure plus tard, la petite Subaru est prête à repartir ! Quel artiste… Il ne lui reste plus qu’à remonter l’auto de Christine, et il pourra repartir à l’assaut de la piste avec son inconfortable escargot à 6 roues, déjà lui aussi, l’objet de plusieurs pannes.

Avant de nous élancer, Philippe nous apprend que Michel Beaujean, l’un des mécanos du Team Fougerouse a dû être évacué, suite à une perforation intestinale. Dès lors, le camion du Team a été mis hors course. Les mauvaises nouvelles s’enchaînent, surtout que Pierre Fougerouse et Nanouk ont aussi  abandonné avec leur proto Toyota « Panaché Chopp »!

Proto Chopp

Nous repartons donc prudemment, afin d’être sûrs que la réparation tient bon. L’ambiance a chuté de plusieurs octaves dans l’auto ! Au bout de quelques kilomètres, le moteur se met à ratatouiller : sans doute encore une fois des crasses dans l’essence.  Vic s’arrête et descend de la Subaru. Il ouvre le capot. Je reste assis et sanglé dans mon baquet, pour mettre un peu d’ordre dans mes notes. Vic me demande de mettre en marche. Je tourne la clé de contact et soudain, je me trouve entouré par un mur de flammes ! La voiture s’est embrasée et j’essaye de défaire mon harnais, qui bien entendu reste coincé… Vic vient à mon secours en ouvrant ma porte et m’arrache des flammes.

« Vite, éloignons-nous, car la voiture va exploser » me crie Vic, qui dans sa carrière en a déjà vu des voitures flamber (je vous raconterai le geste héroïque qu’il  a posé au Mans, lors du décès du malheureux Jo Bonnier, dans la ligne droite des Hunaudières). Il sait donc de quoi il parle.

Soudain, je lui crie « Les passeports…notre argent ! », et je me précipite vers l’auto qui n’est plus qu’un énorme brasier. Je plonge dans les flammes, et en tâtonnant, j’arrive à arracher le sac à dos qui contient toutes nos richesses. Je me mets ensuite à courir pour rejoindre Vic qui s’est éloigné d’une centaine de mètres. Nous nous asseyons sur le sable, et alors que tombe la nuit, nous regardons nos espoirs s’envoler en fumée. Il n’y aura pas d’explosion, mais des crépitements lugubres qui empliront nos oreilles pendant de longues minutes.

Encore une petite heure d’attente, et voilà notre Pinzgauer qui arrive en cahotant. Nous embarquons à l’arrière, entre les cantines métalliques et les pneus. L’inconfort est total, et le bruit assourdissant. Mais le stress et la fatigue accumulés nous font sombrer dans une espèce de curieuse léthargie.

Quelques heures plus tard, le Pinz s’arrête : nous sommes arrivés au bivouac d’In Ecker. Nous y retrouvons rapidement Jean-Jacques Ratet qui nous explique que, vu la mise hors course du bahut, ils se sont planqués à l’abri des regards T Sabine(et surtout de celui de Thierry Sabine), pour éviter de causer des ennuis aux concurrents encore en course, et qui ont des pièces à bord de notre Iveco.

Il nous apprend aussi que cette nuit, un motard hollandais a perdu la vie, après que les médecins aient tentés de le sauver, sur la piste, trois heures durant. Triste journée, assurément !

Nous mettons en place un plan de bataille pour la suite. Nous disposons du camion et du Pinz, mais aussi du HJ60 de Jean-Jacques Ratet, qui est accompagné de Dominique Fougerouse et Nanouk, la coéquipière de Pierre. Vic monte dans le HJ60 et moi je prends place dans le camion, piloté de main de maître par Pierre.

Nous quittons le bivouac après le départ du dernier concurrent, et prenons la piste du rallye. Il est 10h du matin. Après quelques ensablements, et quelques hésitations quant à l’itinéraire à suivre, nous atteignons Timeaouine en pleine nuit. Ma sœur est hors course, et rejoint, elle aussi,  l’ « armada Fougerouse ».

 

Le lendemain matin, nous attendons, une fois encore, le départ du dernier concurrent pour nous élancer. Au bout de quelques kilomètres, « Dieu » (c’est ainsi que les concurrents surnomment Thierry Sabine), fait atterrir son hélico 100m devant nous, au milieu de la piste ! Il n’est pas content, car certains concurrents nous accusent d’opérer une assistance « pirate ». Nous contestons la chose, et finalement Thierry accepte que nous poursuivions notre route, à condition qu’il ne nous aperçoive plus dans les parages des bivouacs. Pour lui prouver notre bonne foi, nous restons sur place pour déjeuner, avant de repartir pour Tessalit.

 

En route, nous chargeons un motard hollandais qui a abandonné, dans la benne du camion. En fin de journée, nous rejoignons Christine arrêtée par un début d’incendie (décidément, tous des pyromanes dans cette  famille !). Philibert qui passait par là ( !) a circonscrit le feu. La voiture roule encore, mais c’est assez pour aujourd’hui : nous décidons de tous bivouaquer sur place. Pâté et bœuf bourguignon (c’est moi qui ouvre la boîte et fait chauffer le plat) au menu. Lors de l’apéro, nous sommes rejoints par Schaal et Sauvêtre, deux concurrents malheureux, puis par Hubert Auriol.

En finale, nous voici à treize autour du feu, alimenté par Vic et Pierre. L’ambiance est chaleureuse et enjouée, et chacun y va de son anecdote. On rit sous un ciel étoilé, qui brille, malgré une éclipse totale de lune ! Inoubliable souvenir.

Le Lendemain Matin, changement d’équipages : Christine et Louis Schmitz (son coéquipier et futur époux) embarquent dans le camion avec Pierre, je passe dans le HJ60 et Vic décide de ramener la Subaru de ma sœur à Dakar par la route, seul à bord !

A 17h, nous entrons enfin dans Gao, où la veille, le rallye a pris une journée de repos. Aucune nouvelle de Vic ! J’envoie un télégramme à ma femme pour la rassurer sur mon sort. Nous dînons ensuite dans  un petit resto local,  nous nous jetons dans nos duvets, puis dans les bras de Morphée…

 

Telegramme 001

 

Je vous raconte bientôt la suite…

© Lucien Beckers (photos : dakardantan.com – coll.L.Beckers)

 

 

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