Mille Miglia 2009 par Nicolas Jeannier
S'agissant d'un carnet de voyage, je
commence comme d'habitude par vous dire quelques mots sur la route.
Six cent bornes avant Brescia et comme je le craignais, l'attaque
de dents d'Alexandre a rendu les quatre dernières nuits assez
agitées. Dès lors, je pars vers 20:00 après la traditionnelle
boisson énergétique (qui passe plutôt mieux le soir qu'à quatre
heures du matin). Dès le passage de Mulhouse, la pluie se met de la
partie, encore. Le mot d'ordre étant de toujours minimiser les
risques, je m'arrête donc dès les premiers signes de fatigue à 23
heures pour une première sieste de deux heures. A la sortie du
Gothard, il tombe des cordes mais au moins il ne neige pas.
J'arrive finalement au péage de Brescia vers 6h30, après trois
stops supplémentaires, et sous un temps redevenu clément. Montée
sur un plateau devant moi, une 250MM: la journée commence pour de
bon!
Un peu d'histoire pour
commencer. Les Mille Miglia sont nées d'un contentieux entre les
villes de Milan et de Brescia. En effet, en 1922 le Grand Prix
d'Italie avait été transféré du circuit de Montichiari près de
Brescia à l'autodrome de Monza, près de Milan. Les habitants de
Brescia se sentirent d'autant plus insultés que leur ville était
considérée comme l'un des berceaux du Sport Automobile Italien, des
courses y étant organisées depuis 1899. A la création de
l'Automobile Club de Brescia en 1927, il fut décidé d'organiser une
course longue distance couvrant une large part de l'Italie, ce qui
permettrait de promouvoir l'automobile aux portes même des clients
potentiels. L'industrie automobile y vit immédiatement l'occasion
de prouver la fiabilité de ses voitures et le gouvernement la
possibilité de montrer la modernité de l'Italie tout en
popularisant l'automobile, source d'emplois et de taxes.
Il fut donc décidé que la
course irait de Brescia à Rome (pour flatter le régime fasciste)
puis retour à Brescia pour un total de 1600 km. La flatterie fut
payante puisque l'objection du Sénateur Crespi (incidemment patron
de l'Automobile Club de Milan) jugeant la course trop dangereuse
fut ignorée. L'avenir donnerait raison au Sénateur mais pas
avant d'avoir écrit une page mythique du sport automobile. Restait
a trouver un nom: la légende l'attribue à Franco Mazzotti qui,
de retour d'un voyage aux Etats Unis, convertit les 1600 km du
trajet en 1000 miles et proposa le nom de Mille Miglia Cup, ce qui
fut accepté au prétexte que les Romains aussi mesuraient les
distances en miles.
La première course tenue en
1927 attira 77 compétiteurs. 25000 soldats furent disposés le long
des routes pour assurer la sécurité des spectateurs. Les 1628
kilomètres de l'épreuve furent couvert à la vitesse moyenne de
77 km/h, déjà impressionnante pour l'époque. Il fut alors
décidé, par Mussolini notamment, que l'évènement
devait être répété et certains constructeurs commencèrent à
développer des modèles spécifiques, comme Bugatti et sa Type 43. Je
ne reviendrai pas ici sur les 25 éditions que connut la course mais
certains pilotes entrèrent bel et bien dans la légende par leurs
exploits, tels Tazio Nuvolari qui aurait conduit tous feux éteints
en 1930 pour cacher sa présence à son adversaire direct, Achille
Varzi, qui le précédait et remporter la course, ou Juan Manuel
Fangio et sa folle chevauchée sous la pluie en 1956, sans oublier
Giannino Marzotto qui remporta la victoire en 1950 habillé en
costume cravate. Parmi l'imagerie mythique de la course, on notera
également les numéros de course correspondant à l'heure de départ,
peints directement à même la carrosserie des concurrents.
Aujourd'hui encore, de nombreuses Ferrari historiques arborent
fièrement leur numéro de départ (535, 537, 600, 724 pour celles que
vous trouverez ailleurs sur le site). Sans oublier la fameuse
flèche rouge qui sert d'emblème à la course.
En 1938, l'accident d'une
Lancia causa la mort de 10 spectateurs dont 7 enfants
et la course fut suspendue jusqu'en 1947. 1947 est évidemment
une année mémorable puisqu'elle marqua l'engagement de Ferrari pour
la première fois, l'année de la création de la marque. Le
constructeur de Maranello allait régner sans partage sur la
course pendant 7 ans avant que Lancia (et Alberto Ascari) puis
Mercedes (et Stirling Moss) ne parviennent
à mettre un terme à cette domination. Ferrari gagna de
nouveau en 1956 et lors de la dernière édition en 1957. Après
avoir culminé à 521 en 1955, le nombre
d'inscrit fut limité à 298 en 1957 et Piero Taruffi
l'emporta à une vitesse moyenne de 152 km/h. Rappelons tout de même
qu'il s'agissait de couvrir 1600 km sans faire de pause, sur
des routes parfois en mauvais état et que le pilote
était souvent seul pour conduire pendant plus de 10
heures consécutives. Ces éléments plutôt déraisonnables ne
pouvaient que mener à des accidents et c'est ce qui arriva quand à
quarante kilomètres de l'arrivée, un pneu de la Ferrari
du Marquis Alfonso de Portago explosa: la sortie de route
coûta la vie à dix spectateurs en plus de celle du
pilote et de son copilote Edmund Gurner Nelson. Après le terrible
drame du Mans deux ans plus tôt, le gouvernement Italien prit
immédiatement la décision d'interdire la course.
Une tentative fut faite les
trois années suivantes pour perpétuer la tradition, sous le nom de
Mille Miglia Rally mais cette promenade respectueuse des
limitations de vitesse avec quelques épreuves spéciales ne souleva
pas l'enthousiasme. En 1977, un rallye commémoratif fut organisé
pour les 50 ans de la première course. Cette fois, ce fut un
succès, aidé par le nouvel intérêt pour les voitures anciennes. En
1982, un nouveau rallye fut organisé, au départ de la
traditionnelle plateforme Viale Venezia à Brescia. Le succès fut de
nouveau au rendez vous en 1984 et 1986, ce qui poussa les
organisateurs à passer à un rythme annuel plutôt que bisannuel. La
limite fut fixée en 2002 à 375 voitures engagées, deux fois
moins que le nombre de prétendants à l'inscription, ce qui permet
aux organisateurs de sélectionner des voitures vraiment
significatives, nombre d'entre elles ayant réellement pris part à
la course.
Revenons à cette année: pas
moins de 33 Ferrari sont engagées. Le jeu va consister à les
débusquer dans les petites ruelles de la vieille ville. Je partirai
ensuite direction Maranello tandis que les concurrents iront passer
la nuit à Ferrara avant de prendre le chemin de Rome via la
République de San Marin. Au retour samedi, la course passera au
cœur même de l'usine Ferrari vers 17h00 mais çà, c'est une autre
histoire.
Après m'être garé sous la
Piazza Vittoria, je me mets en quête du Quadriportico pour
récupérer mon accréditation. Je tombe par hasard sur un display
Mercedes, un des sponsors de la course. Deux éditions spéciales de
la SLR sont là: une 722S Roadster,

et une Stirling Moss qui,
avec les couvre tonneaux en place, me fait meilleure impression
qu'à Genève. Le grand air fait souvent cet effet.


Je retrouve ensuite Ludo, qui
a l'expérience de l'évènement et sera un guide fort utile pour moi
toute la journée. Un grand merci à lui. Pour l'instant, seule une
DB2 traîne dans une rue déserte.

Un peu plus loin, une place
est entièrement barricadée: c'est là que se tiendront les dernières
vérifications avant que les voitures ne se répartissent dans les
rues et les places adjacentes pour être livrées à l'attention du
public. Le pass presse donne accès à la place, le reste est
entièrement ouvert à tous. C'est apparemment BMW qui a repris
l'organisation du rallye suite à des malversations de l'équipe
précédente. Il est donc logique que des BMW soient les premières
installées.

Vers 9 heures, les rues
s'emplissent d'échos de moteurs puissants et les premiers
concurrents arrivent des rues de la ville, passent sous un portail
gonflable pour accéder aux vérifications. Il y a 375 engagés donc
le reportage va évidemment se concentrer sur les Ferrari et
quelques autres voitures marquantes. Il y aura déjà de quoi faire.
Commençons donc par cette 750 Monza de 1955, sn 0530M. La 750 Monza
est propulsée par un 4 cylindres en ligne de 3 litres (d'où son
nom) de 250 chevaux. Elle a été produite à 31 exemplaires, tous
sous la forme de Spyder Scaglietti. Rapporté à la production, vous
allez voir que le nombre d'engagé est respectable. Celle-ci a été
vendue neuve en Sicile ou elle a gagné plusieurs courses de côte
mais n'est jamais parvenue à l'arrivée de la Targa Florio. Depuis
son retour en Italie en 2000, c'est sa 6ème
participation aux 1000 Miglia, il s'agit donc d'une
habituée.

Il s'agit de simples
formalités, donc tout va très vite, heureusement. Voici
ensuite une 250 GT Europa de 1955, sn 0399GT, une autre habituée.
L'Europa GT est propulsée par un V12 de 3L développant 300 chevaux.
Il s'agit de la première version de 250GT destinée à la compétition
et à ce titre, elle échange le V12 Lampredi contre le V12
Colombo.

Pendant un temps mort, nous
allons reconnaître la plus grande place, et effectivement l'Europa
est bien là. Il va falloir composer entre l'enclos des
vérifications où toutes les voitures doivent passer et la place,
plus photogénique.

Retour aux vérifs, où se
trouve désormais une armada de photographes, pour l'arrivée de
cette 857S Monza de 1955, sn 0584M. Encore un 4 cylindres, de 3.5L.
Ce modèle ne fut construit qu'à 4 exemplaires et 0584M fut piloté
par Phil Hill et Olivier Gendebien aux Mille kilomètres d'Argentine
en 1956, suite à quoi, son histoire semble se mélanger avec celle
de 0578M. Tout çà n'est pas très clair


Puis de 0128E, une 212 Export
dont le V12 ne développe « que » 180 chevaux. Les 27
exemplaires produits l'ont été sous 9 formes différentes par 5
carrossiers. Celle-ci fait partie d'une série de 7 berlinettes
Vignale. Rappelons que la série des « Export » est
destinée à la compétition, par opposition aux « Inter »
qui sont des voitures de tourisme.

Puis les arrivées se font
plus denses: 225S Export sn 0190ET. Ici aussi, les carrosseries
sont variées pour habiller le chassis et le moteur V12 de 2.7L, ici
en version Berlinette Vignale. 21 exemplaires de la 225S ont été
construits. Cette voiture a un historique chahuté puisque en 1952,
quelques mois après sa livraison, Marius Heyman trouva la mort à
son volant lors de la course Liège - Rome - Liège. La voiture a
ensuite brûlé lors d'une course de cote dans les années 50. Ce
n'est qu'en 1999 que la voiture fut reconstruite après que l'épave
ait changé plusieurs fois de mains.

Parmi les autres, une superbe
Maserati A6G/54 Zagato, et Abarth 750 GT, par Zagato
également

Bugatti Type 35 et Lancia
Aurelia B24 Spider

195 Inter sn 089S Ghia de
1950. 27 exemplaires carrossés par Touring, Motto, Vignale et Ghia,
motorisés par un V12 2.3L de 130 chevaux. Cet exemplaire avait été
proposé à la vente RM de l'année dernière mais n'avait pas trouvé
preneur à 300 000 euros avant d'être négociée après la vente.


Au niveau des photographes,
c'est un peu l'anti Villa d'Este. C'est même carrément irritant. Il
y en a toujours un pour essayer de se mettre deux mètres devant les
autres ou ne pas tenir compte des collègues. Autant je peux
pardonner aux badauds de passer devant l'objectif, autant de la
part de professionnels, j'ai du mal à l'accepter. Je commence donc
par aller m'accroupir le long des barrières pour être un peu plus
tranquille. Voilà 026M, la 166/195S Touring LM
vainqueur de l'épreuve en 1950 aux mains de Giannino Marzotto. Ca
me fait très plaisir de la retrouver après notre première rencontre
outre Atlantique.

Une Ermini Sport Siluro et
une Cisitalia 202 Coupé Gran Sport. J'en découvre des nouvelles
marques.

212 Europa de 1953, sn
0291EU, propulsée par un V12 de 150 chevaux.

La densité de photographes
est telle que je préfère retourner sur la place
publique.

Les Ferrari sont là, j'aime
vraiment beaucoup la peinture bi-ton de la 212 Export, avec le
capot souligné par cette bande de chrome.


026M


A partir de onze heures,
c'est la grande foule dans les rues et sur les places. Pour ceux
qui n'aiment pas trop çà, comme moi, ce n'est pas forcément idéal.
Cela dit, la caractéristique principale des Mille Miglia est
l'extraordinaire engouement populaire que suscitait la course. Et
cela ne se dément pas. La densité de la foule est impressionnante.
Inutile donc d'essayer de faire des photos style Villa d'Este sans
personne dessus ici. Les spectateurs font, et doivent faire, partie
intégrante de l'évènement. La seule condition que je me fixe et
qu'aucune partie de la voiture ne soit couverte par une
personne.


Une étonnante Cooper Jaguar
T33 et une Fiat 8V.

On est vraiment très loin des
meetings habituels: ici les voitures sont posées au milieu d'une
foule compacte qui peut les toucher et les admirer avec respect. Un
monde à part. Je descends une rue en direction d'une autre
place où se trouvent les Mercedes. En chemin, je tombe sur 038M,
une 166MM/195S seconde en 1950 qui revient du Japon pour participer
à l'épreuve. Cette merveille est passée entre les mains d'Ascari,
Villoresi, Chinetti et Froilan Gonzales, que des grands
noms.


Encore une autre place, avec
une 330 GT 2+2 simple spectatrice. On n'a pas fini de marcher pour
ne rien rater.

0528MD, une 500
Mondial, se fraye un chemin au milieu du public dans la rue qui
sort des vérifications. Vous pouvez juger de la foule qui se presse
dans les rues : ce n'est pas l'Alpe D'Huez mais çà risque de
le devenir ce soir.

Je continue ma quête des
Ferrari et je tombe sur 0217EL, une 212 Inter Vignale. En 1953,
elle appartenait à Julio Batista Falla de La Havane qui la fit
repeindre en bronze. Elle fut vendue juste avant la révolution.
Depuis 2000, revenue à ses couleurs d'origine, elle est la
propriété des 3 fils Batista, désormais domiciliés en
Espagne.

Et revoici la 500 Mondial.
0528MD fut vendue neuve en 1955 au comte Carlo Leto di Priolo de
Milan. En l'espace d'un mois, elle participa à trois
épreuves : les Mille Miglia, le Grand Prix de Bari et le Grand
Prix Supercortemaggiore où le moteur cassa trois fois. Le comte
exigea le remboursement, ce qu'il obtint. La voiture partit ensuite
pour des endroits plus exotiques : Macau, Hong Kong, la
Malaysie, la Nouvelle Zélande. Elle revint ensuite en Allemagne et
participe régulièrement aux MM.


Vers les SLR se trouve
désormais une impressionnante quantité de 300 SL Gullwing. Il me
semble qu'elles sont 18 engagées.
Pas mal de Porsche 356
également

En remontant sur la première
place, je tombe ... amoureux de 0264M. Moi qui rêve de rencontrer
052M, une 166MM retrouvée il y a peu et conservée dans son jus, je
ne peux que tomber sous le charme de cette autre 166MM à la
peinture magnifiquement patinée. Aucun modèle restauré ne peut
aujourd'hui rivaliser avec ce genre de rendu. Ce n'est d'ailleurs
sûrement pas un hasard si elle est passée dans la collection du Mas
du Clos.




On continue avec les 750
Monza, ici 0534M. Charme des Ferrari anciennes, les plus illustres
historiens ne peuvent se mettre d'accord pour dire si il s'agit
d'une 750 Monza ou d'une 500 Mondial. Le mystère reste
entier.

Les arrivées s'accélèrent.
250 Europa GT, sn 0415GT. Cette voiture, carrossée comme une 250MM,
a appartenu à Alfonso de Portago, l'homme qui allait sonner le glas
de Mille Miglia. C'est une grand habituée des manifestations
diverses mais ce n'est que l'année dernière qu'elle retrouva son
moteur d'origine, son nez et sa couleur blanche. La voici donc
maintenant totalement conforme.

Autre beauté que je suis très
satisfait de rencontrer, 0112E, une 212 Export Touring Berlinetta,
la sœur de 026M, absolument magnifique. Bien qu'elle ne termina pas
les deux MM auxquelles elle participa, elle connut tout de même
quelques beaux succès en course. Au début, j'avais un peu de mal
avec ces carrosseries mais je dois avouer qu'elles font désormais
partie de mes préférées.



Les 250 Boano :
0661GT

et 0533GT, qui faisait le
Tour de France il y a quelques jours. On peut dire qu'elle aura
fait un maximum de kilomètres en un temps record. Elle finit
69ème au MM en 1957 mais finir est déjà un exploit. Elle
fut accidentée dans les années 60 et un espagnol entreprit de
refaire la carrosserie à sa façon. A son décès, un de ses employés
emprunta la voiture et serra le moteur. Elle dut attendre 1976 pour
finalement bénéficier d'une restauration complète
bienvenue.

Maserati 250S, apparemment
celle qui est inscrite à la vente RM de dimanche. Une prise de
risques pour le propriétaire qui ne pourra sans doute pas finir la
course s'il veut montrer un peu la voiture aux acheteurs
potentiels. Pour l'instant, elle est dans un état
irréprochable.

Les deux 250 bicolores font
une paire superbement assortie.

Ah, la 250MM sn 0298MM
rencontrée ce matin au péage. Cette voiture au nez très particulier
n'a apparemment jamais participé à l'épreuve orgininale, aussi
tente-t-elle depuis de justifier son pseudonyme en ayant pris part
9 fois au rallyé historique.

Dans une rue adjacente,
0526M, une 750 Monza bien connue, est assaillie de spectateurs
tandis que les mécanos de Classiche (dont certains sont vraiment
étonnamment jeunes) sont bien occupés dans le moteur.

En explorant dans une
nouvelle direction, je tombe sur un nid! D'abord 0462M, une 750
Monza. Le nombre de 750 Monza engagées cette année est vraiment
impressionnant. Une anecdote amusante sur cette voiture qui
participe quasiment chaque année : en 1954, Mike Hawthorne
connut une panne mécanique au Goodwood Trophy. 0462M fut ensuite
achetée par Jaguar qui la démonta entièrement pour tenter de
comprendre pourquoi Ferrari dominait si outrageusement la marque
anglaise. Ils la remontèrent ensuite en réparant au passage les
dommages de Goodwood. La voiture passa ensuite entre les mains de
la compagnie Cooper de Jack Brabham mais l'histoire ne dit pas si
celui-ci fit la même chose.

Puis 0629GT, une Tour de
France 14 Louvres superbe, ma version préférée. Après une sixième
place au Tour de Sicile 1957, 0629 remporta plusieurs victoires
jusqu'en 1959, notamment dans des courses de côtes.

0442M, 250 Monza, cinquième
de la Carrera Panamericana 1954. Elle s'est également illustrée
dans de nombreuses courses jusqu'en 1958 (Grand Prix du Salvador).
Tellement mieux ici que sous l'éclairage pénible de Rétromobile, et
tant pis pour les gens autour!


500TRC, 0658MDTR pour sa
onzième participation au rallye.

aux cotés de 0580MD, une 500
Mondial Série 2 qui participe pour la treizième fois !
Certains propriétaires sont d'une constance
impressionnante.

L'Abarth de la Villa d'Este,
toujours aussi mignonne. Et une Aston Martin Ulster à la bien jolie
croupe.

750 Monza encore, 0554M, dans
une livrée originale. En 1955, elle figura sur plusieurs podium
avec Masten Gregory (dont une victoire au GP de Lisbonne) et
continua a courir et a gagner jusqu'en 1959 ! Elle appartient
désormais a un collectionneur Mexicain.


et enfin (pour ce seul
endroit), 340 America Ghia, 0150A, qui, sous ses airs de ne pas y
toucher, finit 5ème de la Carrera Panamericana 1952.


Et ce n'est pas fini, parmi
les voitures garées en épi dans les rues, je trouve cette 212
Export sn 0102E, plutôt atypique, carrossée par Morelli. Il me
semble que les Ferrari avec des échappements sur les flancs comme
celle ci sont très rares. Celle ci a connu plusieurs succès en
course en 1951.

tout comme 0176ED, cette 225
Export carrossée par Vignale; une carrosserie unique. Cette voiture
est une miraculée (encore une) puisqu'après une carrière honorable
en compétition, son moteur fut utilisé en 1960 pour équiper un
bateau de course sur le Lac de Garde et la voiture fut placée sur
le toit d'une casse automobile à titre d'enseigne. C'est en 1971
qu'elle arrive chez son propriétaire actuel, Guido Artom, qui lui
fait retrouver son état original en 1999.


0564MD, une 500 Mondial dans
son jus.

Ludovic m'indique qu'au
sortir des vérifications techniques, Mika Hakkinen et David
Coulthard ont créé une émeute au volant d'une Stirling Moss et
d'une SLR historique. Les voitures m'importent davantage que les
pilotes, surtout cette SLR.

Je n'avais encore jamais vu
ce genre de choses. Hallucinant. Les flammes sortant de ces
échappements doivent être impressionnantes.

La seconde Stirling Moss est
littéralement submergée par la foule, c'est du délire.

Sans le signalement de Ludo,
je serais sans doute passé à coté de cette 166MM sn 0272M dite
"Autodromo", à la plastique aussi unique que singulière, et loin
d'être déplaisante. Elle apparait dans le film "Racers" avec Kirk
Douglas.


Dans le "parc fermé" ou je
reviens pour la première fois de l'après midi, tout est calme. Il
reste cette 250 Europa sn 0331EU dont l'empattement alourdit
considérablement la ligne, en tout cas à mon avis. En tout ca c'est
une belle surprise puisqu'elle n'apparaissait pas sur la liste des
engagés (qui comprenait en revanche deux fois 0629)


Tout comme cette Lusso badgée
Presse et totalement imprévue.

Parmi les choses qui m'ont
plues, j'ai remarqué à plusieurs reprises des grands pères qui
montraient les voitures à leurs petits enfants émerveillés. J'avoue
que çà m'a donné quelques idées et j'espère pouvoir faire le même
genre de choses avec Alexandre dans l'avenir. Les Mille Miglia me
semblent une occasion idéale pour transmettre la passion de
l'automobile. Bien sûr, mes commentaires manqueront peut être
d'originalité par rapport à ceux de ces papis qui ont peut être vu
passer les vraies Mille Miglia dans leur jeunesse.


Il est 16h30 et de nombreuses
voitures sont parties ou partent se positionner à proximité de la
rampe de départ.

Le public suit doucement, ce
qui permet d'avoir un peu plus d'intimité avec les voitures qui
restent. A force de patience, il est même possible d'en avoir
certaines totalement seules.

Nous nous dirigeons
maintenant (non sans mal) vers la viale Venezia ou se déroulera le
départ. Pour nous consoler des multiples détours qui mettent nos
pieds à rude épreuve, nous sommes dépassés par 0264M, et par
quelques supercars, comme cette DBS.


Comme nous arrivons très en
avance, nous avons l'embarras du choix pour l'emplacement, qui
s'impose finalement de lui même: derrière la barrière réservée à la
presse, juste à hauteur de la rampe de départ, seul endroit
puissamment éclairé. Il n'y a plus qu'à attendre.

A une demi-heure du départ,
l'arrivée d'une actrice apparemment célèbre en Italie déchaîne les
vivats de la foule et les cris des photographes. Au moins de ce
coté rien de nouveau. Et pourtant il n'y a pas de quoi s'exciter.
Ici avec Alessandro Casali, le président du comité
d'organisation.

Puis les voitures des
sponsors se présentent, pas mal de Z4 pour BMW et une incroyable
cohorte de SLR pour Mercedes. Toutes les variétés sont
représentées. Stirling Moss,

coupé et Roadster

722 coupé et Roadster. En
tout une quinzaine de voitures. Même à Monaco, on ne voit pas çà
tous les jours.


Et c'est parti. C'est encore
une fois Simon Kidston qui officie en tant que speaker mais
quasiment exclusivement en Italien donc je n'aurai guère l'occasion
de profiter de sa verve et de son érudition, hélas. Il est
accompagné d'une speakerine locale. Les voitures d'avant guerre
ouvrent la marche, avec cette Bugatti Type 35 ou cette
impressionnante Mercedes SSK, ou encore cette Alfa Romeo 6C. Les
concurrents escaladent la rampe, saluent plus ou moins longuement
les officiels, serrent des
mains avant de se lancer dans les rues bordées de
milliers de fans enthousiastes.


Prete-Alfa-Maserati AMP et
Siata Daina Gran Sport (eh oui, çà existe)

On commence a arriver dans
les carrosseries qui me plaisent davantage avec l'Abarth

puis une rafale de Ferrari,
on refait l'inventaire: 026M. Je vous rappelle que les pairs sont
les voitures de course et les impairs les voitures de
tourisme

089S et 190ET

0217EL et 0150A

0128E et 0102E

038M et 0112E

0176ED et 0291EU

Oh bien sûr d'autres voitures
s'intercalent, beaucoup même. Comme cette magnifique DB3 ou cette
Bandini 750 Sport qui affiche fièrement la nationalité Russe de ses
pilotes.

Fiat 8V et DB2

0399GT et 0415GT

La horde des 300 SL
Gullwing


Deux Osca MT4-2AD

Jan Pieter Balkenende, le
ministre-président des Pays Bas en Porsche 550 suivi de près de par
son escorte alors qu'il s'enfonce dans la nuit

0564MD et 0580MD

0264M descend à son tour du
podium sous l'œil attentif des caméras. En effet, le départ des
1000 Miglia est diffusé en direct à la télé Italienne.

0442M et 0462M

La Mercedes SLR, avec à son
volant David Coulthard, s'attire évidemment les faveurs du
public

0554M et 0528MD

0534M et 0530M. Maintenant
que le jeune retraité de la F1 est passé, le podium va se
désertifier à vitesse grand V.

0298MM et 0272M, puis
0578M


Une nouvelle Osca 750S et la
Maserati A6G/54 Zagato

0533GT et 0661GT

0331EU et une bonne surprise,
une Ferrari non prévue qui s'arrêtent le temps d'embarquer la
bimbo. Il s'agit d'une 500TR sn 0634MDTR

Encore une Gullwing mais
c'est surtout celle qui pointe derrière qui m'intéresse: 0629GT,
qui précède la dernière Ferrari à s'élancer 0658MDTR


On termine avec la Maserati
250S et la Jaguar Type D, deux modèles aussi magnifiques
qu'exclusifs.

A vrai dire, 400
voitures plus tard, à 22H00, je ne suis pas fâché que çà se
termine. La journée a été
longue, et la nuit précédente encore plus. Quasiment chaque modèle
aurait mérité un traitement particulier tant les carrosseries sont
soignées et originales. C'est le genre d'évènements qui fait
prendre conscience à ceux qui, comme moi, n'ont connu que des
designs standardisés et déclinés jusqu'à la nausée (les Peugeot
actuelles?), de l'incroyable diversité des carrosseries des années
50.
La foule semble bien partie pour profiter de la soirée pour
faire la fête mais en ce qui me concerne, j'ai environ 200
kilomètres à faire pour arriver à Maranello donc je me mets en
route sans tarder. On change de jour sur l'autoroute, et sous la
pluie. Là, ce n'est pas grave.
©
Nicolas Jeannier