Gstaad Classic 2009

Quel luxe de pouvoir se lever à
7h30. Je retrouve Etienne et sa compagne au petit déjeuner où nous
comparons nos programmes de la journée. Ils se ressemblent pas mal:
trouver un endroit sympa pour se poster au bord de la route peu
après le départ de la première liaison, retrouver les concurrents à
la pause déjeuner à Gruyères puis suivre une spéciale l'après midi.
Je vais juste essayer d'ajouter une spéciale le matin aussi. Après
une belle journée en statique hier, l'objectif va être de faire un
maximum de dynamique aujourd'hui. Je décolle de l'hôtel vers 8h30,
le départ de Gstaad étant prévu à 09h00, j'ai le temps de prendre
la route avant les concurrents. En tout cas si j'arrive à ne pas
m'arrêter tous les 500 mètres pour prendre une photo du paysage (et
du ciel mais oui). J'aime beaucoup la deuxième avec le rayon du
soleil et la brume au fond de la vallée.

Du coup, je passe le rond point de
Gstaad avec cinq minutes à peine d'avance sur le départ supposé des
concurrents.

Après une quinzaine de kilomètres,
soulagé de ne pas avoir été rattrapé, j'avise une épingle à cheveux
qui m'irait bien, avec une église sympa et bien placée. Je stoppe
donc là. Quelques minute plus tard, l'ouvreuse fait son apparition.
Il s'agit d'une California noire pilotée par un célèbre pilote
Français très attaché à Ferrari. Mais çà, je ne le sais pas encore
en fait.

Le plateau Compétition arrive le
premier bien sûr, alors que je cherche encore mes marques. Je ne
fais pas exprès de prendre cette Lotus Elan devant un cimetière: je
ne sais évidemment pas qu'il ne lui reste que quelques dizaines de
minutes à vivre.

Les échappements plus libérés des
voitures de ce plateau font que leurs moteurs résonnent contre la
montagne plusieurs dizaines de secondes après leur passage. Un pur
plaisir. Les TZ semblent avoir l'embrayage particulièrement
sensible. La rouge ratatouille pas mal en attendant sa collègue
avant de repartir à l'assaut de conserve.

Pour quelques voitures j'essaie de
jongler entre le grand angle pour faire la photo avec l'église en
fond avant de prendre le zoom pour immortaliser leur passage de
plus près. J'ai enlevé les filtres polarisants des deux appareils
pour la journée car le soleil n'est pas garanti et je ne veux pas
risquer de me retrouver avec des photos toutes floues, même
légèrement.

Les photos ressortent plus ou moins
comme je l'espérais. Evidemment avec un tel cadre j'ai
naturellement tendance à élargir le champ, ce qui rétrécit les
voitures d'autant. Mais bon, les plans très rapprochés sont plus
adaptés aux circuits, ici il faut profiter du paysage.

Ce qui ne m'empêche pas de varier
les angles et les focales. De toutes façons je suis coincé ici
maintenant. Si je reprends la voiture, je vais louper la moitié des
concurrents.



Parfois les concurrents arrivent en
peloton assez serré. Il ne s'agit pas nécessairement d'une volonté
de leur part mais à l'entrée du village, un feu rouge régule la
circulation à cause de travaux sur la chaussée, ce qui provoque des
regroupements qui m'obligent à cadrer plus vite que je ne le
souhaiterais.

Je l'ai déjà dit mais cette Daytona
est vraiment superbe. Elle m'offrira d'ailleurs une de mes photos
préférée du weekend, mais plus tard dans la journée.


Je prends ensuite un peu de hauteur
en montant sur le talus. L'Abarth est très photogénique avec ses
couleurs vives, plus que la DB2. Cela dit, déjà le ciel devient
gris.

Certains équipages m'ont repéré et
me font des signes amicaux. Même si je ne peux pas répondre, çà
fait toujours plaisir alors continuez !

Je continue à grimper sur le
mur.


En essayant de varier au maximum les
angles de vue.

Quitte a en faire parfois un peu
trop en terme de réduction du sujet principal: la voiture. Mais je
le voulais cet arbre.

La 212 arrive, je suis contraint de
sacrifier un peu la Bugatti malheureusement. C'est madame qui
conduit.


J'essaie ensuite de respecter les
règles de base de la composition d'image en introduisant un élément
de premier plan mais ce n'est pas forcément concluant.

Je redescends au niveau de la route,
à l'intérieur de l'épingle cette fois. Une des AC Cobra

précède la Ferrari 250 California.
Ainsi elle a fini par arriver et elle a failli me prendre par
surprise (et çà se voit). En revanche la 225S est définitivement
manquante.

Du coup, j'ai un peu des fourmis
dans les jambes, j'ai envie de la suivre pour la prendre dans la
deuxième spéciale. Je prends encore quelques photos en élargissant
au maximum pour profiter des montagnes. Ce point de passage m'aura
vraiment offert de nombreuses possibilités de cadrage différentes,
sans faire plus de quinze mètres.

Je remonte les deux cent mètres qui
me séparent dans la voiture en essayant de me souvenir quelles
Ferrari il peut me manquer. Si j'avais quatre mains et deux
cerveaux, je les cocherais au fur et à mesure sur la liste des
engagés mais elle est de toutes façons restée dans la voiture (peut
être qu'un seul cerveau suffirait finalement). Au moment où j'ouvre
la portière, des moteurs retentissent, je retourne rapidement au
bord de la route. Cette Porsche 100% féminine et suivie de la 275
GTB grise.

Ici aussi le cadre est sympa

Pas loin derrière, la Daytona noire
déboule à son tour. Il manque encore deux Dino, la 365 GT 2+2 et la
330 GTC mais je dois y aller si je veux repasser devant tout le
monde.

Je saute donc en voiture, et
quelques secondes plus tard il pleut. Je coupe directement en
direction de La Comballaz où a lieu la deuxième Spéciale sur route
fermée. En route, le GPS a tendance a perdre un peu la boule, voire
a donner des ordres contradictoires. Et non loin du village je
croise la TZ blanche et la Giulia, ce qui est toujours un peu
inquiétant car çà m'étonnerait qu'elles aient eu le temps de courir
la spéciale. Finalement je trouve le départ. Il s'agit d'une petite
route, pas bien large. Je mets mon autocollant Presse en évidence
sur le tableau de bord et je me gare un peu à l'arrache. Puis je
marche quelques centaines de mètres le long de la route pour
trouver un point intéressant. En escaladant une butte, je vois les
Alfas se présenter au départ. C'est donc moi qui étais sur le bon
chemin. Je finis par trouver, sans trop m'éloigner, une saignée
dans le talus avec une plaque d'égout, juste derrière une bosse. Ca
va être parfait. A part la pluie. La spéciale a l'air neutralisée
pour le moment et l'ambulance passe devant moi, mais au pas.
J'apprendrai à mon étape suivante que la Lotus Elan a fait
plusieurs tonneaux, sans dommage pour ses occupants fort
heureusement (casques et combinaisons ignifugées sont obligatoires
sur tout le parcours). Au bout d'un moment, je vois au loin
l'ambulance reprendre sa place et peu après les voitures sont
lancées. Les deux Alfas passent à un mètre de moi, lancées à fond.
Ca ne rigole pas en Compétition.
Le plateau régularité est beaucoup
plus calme, c'est un rythme de promenade, mais gage de sécurité sur
ces routes étroites, bombées et trempées. Une pensée pour les
occupants des découvrables.

Certains ont tout de même une
capote

Cela dit, certains pilotes ont peut
être aussi une pensée pour moi s'ils me voient accroupi au bord de
la route dans une niche de béton, avec le poncho sur la tête.



Au bout d'un moment, mes jambes déjà
rudement éprouvées par les nombreuses génuflexions de la veille
commencent à s'engourdir. Après le passage de la 212 Export,
j'attends que les fourmis disparaissent de mes pieds avant de
bouger.


J'escalade la colline qui borde la
route pour prendre suffisamment de recul.

Il est temps de prendre un peu de
risque et de tenter quelques filés. Jusque là, je me suis contenté
de vitesses les plus hautes possibles.



Certaines voitures me stressent un
peu plus que les autres. La peur de rater (je précise que la Dino
n'est pas ratée, c'est fait exprès)


Dès le début, j'ai décidé de partir
dès le passage de la California. La spéciale a pris pas mal de
retard et je crains que les premiers n'aient déjà fini de
déjeuner.

Je prends donc le chemin du retour
vers le départ, en m'arrêtant tout de même au passage des
concurrents.

La première montée était un point de
vue sympa aussi mais bon.

En bas, les concurrents attendent
leur tour.

Il reste pas mal de Ferrari mais
tant pis. C'est vrai que dans ces conditions, on arrive souvent
après les numéros les plus bas et on part souvent avant les numéros
les plus hauts, sous peine de prendre un retard irrattrapable.


Allez, je suis parti pour les 40
kilomètres qui me séparent du Gruyères. A peine parti, je passe
devant un convoi militaire qui démarre. Du temps de gagné. Mais
quelques centaines de mètres plus loin, je repère la Porsche 904/6
arrêtée sur le bas coté. Je me range par réflexe pour prendre une
photo mais je vois les jeeps arriver. Je repars rapidement pour les
doubler et être débarrassé Vous vous doutez que la route ne sera ni
droite ni plate. Aux deux tiers du parcours environ, un officiel
est posté pour signaler que la route est glissante, sans doute
suite à une perte de liquide. Une éventualité à ne pas négliger
quand on roule sur route mouillée derrière de vénérables anciennes
pas forcément étanches.

J'arrive à Gruyères, dont la
célébrité tient autant au fameux fromage éponyme qu'à son château
médiéval. La caravane s'est installée sur un parking habituellement
réservé aux touristes souhaitant visiter le château, hélas un peu
loin de celui ci. J'arrive à temps, le plateau Compétition est
toujours là.


Du coté des Ferrari, çà bricole mais
à priori rien de grave.


Si vous n'avez jamais vu comment on
enlève une roue avec une fixation papillon: attention aux âmes
sensibles, il suffit de taper dessus le plus fort possible.

Les Daytona sont là.


La California arrive peu après,
l'occasion pour moi de la détailler un peu.

Celle ci montre une irrégularité: un
des passagers ne porte ni casque, ni combinaison.

Les derniers arrivent
progressivement


La seule photo avec un bout du
château en arrière plan: c'était pas facile.

L'ouvreuse s'apprête à partir pour
la suite des évènements. C'est là que je m'aperçois que son pilote
n'est autre que René Arnoux, toujours aussi souriant et
sympathique, qui attend gentiment que j'aie fini mes photos pour
démarrer. Merci à lui pour sa disponibilité et son sourire, c'est
vraiment un grand Monsieur.


Bon c'est du parking, donc sans
intérêt particulier après la journée d'hier et je dois y aller si
je veux arriver dans la troisième spéciale avant les concurrents.
Direction Abländschen et la Vallée des Fenils pour une épreuve de 8
kilomètres en descente. Je pars derrière une voiture de
l'organisation mais au bout de quelques kilomètres, le GPS me fait
bifurquer par des chemins invraisemblables où l'on peut à peine se
croiser. Une fois engagé, il n'y a qu'à prier qu'il sache ce qu'il
fait. Après avoir retrouvé une route digne de ce nom, je suis
ensuite un panneau m'envoyant sur une très longue montée, sur des
chemins à peine plus carrossables que les précédents. Alors que je
me demande si je suis totalement perdu, je tombe sur le poste de
pointage. Le départ de la spéciale est prévu quelques centaines de
mètres plus loin. Je comprends tout de suite que je vais devoir
rester ici jusqu'à la fin de la spéciale et la réouverture de la
route qui descend de l'autre coté du col. Entreprendre de repartir
dans l'autre sens avec tous les concurrents qui montent serait
franchement compliqué. La voiture que je suivais tout à
l'heure arrive quelques minutes plus tard. Le GPS n'est pas si
timbré finalement. Je n'ai pas trop envie de m'engager à pied dans
la spéciale. Tout à coup, une partie des furieux du plateau
Compétition déboule en groupe.



Il faut prendre une décision rapide.
Je décide de descendre un peu du coté de la montée du col. A à
peine deux cent mètres, un petit bout de route me semble assez
adapté. Une souche sous un arbre me permettra de m'asseoir et
d'être relativement à l'abri en cas de pluie. Le point de contrôle
n'est pas très loin, posé au milieu de nulle part. Sur la deuxième
photo, saurez vous retrouver l'intruse?

Je ne bougerai plus de ma souche
pendant les 1h30 que va durer le passage de tous les concurrents
survivants.

En règle générale, les concurrents
compatissent et saluent cette masse grise informe d'où émerge un
objectif braqué sur eux.

La route noire avec le fond vert et
les fruits rouges dans les arbres offrent un cadre vraiment très
esthétique.

Je vous disais que la Daytona
m'avait offert mes plus belles photos du weekend, c'est de celles
ci que je parlais. Je les aime vraiment beaucoup.

Un coup de chapeau également à
Corentine et Carla, l'équipage de la Jaguar XK150. Outre qu'elles
sont absolument charmantes, la conductrice à eu un geste amical à
mon égard à chaque fois qu'elle est passée à coté de moi, signe de
la main ou pouce levé. C'est très agréable.

La météo est dans la continuité:
tantôt il pleut, tantôt un rayon de soleil vient saturer les
couleurs.

L'arrivée de la 212 Export fait
toujours naitre un vrai sentiment d'excitation.


Les voitures se succèdent, à
intervalles irréguliers, soit isolées soit en groupe.



La California provoque elle aussi un
certain émoi.


Quand je vous disais qu'un
photographe était prêt à tout quand il s'ennuyait. Il y a eu
quelques temps morts vers la fin. J'ai aussi eu le temps de
réfléchir sur la suite de mon programme. J'avais prévu d'aller
dimanche au KBrossocorsaday II, un rassemblement de 120 Ferrari en
région Parisienne, à l'initiative d'un propriétaire membre de
Forum-auto. Deux Enzo et deux 16M sont annoncées. Mais franchement,
vu mon état de fatigue (et surtout celui de mes cuisses), les
incertitudes sur la météo et sur le trafic, et le fait qu'il faille
faire près de 1000 km dans la journée, je préfère renoncer pour
cette édition.

Les dernières Ferrari, la Daytona
noire et la 365 GT 2+2 ont disparu ou ont zappé.


Sur la fin le temps tourne vraiment
à la grosse averse. Je reste stoïque. L'arbre me protège un peu et
je ne veux pas finir le rallye caché dans ma voiture.


La Bentley est la dernière a passer.
J'ai du mal à imaginer comment elle a fait pour monter jusqu'ici.
La voiture balai la suit à distance, signe de la fin de la
procession, et du rallye en ce qui me concerne. Je suis en queue de
peloton sans espoir de refaire mon retard sur la meute. Je pourrais
attendre les voitures à l'entrée de Gstaad mais il y a quand même
pas mal de route pour le retour.
Quinze minutes plus tard, la route
est libérée. Je descends la spéciale à la suite de quelques
voitures de l'organisation. Il y a des endroits vraiment superbes
mais même en arrivant suffisamment tôt pour m'y engager en voiture,
je n'aurais pu en photographier qu'un. Vers la fin de la spéciale,
Etienne me fait signe du bord de la route. Lui s'est garé sur le
parcours et s'est donc aussi retrouvé coincé. Après avoir pris
rendez vous à Geneva Classics, je demande au GPS de me ramener à la
maison: après tous ces virages dans tous les sens sans apercevoir
le moindre village, je n'ai absolument aucune idée d'où je me
trouve. Il m'annonce 3h30 de voyage, çà va encore. En fait la
spéciale était juste sur les hauteurs de Gstaad. Le retour se passe
sans encombres.
Pour faire un bilan de ma Gstaad
Classic, je dirais que le plateau était très intéressant et que le
cadre était vraiment idéal pour un reportage agrémenté de
nombreuses photos. Cette deuxième journée a été très satisfaisante
sur ce dernier point. Les itinéraires rayonnant autour d'un point
fixe sont un vrai plus quand on veut suivre l'épreuve sans avaler
des kilomètres excessifs. On peut couper et retrouver les
concurrents sans s'éloigner de son camp de base: une excellente
initiative. En toute franchise, je regrette vraiment de ne pas
suivre l'intégralité des trois jours de rallye. Gstaad Classic
s'impose vraiment comme un évènement indispensable, encore plus que
le Tour Auto et je ferai tout pour être présent à la prochaine
édition dans deux ans.
Je tiens a remercier la
sympathique équipe de Peter Auto dont le nom est toujours un
gage réconfortant de qualité. Que ce soit Le Mans
Classic, Le Tour Auto Optic 2000 ou maintenant la Gstaad
Classic Audemars Piguet, j'ai toujours pu couvrir leurs
évènements avec une grande facilité et un grand plaisir. A
noter que le rythme biannuel a aussi été adopté pour deux
nouvelles courses historiques organisées par Peter Auto: la
Ronde du Ventoux et le Grand Prix de Pau dont les échos dans la
presse spécialisée ont été très positifs. A suivre en 2011
donc.
© Nicolas
Jeannier