Célébrations du Centenaire Bugatti à Molsheim 2009

Deux mille neuf est une année
importante pour les fans de Bugatti du monde entier. En effet il y
a cent ans, Ettore Bugatti fondait son usine automobile à
Molsheim, en Alsace. Tout au long de l'année, la marque a
été mise à l'honneur lors de différents évènements mais c'est bien
sûr à Molsheim qu'est revenu l'honneur d'organiser les principales
festivités avec de nombreuses expositions et en point d'orgue, le
défilé de ce dimanche. Il s'agit en fait du traditionnel
Festival Bugatti auquel j'avais assisté l'an dernier, boosté à
l'occasion du Centenaire. Le programme annoncé est le
suivant: l'après midi une centaine de Bugatti seront
à la parade dans le centre ville. Les voitures devraient
faire quatre boucles de 1700 mètres par groupe de
dix. A 21h00, quarante Bugatti emblématiques seront
réunies au Parc des Jésuites mais je ne sais pas si je serai encore
là pour les voir.

Je ne refais pas ici
l'historique de la marque, que vous trouverez en cas
de besoin sur la page du très arrosé Festival 2008. Au
moins cette année, la météo s'annonce plus clémente. Comme
d'habitude, je me débrouille pour arriver en avance. La parade doit
commencer à 15 heures, j'arrive sur place vers 9h15. En arrivant à
Dorlisheim (qui touche Molsheim), j'aperçois à coté du bâtiment qui
abrite les chaines de montage des Veyron un impressionnant line up
de Bugatti. Premier stop. Il s'agit des 4 derniers concepts de la
marque. De gauche à droite l'EB118 et son moteur de 18 cylindres de
555 chevaux (Paris 1998) puis l'EB218, même motorisation mais
quatre portes (Genève 1999). Le Concept EB18.3 Chiron
(Francfort 1999), toujours le même moteur mais on se rapproche de
l'esthétique de la Veyron. Et enfin le Concept EB18.4 Veyron (Tokyo
1999), dernière étape avant la forme définitive de la Veyron,
présentée en 2000.

Un peu plus loin au Château St Jean,
de nombreuses voitures sont exposées sur la pelouse, j'ai juste le
temps de voir deux EB110 avant de le dépasser. Je laisse la voiture
vers la gare; pour l'instant il n'y a pas grand monde mais je tombe
sur Peter Singhof, un des photographes de barchetta et j'en profite pour
le féliciter pour son dernier reportage sur l'Ennstal Classic. Ca
m'a bien donné envie mais c'est un peu loin (en Autriche). Ensuite
je retrouve Ludo, mon binôme des Mille Miglia. Je ne l'attendais
pas avant 14 heures mais il a apparemment considérablement avancé
son départ. Il m'indique que le centre ville est encore très calme.
Nous partons donc en direction du Château. En chemin, nous nous
arrêtons à l'Hôtel Le Bugatti où sont stationnées quelques
anciennes, comme d'ordinaires voitures de clients. Surprenant.

Ici une Type 13 Brescia Sport

En couvrant le kilomètre qui nous
sépare de notre destination, nous croisons de nombreuses Bugatti
qui arrivent en ville. Type 35B GP de 1930 et Type 40 GS
de 1928

Type 40 Cabriolet
J'avoue que celle qui m'excite le
plus est cette superbe EB110 blanche. Elle a été spottée quelques
fois en région Parisienne mais rarement. En tout cas, c'est la
première fois que j'en vois une rouler.

Voici une réplique d'Aérolithe.
Réalisée en un exemplaire unique sur la base du châssis T57 normal,
l'Aérolithe servira de prototype pour l' Atlantic qui sera
produite à 3 exemplaires sur le châssis 57S. L'Aérolithe fut
présentée en 1935 au salon de l'auto de Londres et Paris. Fabriquée
en « Elektron », un alliage de magnésium, cette
carrosserie présentait une arête dorsale très caractéristique
résultant de l'impossibilité de souder le
matériau dont elle était faite. Mais bon,
ce n'est pas la vraie.

Nous voici arrivés devant les
grilles (hermétiquement closes) du Château. Stupeur en découvrant
le plateau. EB110 et EB110 SuperSport.


Atlantic (vraie? pas encore sûr mais
les chances sont bonnes)

et deux Royales, bien cachées
derrière des arbustes en pot. Evidemment l'accès à ce display est
réservé aux propriétaires et aux personnes qui ont fait
l'acquisition d'un forfait pour les festivités. Pour nous les
simples mortels, il faudra donc se contenter de petits bouts, à
savoir les éléphants monumentaux dessinés par Rembrandt Bugatti, le
frère d'Ettore.

Impossible de savoir quels autres
trésors sont cachés dans ce parc.

Dans la rue, le défilé se poursuit
avec cette Type 40 Gransport et cette Type 57 Stelvio Gangloff.

Type 35B

Et sur un parking en contrebas, deux
voitures sont en train de quitter leurs remorques.

Devant l'hostellerie du Pur Sang,
une Bugatti, évidemment, et une Delage se sont données rendez
vous. Ce petit hôtel avait été acheté par Ettore
Bugatti dans les années 20, qui y recevait ses amis et ses
meilleurs clients. La ville l'a racheté en 1991 et les
différentes associations liées à Bugatti (dont
les Enthousiastes) y ont désormais leur siège.
.

Nous prenons ensuite la direction du
centre ville. Rien sur le parc fermé indiqué sur le plan. Mais un
peu plus loin, devant l'Hôtel de la Monnaie, surprise. De
nombreuses voitures sont là et il y a ... énormément de monde
autour.

L'EB110 est là, mais pas seule.

La prétendue Altantic est là aussi.
Nul doute qu'elle soit conforme dans le moindre détail mais çà ne
la rend pas authentique pour autant.

Je retrouve Pierre, un fanatique de
la marque rencontré sur le net et qui dispose d'un pass étendu.
Pour lui, le rêve s'est réalisé: visite des chaines de montage, des
lieux mythiques, ballades en Bugatti... (sa galerie est visible
par ici) Après mon passage à Maranello en mai, je comprends
tout à fait ce qu'il peut ressentir à cet instant. Il me dit que de
nombreux propriétaires de Veyron sont venus avec leur voiture et
que plusieurs dizaines d'entre elles sont garées dans l'usine. Quel
spectacle çà doit être. Il me propose très gentiment de me
présenter a des personnalités reconnues de la marque mais mon
ignorance deviendrait alors bien trop évidente, je préfère
décliner. Vu la foule, je passe du 17-40 au 10-22. Deux Type
57, une Ventoux et une C

C'est quasiment un objectif Macro,
très marrant.



Je n'avais jamais réalisé que cet
étrange bouchon de réservoir cachait en fait un thermomètre de
température d'eau !

Nous en profitons pour visiter
l'exposition "Bugatti et les artistes" présentée dans l'Hôtel.
François Vanaret, le frère d'Etienne, est évidemment présent et
expose ses tableaux.

Mais mon œuvre préférée est celle
ci. D'autres tableaux montrent des Veyron abandonnées et
délabrées dans des champs, comme de vieilles épaves. J'aime
beaucoup ce genre de décalage.

Les voitures prennent ensuite une
par une la direction de Dorlisheim où les participants vont
déjeuner. Ici une Type 51 et une Type 57 Galibier


Nous nous dirigeons alors vers le
trajet de la parade, en plein centre ville. La parade est dans
trois heures, chacun s'occupe comme il peut. Les photographes
prennent des photos.

Seules quelques rares voitures ont
séché le déjeuner et arpentent les rues de Molsheim, comme cette
Type 39 et cette Type 57 Ventoux.


Nous trouvons même une Aston Martin
DB9 sur le parking de l'Hôtel de Ville. Joli cadre (non ce n'est
pas l'Hôtel de Ville sur la seconde).

Bon, trois heures de pause, c'est
long. Les organisateurs commencent à verrouiller le circuit de la
parade. Barrières aux carrefours et rubalise entre les barrières.
Je ne sais pas quelle sera l'efficacité et la durée de vie de ce
genre de dispositif mais disons que çà préfigure un peu de ce qui
va suivre. Nous nous dirigeons doucement vers le parc fermé,
histoire de passer le temps. Deux voitures sont présentes, sans
grand monde autour. Une Type 35B (réplique) et une Type 43.


Ici on est plus dans le jus que dans
l'état concours. Et c'est très bien ainsi. Je pense que le pilote
et le copilote doivent bien sentir les effluves d'huile chaude
quand la bête est en marche.

A quatorze heures trente, nous
sommes en place dans un endroit calme, avec une chicane qui devrait
assurer des passages lents. A quinze heure, le speaker commence à
parler et il devient vite évident qu'il rame méchamment pour
meubler. Apparemment les voitures ont du mal à arriver de
Dorlisheim. Ce n'est finalement qu'à 15h35 que la première série
est lancée, derrière ... un cheval au pas (symbolique du Pur
Sang, même Ferrari n'avait jamais eu d'idée aussi
saugrenue). Autant dire que les 1700m du circuit ont été
très longs à parcourir. Pendant ce temps là, les spectateurs
attendent ...

Rapidement nous nous rendons compte
que le terme parade est à prendre au sens littéral. Les voitures
passent très lentement, avec force coucous des passagers. On est
loin des parades du Grand Prix Suisse à Berne. C'est sûr que nous
sommes en centre ville et dans des conditions de sécurité plus que
précaires mais quand même. La rouge est une Type 23 Torpedo.

Type 38

Cette minuscule voiture est
une Bébé Peugeot de 1913. Sa place ici se justifie par le fait que
son 4 cylindre de 850 cm3 et 10 chevaux a été conçu par Ettore
Bugatti en personne. Construite jusqu'en 1916 à 3095 exemplaires,
la Bébé Peugeot devient la première voiture populaire d'Europe
produite en grande série. Ettore Bugatti en acheta une trentaine
qu'il équipa de sa fameuse calandre en fer à cheval mais aucune n'a
survécu jusqu'à ce jour (et étonnamment personne n'a souhaité en
faire construire de réplique).

Voici l'EB110 blanche.


Elle ne fait que deux passages.

Et voici celle que le speaker
présent comme une Royale. Encore une fois, des organisateurs
mélangent sans vergogne des voitures authentiques avec des
répliques, sans s'embarrasser de fournir de précisions au public,
qui est finalement pris pour un imbécile n'y connaissant rien.


A vue de nez, les séries semblent
plutôt composées de 6 ou 7 voitures que de 10. Dans la suivante,
voici une Veyron.

Et pas tout à fait n'importe
laquelle, il s'agit de la N°1, la première construite après les
prototypes et celle qui fut utilisée par l'usine pendant des mois
pour réaliser les tests d'endurance et de roulage à travers le
monde.

D'ailleurs, il existe une série de
très belles photos d'une Veyron lancée à fond de train sur un lac
salé; c'est celle ci. Pour moi qui aime particulièrement ces
images, c'est une belle surprise. Quitte à ne voir qu'une seule
Veyron sur les dizaines qui sont planquées non loin de là, autant
que ce soit celle ci.

Deux passages seulement pour elle
également.

Ici un modèle Type 44 non
carrossé. C'est comme cela que les Bugatti sortaient de l'usine,
avant d'aller se faire habiller selon les souhaits de leur nouveau
propriétaire.

Il y a vraiment un énorme problème
de rythme. Chaque tour est espacé d'au moins dix minutes avant que
le voitures n'arrivent en rangs serrés, ce qui rend le défilé
particulièrement fastidieux. Les modèles de sport attaquent tout de
même un peu plus mais restent bridés par les voitures ouvreuses,
particulièrement lentes, enfin je veux dire prudentes. Type 39 et
Type 35.

Les conducteurs sont
enthousiastes, certains se penchant littéralement dans les virages.
Mais çà n'empêche pas de regarder devant soi!

Nous changeons un peu de point
de vue.




Celle ci est une Type 252, un des
derniers prototype de la marque, conçu entre 1954 et 1956 sous la
supervision de Roland Bugatti, le fils cadet. Il s'agit d'un
exemplaire unique. Considérant que celui ci porte une plaque
arrière "Musée de l'automobile de Mulhouse" et que la seule 252 y
est exposée, doit on considérer qu'il s'agit de celle ci? Mais
alors, celle qui est exposée au Château St Jean, immatriculée
143HPO, serait une fausse? Donc l'Atlantic aussi probablement. A
qui se fier? Je crois que "A personne" est la réponse qui
convient.

A 17h00, l'attente devient vraiment
dissuasive, nous préférons jeter l'éponge et rejoignons le parc
fermé. Apparemment nous n'avons pas été les seuls à nous
impatienter: la foule est incroyablement dense. Le speaker fait de
la retape auprès des participants pour qu'ils fassent un tour de
circuit supplémentaire. A mon avis, on est loin des 4 tours par
voiture et de 100 participants. Je profite de l'arrivée de
l'Aérolithe au parc pour la détailler un peu.


C'est vrai que c'est une œuvre
d'art et que le soucis du détail est impressionnant.

Je ne veux pas rentrer de
nouveau dans la polémique sur les répliques, j'ai déjà bien assez à
faire avec Ferrari sur ce sujet. Je fais donc une entorse à
ma ligne de conduite et je photographie celle ci sous tous les
angles. De toutes façons, je suis trop ignorant pour reconnaitre
les autres faussaires présentés aujourd'hui.

Il est 18 heures. La
présentation des voitures sur le podium est au mieux dans trois
heures. Avec ce que j'ai vu de la foule et de l'organisation
jusqu'à maintenant, j'estime que le coup est trop risqué, avec la
route à faire derrière. Je décide donc d'arrêter là pour cette
journée. Je ne suis pas le seul, les bouchons sont
déjà impressionnants. Tiens, une autre ancêtre au look
très ... étudié? Une Rat-2CV?

Quelques Bugatti tentent de se
frayer un chemin parmi les embouteillages, le contraste est
saisissant.


Je m'arrête sur le parking du
Cora qui se trouve face au Château St Jean (eh oui) dans l'espoir
de faire quelques photos supplémentaires sans avoir le soleil dans
le nez mais toutes les voitures sont déjà bâchées. En revenant vers
la mienne, j'ai un dernier aperçu de la conduite très particulière
des pilotes de Bugatti. Celle ci dépasse la file de voitures par la
droite et escalade la rampe du pont sur cette section pavée, en
pente et en dévers. Ce n'est pas un propriétaire de Ferrari que
l'on verrait se livrer à de pareilles acrobaties.

En arrivant a une
centaine de mètres du rond point devant la nouvelle usine, je
vois arriver sur la route perpendiculaire un des Royales du
Château, une des vraies! Je saisis immédiatement l'appareil mais
elle fait le tour du Rond Point avant de repartir d'où elle vient.
Vu le trafic, je décide de ne pas la poursuivre. Je rejoins
rapidement l'autoroute où je vais pouvoir tranquillement faire le
bilan de cette journée. Il est en demi teinte. Je ne vais pas trop
faire la fine bouche: une EB110 et une Veyron à deux heures de chez
moi, c'est déjà bien, il m'est arrivé d'aller à Genève pour
moins que çà.
Cela dit pour fêter un
Centenaire, l'organisation m'a semblé vraiment dépassée.
En fait, Bugatti SAS, alias Volkswagen a organisé un évènement dans
son coin pour quelques happy few et la ville de Molsheim
et les Enthousiastes Bugatti ont organisé la parade de leur
coté. Je ne conteste pas l'organisation Bugatti, il est normal
que les clients et les visiteurs payants de la marque soient
choyés. Ferrari fait pareil et j'imagine mal dix
mille personnes piétiner les pelouses du Château.
Coté parade, est ce que
les organisateurs n'avaient pas vu venir la foule qu'allait attirer
leur programme? Pour moi ils ont organisé leurs célébrations comme
une fête de village: peu de moyens, matériels et sans doute
financiers, parade à la bonne franquette, pas de rigueur et des
effets d'annonce quelque peu exagérés. Du coup, les passionnés non
fanatiques (comme Ludo et moi par exemple) se retrouvent le cul
entre deux chaises, au milieu de la sortie dominicale des badauds
(sans que ce soit péjoratif). Honnêtement j'ai une pensée pour
ceux qui sont venus de loin pour assister à la parade et qui
ont du repartir bien amers après une heure de
défilé erratique. C'était le plan initial de Ludo et je crois
qu'il ne peut que se féliciter de l'avoir changé.
Peut être ne nous sommes pas
adressés au bon endroit: Bugatti. Je ne sais pas quelles sont les
relations entre la marque Allemande et les associations mais il est
un peu regrettable que Bugatti SAS n'ait pas participé davantage au
festival, soit financièrement ou matériellement pour donner un coup
de pouce, soit en proposant aux propriétaires de Veyron de
participer à la parade. Les puristes retoqueront que le dernier
modèle de la marque n'a rien a voir avec Ettore Bugatti mais la
voiture est bien assemblée à Molsheim et elle provoque des
réactions dans le public bien plus fortes que les Type 35. Et je
suis prêt à admettre que je suis plus que tout déçu de ne pas avoir
réussi à me débrouiller pour voir les quarante et quelques Veyron
qui ont transité à Molsheim pendant que j'y étais. Pour moi, çà
aurait valu bien plus que toutes les Type 35 du monde (mais ce
n'est que mon avis). Là c'est moi qui me suis planté, et en beauté.
Peut être aussi que j'avais placé trop d'attentes sur cet
évènement.
Je suis parti ce matin sous le
ciel rosé du lever du soleil, je rentre ce soir sous le ciel orangé
du coucher, c'est assez marrant. Plus en tout cas que l'idée des
neuf heures de route qui m'attendent après demain pour le Salon de
Francfort. Dans l'ordre des mises à jour, les suivantes devraient
concerner le raid Turin - Megève avec des Ferrari majoritairement
modernes et le DTM à Dijon qui devrait clôturer l'année, ou peut
s'en faut.
© Nicolas
Jeannier