Concorso d’Eleganza Villa d’Este 2010 par Nicolas J.

Ouille. Je peux vous dire que
quand le réveil sonne à 1h30 du matin, c'est raide. Je me mets en
route pour cinq heures de voyage qui en deviendront sept après deux
arrêts pour dormir un peu le long de la route. Je commence a
avoir une désagréable impression de déjà vu quand je
traverse un véritable rideau de pluie à quarante kilomètres de ma
destination. De fait, le temps est vraiment très couvert quand
j'arrive à Cernobbio. Je me gare et saute dans une BMW série 5 GT.
J'ai déjà dit tout le mal que je pensais du look et du nom de cette
voiture mais je dois reconnaitre qu'il y a de la place pour les
passagers et que l'on voyage dans le confort, même sur un
kilomètre. Je retrouve avec plaisir le charme luxueusement désuet
de la Villa d'Este.

Pour l'instant, seules les
équipes de BMW Classic s'affairent à mettre en place des bataillons
de 328 (pas les séries 3) et de 507.
Je retrouve une nouvelle fois
Ludo qui est je pense l'un des rares non professionnels
français à voyager plus que moi. Etienne est également en
villégiature pour la septième année consécutive. Le vendredi est
réservé aux enregistrements et aux vérifications techniques. Une
promenade en vieilles BMW est aussi à l'ordre du jour. Mais
surtout, le vendredi est le jour des photographes, les
voitures participantes se plaçant à quelques endroits
esthétiquement très stratégiques pour se faire tirer le
portrait sous tous les angles. Ca, c'est la
théorie.
Les premiers véhicules
arrivent rapidement et se mettent en file pour accéder à
l'auvent où les commissaires se penchent sur leur pédigrée. Je
tacherai pour ma part de détailler les voitures dans le reportage
sur la parade du samedi mais voici déjà deux Maserati: une Maserati
3500 GT Spider Vignale
et une A6G/54, moins
fine.
ainsi qu'une Cisitalia 202
Spider Farina.
Sous la partie couverte de
l'entrée de l'hôtel se trouve une Ferrari 500 Superfast. Il me faut
regarder de très près pour déterminer qu'elle est bien vert foncé
et qu'il s'agit par conséquent de 6043SF, l'ancienne voiture
d'Edgar Schermerhorn dont la collection avait été dispersée l'année
dernière lors de la vente
RM de Maranello.
Parmi les voitures
mises à disposition par BMW, l'organisateur de l'évènement, se
trouve une superbe BMW M1 couleur crème.
Je rencontre ensuite Julien et Matteo, eux aussi des
habitués des lieux. En bons chasseurs, ils ont déjà fait le
tour du parking sous terrain où ils ont repéré une McLaren F1, le
Graal des spotters, une voiture considérée comme la supercar la
plus emblématique du siècle dernier. Il va sans dire que je vais
immédiatement me rendre compte par moi même.
Je fais ensuite le tour de
l'hôtel pour tomber sur une séance de shooting avec cette Talbot
Lago T26 Grand Sport. Entre photographes confirmés et travaillant
pour la plupart avec des objectifs assez longs, c'est un plaisir de
tourner autour de la voiture sans jamais avoir personne dans le
champ. C'est l'essence même d'un vendredi à la Villa pour
moi.
La promenade s'apprête à
partir quand soudain je vois la McLaren F1 se présenter pour
accompagner les BMW. A ma grande surprise, je reconnais même le
conducteur assis en position centrale avec ses fils de chaque coté
(un rêve de père de famille): il s'agit de Simon Kidston, le
speaker de l'évènement et célèbre négociant en voitures de
luxe.

Exceptionnellement, je sors de
ma réserve pour toquer à la vitre. Il entrebâille volontiers la
minuscule partie mobile de la vitre latérale et je lui demande
directement si il serait possible d'organiser un petit shooting
de la belle au cours de la journée. Sympathique comme à son
habitude, il est d'accord et me dit de voir son caméraman après la
promenade afin qu'il nous sorte la voiture. Je cours ensuite un peu
plus loin pour immortaliser la voiture en mouvement, avec un succès
tout relatif. Attardons nous pour quelques lignes sur
la Mclaren F1, afin de comprendre l'engouement que cette voiture
suscite dans les cercles de passionnés. Ce n'est certes pas pour sa
ligne qu'elle est considérée comme la meilleure supercar de tous
les temps. En tout cas, à titre personnel, je ne suis pas
impressionné, surtout face à une F40 par exemple. La voiture a été
développée sous la houlette de Gordon Murray, célèbre ingénieur Sud
Africain responsable entre autres de la fameuse F1 Brabham à
ventilateur ou des premiers ravitaillements en course avant de
s'éloigner de la conception des Formule 1 suite au décès d'Elio De
Angelis en 1986 sur un modèle qu'il avait dessiné. Il arrive chez
McLaren où il se contente de superviser le travail des concepteurs
avant que Ron Dennis ne lui confie en 1989 la création d'une
voiture de route, la McLaren F1. Première originalité, le
conducteur est assis au centre de la voiture, avec les passagers en
retrait de chaque coté.
Le moteur est atmosphérique
afin de garantir une bonne fiabilité: il s'agit d'un V12 BMW
spécialement modifié, développant 627 chevaux pour 6 litres de
cylindrée, thermiquement isolé à la feuille d'or. L'un des
principaux atouts de la F1 est sa légèreté, 1150 kg obtenue grâce a
un châssis monocoque en carbone (une première à l'époque). Sa
vitesse de pointe est de 387.7 km/h, ce qui lui permit de rester
très longtemps la voiture "de série" la plus rapide. En 1995, une
version de course fut produite, la GTR, qui s'imposa aux 24 heures
du Mans la même année (en fait quatre GTR finirent aux 5 premières
places, une performance absolument incroyable à ce niveau de
compétition). Seuls 106 (ou 107 suivant les sources)
exemplaires ont été produits en comptant les versions GTR et Le
Mans dont 64 en version route standard comme celle ci. Il s'agit
ici du châssis N° 007 (normal pour un Anglais), et elle
appartient à M Kidston, qui avait participé à sa vente en 1998 du
temps où il travaillait pour Bonhams. La vie est ainsi
faite.
Voilà normalement de quoi être
gonflé pour la journée. Pas tant que çà en fait car à peine les
cabriolets partis sur les routes environnantes, la pluie se met à
tomber. Du moins juste après que j'aie immortalisé cette Cisitalia
Ford 808XF Vignale qui va vite rentrer à l'abri.
Pour l'instant les gouttes
sont encore légères. Nous trouvons cette Aston Martin cachée sur
l'arrière de l'hôtel.

J'attrape in extrémis cette
intrigante Alfa Romeo 1600 TZ2 qui semble vraiment très plate

tandis que cette Aston Martin DB2
Dub Style se précipite dans le garage. Décidément, il y a nombre de
modèles très déconcertants.

A cause de la pluie, l'activité est
plus que calme. Jonathan est arrivé entre
temps, mais il a l'excuse de voyager en famille. A un moment
donné Ludo et moi décidons de partir en reconnaissance du coté des
remorques garées à l'entrée du parc. La première est d'office un
sacré choc: une Lamborghini Miura Roadster. Il serait même plus
précis de dire LA Miura Roadster.

Forts de cette découverte, nous
retournons vers l'hôtel où une Iso Rivolta Grifo Can Am est
arrivée.

La Miura ne traine pas, anxieuse de
se mettre à l'abri de la pluie qui continue de tomber.

Je peux donc vérifier que je n'avais
pas la berlue: la peinture bleue est bel et bien pailletée. Elle
n'est pas née dans les années disco pour rien: c'est vraiment très
spécial.

La pluie redouble désormais
d'intensité. Finalement les voitures les plus à leur place
aujourd'hui sont certainement les Amphicars qui ont l'habitude de
se mouiller.

Il ne reste qu'à se réfugier en
salle de presse pour déjeuner des excellents sandwiches mis à notre
disposition. La situation ne s'améliore pas. Nous décidons alors de
faire retraite dans le parking souterrain. La plupart des voitures
sont là et même si le 7D permet des photos à main levée, ce n'est
tout de même pas très satisfaisant. Voici une Type C et une Alfa
Romeo 1900 SS Zagato. Bon, les murs offrent un fond acceptable tout
de même.

Ici le châssis 85032, une BMW 328
Roadster qui remporta une victoire de classe aux Mille Miglia en
1938 puis fut recarrossée en aluminium avant de participer de
nouveau aux Mille Miglia en 1940. On en reparle plus en détail mais
il s'agit d'une voiture majeure qui doit être présentée à la vente
RM de Monaco dans une semaine.

Je trouve également la
California

et la Miura est là également, se
prêtant à une séance photo souterraine.

Vers 14h00, je tente une nouvelle
sortie. Une étrange Alfa Romeo 1400 carrossée par Ghia se présente.
Une ligne très originale mais contrairement à la DB2, les roues
sont ici un peu sous dimensionnées pour mes propres goûts.

Tiens, une moderne: Wiesmann GT
d'une couleur plutôt distinguée. Elle est à sa place ici.

Soudain, voici le deuxième gros choc
de la journée après la McLaren: 1611SA, une 400 Superamerica
Cabriolet Série 1, propriété d'un américain pour le compte duquel
elle a déjà brillé aux Cavallino Classic en 1999 et 2004. Il s'agit
de la voiture présentée au Salon de Bruxelles en 1960. Sept
exemplaires seulement ont été produits. C'est çà aussi la Villa
d'Este: voir surgir à l'improviste des voitures hors concours aussi
exclusives que les participantes, qui disparaissent ensuite pour ne
plus être revues. Là c'est quand même plus impressionnant que la
Stratos de l'an dernier.


Pendant une accalmie, quelques
voitures apparaissent comme cette Lancia Aurelia B56

la BMW 328 se précipite

de même que cette Talbot Darracq
conduite moteur coupé d'une façon fort peu orthodoxe par son jeune
propriétaire.

Quand une Ferrari montre son nez,
Marcel Massini n'est jamais loin. C'est une sorte
d'automatisme.

Vers 15h00, le rallye de BMW est de
retour. Les occupants des roadsters n'ont pas forcément du passer
un excellent moment mais la vue reste spectaculaire.

Et voici une nouvelle Ferrari hors
concours, une magnifique 275 GTS. La pluie redouble
d'intensité.


Matteo, mais un
autre, me signale alors que la Bentley Flying Star se trouve
à deux pas. Je vais donc faire ce qui se rapproche le plus de mon
deuxième shooting de la journée. Les jantes ont été changées depuis
la présentation à Genève mais j'ai un peu de mal avec ces
néo-Borrani.


Avec un photographe à son bord, la
voiture recule et s'élance dans la courte allée à plusieurs
reprises. Je ne sais pas quel est l'objectif recherché mais çà me
va bien.

Si on m'avait dit que je ferais un
filé au 1/20 à la Villa d'Este, j'aurais certainement émis quelques
doutes. Et pourtant.

Les 507 font du gymkhana pour
rejoindre leur display sur une pelouse.


Cette superbe Talbot Lago T150 C SS
Teardrop n'a pas peur de se mouiller. Peut être à cause de son
surnom, "goutte d'eau".

La Flying Star s'approche à son
tour, suivie du second brake de Touring: la Maserati Bellagio. Il
s'agit d'un nouvel exemplaire bleu foncé qui s'arrête à quelques
centimètres de la Bentley, et pas en douceur.

Risquer ainsi un concept car en
arrivant bien vite sur des pierres mouillées est un peu stupide
selon moi mais enfin, çà s'est bien passé pour cette fois. La
Bellagio n'est pas engagée et repart assez rapidement.

Concept car toujours avec cette
étrange Spada Codatronca venue par la route, comme en témoigne la
plaque Prova provisoire. Pas banale.


Cette nouvelle 507 (la cinquième) ne
vient pas de BMW Classic et sera soumise au vote.

L'heure tourne et les voitures se
font de plus en plus rares. Cette Bugatti 57 TT est une des
dernières à sortir. Je dois dire que je la trouve tout sauf
élégante, beaucoup trop longue et carrée. Question de goût une
nouvelle fois.

A 18 heures, la pluie n'a pas
cessé. Le shooting de la McLaren est tombé à l'eau au sens
quasiment littéral. Plus rien ne bouge ou presque, je décide donc
d'aller me reposer de cette longue journée. Le bilan est évidemment
très décevant puisque les voitures n'ont fait que de rapides
apparitions et les traditionnelles séances photos au bord du
lac n'ont pas eu lieu. La journée est néanmoins sauvée par
l'apparition surprise et fugitive de deux voitures hors concours
exceptionnelles qui justifient à elles seules les longues heures
d'attente sous la pluie. Même si j'étais prêt à rester plus
longtemps en cas de beau temps, c'est sans trop de regrets que je
prends la direction de l'hôtel et que je m'endors comme une masse
dès 21h00. La météo s'annonce plus clémente pour demain. Je ne sais
pas si c'est la pluie abondamment présente lors des dernières
éditions qui a motivé la décision prise par les organisateurs
de repousser le concours en mai pour les années à venir mais les
dates pour 2011 ont d'ores et déjà été annoncées: du 20 au 22
mai.
© Nicolas
Jeannier
Partager cet article: