Raid Suisse Paris 2010

L'an dernier, le Raid Suisse Paris
était passé en plein cœur de Besançon mais j'étais en vacances
sur la côte. Cette année, ce rallye historique passe de nouveau
dans la région, à la Saline d'Arc et Senans, lieu très prisé de ce
genre d'évènements puisqu'il a déjà accueilli le 40ème anniversaire
des Ferrari 250 GTO, le Tour
Auto ou le club
Cavallino Rosso. Je donnerais cher pour mettre un lien sur le
premier de ces évènements mais la machine qui le permettrait n'a
pas encore été inventée. Mon épouse prend souvent un malin plaisir
à me rappeler ce que j'aurais pu faire pendant mes années de
célibat, alors qu'Arthomobiles n'existait pas. Les femmes savent
aussi être cruelles. Il est d'autant plus paradoxal que je découvre
le Raid pour la première fois cette année que la première édition a
été lancée en 1991 à Marnay, tout près d'ici. Il s'agit donc cette
année du vingtième anniversaire, et je ne sais pas du tout à quoi
m'attendre.

Depuis 1997, le départ est donné
depuis Bâle, précédé la veille d'un rassemblement et d'un concours
d'élégance au parc des expositions de la ville. Le rallye (de
régularité) parcourt ensuite environ un millier de kilomètres pour
rejoindre Paris, en faisant la part belle au patrimoine culturel
des régions traversées (est-ce que je vous ai parlé de la Citadelle
Vauban de Besançon?). Cette année, 195 voitures sont au départ dont
27 d'avant guerre (la plus ancienne de 1925) et 45 voitures
produites de 1945 à 1959. Le reste s'étale jusqu'à l'année 1975
avec quelques exceptions pour des marques disparues comme De Lorean
(de 1985). Seules trois Ferrari sont engagées: une 308 GTS, une
Dino 246 GT et une 275 GTB. Jaguar sera la marque la mieux
représentée. Le programme est prometteur, et les organisateurs
semblent sympathiques puisqu'ils m'ont envoyé sur simple demande
l'itinéraire et les horaires du passage dans la région. L'arrivée
est prévue aux Salines vers 17:00 et les voitures se succèderont
pendant deux heures environ.

J'arrive à Arc et Senans à 16:30 où
je retrouve Stéphane et
Nicolas, les deux autres spotters actifs des environs. Quelques
spectateurs font également leur apparition, notamment dans cette
Jaguar, mais ils sont rares, le rallye a décidé de passer en toute
discrétion.

Maintenant la question est de savoir
par où les voitures vont passer. Je me suis garé sur l'arrière des
bâtiments en supposant que le principe serait le même que pour le
Tour Auto. Les commissaires installent progressivement leur check
point, c'est donc bien çà. Une Porsche 356 est déjà là, avec un peu
d'avance.

Nous rencontrons le directeur de la
Saline, qui est porteur d'excellentes nouvelles: tout d'abord les
concurrents vont observer un arrêt rafraichissement dans
l'enceinte, et il est disposé à nous laisser entrer gratuitement
pour suivre les concurrents. Tout est parfait donc. Alors qu'avec
l'exactitude d'une montre Suisse le premier concurrent arrive à
l'heure prévue, une dernière bonne surprise: certaines voitures
pourront se garer dans le très photogénique arc de cercle, et non
uniquement sur l'arrière comme le fait le Tour par exemple. Les
photos ne devraient en être que plus belles.

Pour ce mois d'août, Arthomobiles
aura aussi joué le rôle de guide touristique puisque la Saline est
le deuxième site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO que je
vous fais visiter en quelques semaines. Manufacture royale du
XVIIIe siècle, la Saline d'Arc et Senans fut conçue par le célèbre
architecte, Claude-Nicolas Ledoux. Cette manufacture était destinée
à transformer des saumures, eaux très faiblement salées, afin d'en
restituer le sel. Depuis des siècles, cette transformation se
faisait à Salins, dans le Jura, mais au XVIIème siècle, une pénurie
de bois allait imposer un changement de site. C'est le bois de
l'immense Forêt Royale de Chaux (22 000 ha) qui allait permettre de
cuire, évaporer et transformer la saumure. De plus, grâce à de
grands axes de circulation, il était possible de livrer les
commandes passées avec les voisins suisses et la Bourgogne. Il
était également possible d'exploiter les grands vents du nord pour
donner à la saumure, avant cuisson, une concentration bien plus
élevée, tout simplement par évaporation naturelle.

Vous aurez remarqué la parfaite
symétrie du demi cercle, la très statutaire maison du directeur et
ses colonnades encadrées par les deux immenses bâtiments de
production, les bernes. Les cinq autres bâtiments strictement
identiques sont les logements des occupants, séparés les uns des
autres afin d'éviter la propagation des incendies qui pouvaient
être provoqués par les fours. A chaque extrémité des bernes se
trouvent les maisons carrées des commis. Franchement, c'est une
architecture merveilleuse.


Voici la plus ancienne du plateau
qui pointe son nez, une Sunbeam 20/06 de 1925.


Suivie d'une Ford A de 1930.

Deux voitures de course, une Riley
Nine Ulster et une Alvis Speed 20.

Cette superbe Bentley Le Mans est
déjà installée.

et une seconde un peu plus loin.

Vous savez que je ne suis pas fan
des voitures d'avant guerre mais elles se marient très bien avec
les vieilles pierres, à l'image de cette Riley TT Sprite. Ca
commence très bien!

Je reviens ensuite vers l'entrée
pour surveiller l'entrée des concurrents qui vont s'installer sur
l'arrière, comme cette imposante Triumph Roadster 1800 de 1946.

Voici une BMW 328 inhabituelle, en
tout par rapport à celles que j'ai l'habitude de voir, une Wendler
Sportcabriolet. Malgré son appellation, elle est plus cossue que
les 328 de course.

Une des Bentley prend déjà la route
de Dijon où se tiendra l'étape. Je sais que cette photo va à
l'encontre de toutes les règles de composition, mais j'avais mes
raisons.

Le plateau est des plus varié. On
passe de la Mercedes 300SL

à la Fiat 1100

et la Jaguar Type C. Je me garderai
évidemment bien de me prononcer sur l'authenticité de celle ci.

Jaguar toujours, une XK 120.

Puis deux monstres, une Bentley 4
1/4 et une Packard 120 Six

à coté desquelles cette Cisitalia
202SC fait figure de pygmée.

Une spectaculaire Bugatti 57C
Ventoux


Certains gentlemen drivers ont fait
un effort particulier pour se mettre au diapason de leurs voitures
(hormis le téléphone portable, d'accord). L'écharpe est d'autant
plus méritoire que la chaleur est étouffante.

Les arrivées se succèdent toujours à
un rythme soutenu: Mercedes Benz 220, Austin Healey 100M

Oldsmobile Sedan et une rare BMW 503
Cabriolet, puisque seulement 139 exemplaires ont été produits. Elle
est propulsée par le V8 3.2L de la 502 et est présentée en 1955 en
même temps que la 507, au design plus remarquable.

La Bugatti et la 328 prennent
congé

tandis que cette Jensen Interceptor
III arrive,

à la recherche d'une place à l'ombre
pour laisser refroidir le moteur et le cuir. L'Interceptor
décapotable a été produite à 267 exemplaires. Elle est propulsée
par un impressionnant V8 Chrysler de 7.2 litres. Le soleil baisse
mais reste impitoyable.

Ah! voici deux des Ferrari, la Dino
246 GT, elle aussi à la recherche d'ombre

et la 308 GTS.


Bien entendu, l'organisation a prévu
une assistance mécanique, qui ne semble pas superflue pour la Dino
qui connait quelques soucis. A vue de nez, l'accès au six cylindres
n'est pas des plus aisé.

A 18:00, le soleil se dirige
doucement vers l'horizon et la lumière commence à prendre une
meilleure qualité, plus chaude.

Mais le contre jour devient
imparable quand la voiture arrive du mauvais coté, comme cette 911
Speedster 3.2 qui se distingue par un pare brise très bas et un
bossage en polyester qui condamne les places arrières. (2100
exemplaires, ce qui est très peu pour une Porsche).

Au photographe de se positionner
judicieusement. Cette Corvette m'offre une des plus belles photos
de la journée, même si ce n'est pas le modèle que j'aurais choisi
si j'avais pu.

Le chassé croisé se poursuit entre
les départs,


et les nouveaux arrivants.

Pendant ce temps là, certains
tentent de faire refroidir les mécaniques surchauffées

Le parking se renouvelle sans cesse:
Rolls Royce Silver Cloud II, Bentley Continental,

Chevrolet Impala, Maserati 3500 GTiS
Sebring

Je reviens progressivement vers
l'entrée, en remontant les épis. Je passe devant cette Mustang
Convertible

et cette Corvette Sting Ray

Cette Lancia Flaminia GTL Touring
éclipse littéralement la minuscule Lotus Elan, ce qui ne doit pas
être le cas sur la route.

Le rallye est ouvert à tous ceux qui
peuvent (et souhaitent) s'acquitter des frais d'inscription de 2700
euros. Parfois, on se demande si l'inscription ne vaut pas plus
cher que la voiture. Mais ce serait sûrement être mauvais langue
car toutes les voitures m'ont semblé être dans un état
irréprochable.

Le ballet des concurrents se
poursuit. L'allée est ensoleillée mais en léger contrejour, ce qui
provoque des éclats de lumière sur les carrosserie. Heureusement,
le filtre polarisant arrive à en gérer la plupart.



Ah tiens, une mignonne petite Lancia
Fulvia

Et voici la 275 GTB, la voiture que
j'attendais le plus aujourd'hui. Je la prends dans l'allée qui
longe le mur puis sprinte pour me placer dans la perpendiculaire.
Le conducteur obéit gentiment à mon geste de stopper le temps que
je prenne assez de recul pour utiliser le 70-200. Merci!

Petit jonglage pour attraper le
10-22 et je pars à sa poursuite.

Les meilleurs emplacements ont été
pris par cette Peugeot 304.

Il faut dire qu'elle n'est pas prise
d'assaut. Les touristes de la Saline sont bien entendu attirés et
il y a certainement deux cents personnes des équipages qui
gravitent autour des voitures. Il va falloir être très patient pour
avoir une vue dégagée de la 275. Je me mets à l'affut. Tandis que
j'attends, une personne m'aborde et me demande si je suis Nicolas.
Bingo! Olivier a découvert le site récemment et nous avions convenu
de nous rencontrer début septembre pour faire connaissance. C'est
donc fait. Il m'a reconnu à l'extravagance du matériel. Cependant,
l'autre Nicolas présent est également équipé aujourd'hui de deux
boitiers, ce qui aurait pu donner lieu à une confusion assez
cocasse. Voilà l'instant tant attendu:

J'ai dit que je voulais prendre des
photos avec des gens dessus mais ce sera pour une prochaine fois,
plutôt sur une pitlane.

La 275 GTB est l'une des voitures
les plus communes du Tour Auto chaque année, et je la délaisse
souvent au profit des châssis courts et des GTO. Aujourd'hui,
quatre mois plus tard, c'est une fête d'en découvrir une seule, ce
qui me donne le temps de m'occuper d'elle sous tous les angles,
comme il convient. La quantité est souvent l'ennemi du bien.

Voiture exceptionnelle, décor
sublime, c'est l'extase.


Avec la distorsion due aux 13mm, la
GTB prend des allures de Lusso. J'ai dit une bêtise?

Luxe.

Mais ma foi, cette Cox décapotable
doit déjà offrir bien des plaisirs, cheveux au vent.

Je discute longuement avec Olivier,
qui est très connaisseur et passionné. Un vrai plaisir! Hélas, je
crains d'avoir loupé sa 911 parmi les mille et quelques présentes
au Mans Classic. Nous sommes tous les deux scotchés par cette
Monteverdi 375L High Speed. Si il y a une voiture qui a sa place
dans ce raid, c'est bien elle. La robe de cette Grand Tourisme est
dessinée par Frua, construite par Fissore et abrite un V8 Chrysler
de 7 litres de 390 chevaux. Elle a un petit air de DBS de face mais
elle est beaucoup plus effilée sur l'arrière.

La voiture semble offrir quatre
vraies places. Je n'ai pas trouvé de chiffres de production.
Apparemment, la gamme assez variée des 375 (Sedan, L, S ou
convertible) fut produite a environ 3700 exemplaires. On notera
pour l'anecdote que tout comme Lamborghini, l'existence de
Monterverdi est due à un certain manque de courtoisie de la part
d'Enzo Ferrari. Comme quoi, parfois l'arrogance peut avoir des
conséquences positives. Je vous déconseille tout de même d'essayer
chez vous. Quoiqu'il en soit, on est ici dans le pur exotisme car
ce genre de rencontres est extrêmement rare.

Les aficionados d'Alfa auront bien
sûr noté la présence de cette Montréal verte, modèle dessiné par
Marcello Gandini pour Bertone. La voiture doit son nom à sa
présentation à l'Exposition Universelle de Montréal de 1967.
Contrairement à ce que peuvent laisser penser les prises d'air à
l'arrière, le V8 de 2.6L est placé à l'avant. Il s'agit d'une
adaptation directe du moteur 2 litres de l'Afla 33 compétition. Ses
200 chevaux sont largement suffisants pour propulser efficacement
les 1270 kg de la bête.

18:45, je commence à surveiller le
chronomètre pour respecter ma promesse de retour pour le bain. La
275 GTB prend congé,

accompagnée de quelques autres

dont cette 911 qui plait tout
particulièrement à Olivier. Logique, c'est un Porschiste (mais non,
ce n'est pas un gros mot).

La lumière est toujours propice mais
le soleil quitte doucement la cour lui aussi.

Voici la De Lorean qui arrive. Le
camion d'assistance se précipite sur elle. Le liquide de
refroidissement est sur le point de se mette à bouillir. Fin de la
route?

Malgré tous ses défauts, la voiture
a toujours énormément de succès auprès des spectateurs, et pas
seulement pour ses spectaculaires portes papillons. Le placement de
produit dans la trilogie "Retour vers le futur" a assuré la légende
de cette voiture qui serait sûrement tombée dans l'oubli sans çà.
Cela dit, sa carrosserie en acier brossé a du chien, même si
l'entretien doit être un cauchemar.


La Monteverdi quitte la cour, et je
lui emboite le pas.

Ouch, une bonne trentaine de
nouvelles voitures est garée sur l'arrière. Je vais prendre un peu
de retard, même en faisant une sélection drastique. Je m'arrête sur
ces BMW, 2002 T II et 633 CSI

et sur cette superbe Maserati Ghibli
jaune.

Voici une Saab Sonett III, une
voiture de sport biplace équipée d'un moteur Ford V4 de 1500 cm3 et
65 chevaux, à l'esthétique très particulière. Les phares
rétractables sont relevés manuellement par une manivelle.

Je me retourne juste pour attraper
cette VW Karmann Ghia

Je poursuis en passant devant cette
mignonne Alfa Romeo Giulietta Sprint Zagato (SZ) toute ronde. La
voiture ne développe que 100 chevaux mais son poids de 750 kilos
(grâce à une carrosserie en aluminium) lui permets d'atteindre les
215 km/h. Seuls 200 exemplaires auront été produits entre 1960 et
1962.

et cette Dodge Challenger R/T. Cette
version Hemi 426 de 425 chevaux est assez rare car l'option était
assez coûteuse à l'époque.

J'ai été très intrigué par cette
Bentley Donington Special aux airs de hot rod. En 1970, une société
anglaise, Jonhard Vintage cars, re-carrossa 16 Bentley Mk VI en
roadster, avec l'approbation de Bentley. Vraiment très spéciale,
cette voiture est sûrement la plus rare du Raid.

Je reviens rapidement en arrière
pour jeter un œil sur cette voiture qui m'intrigue: une Alfa Romeo
6C 2500 SS Corsa. Une réplique bien évidemment, aucune Corsa Spider
originale n'ayant survécu.

Allez, vite vite, direction la
sortie. Un dernier regard sur ce lieu extraordinaire qui offre un
potentiel absolument énorme pour un shooting. Mais une séance
privée dans un monument classé à l'Unesco, çà reste à voir, même si
le directeur à l'air très sympathique et ouvert.

En revenant à ma voiture, je croise
de nouveau la Fulvia devant un bâtiment qui se prêterait bien aussi
aux photos, mais pas pour une voiture rouge.

Dernier cliché avant de poser
l'appareil définitivement. Certains concurrents arrivent
seulement.

J'arrive à la maison avec seulement
un quart d'heure de retard: le contrat est rempli! L'après midi
aura été très agréable, avec de nombreuses voitures de tous types
et un cadre enchanteur. Le fait de ne pas avoir trop de modèles
mythiques est un avantage pour ne pas avoir la pression et
travailler en toute sérénité. Non pas que je me plaigne des
plateaux sublimes de Peter Auto mais il faut de tout. En tout cas,
j'inscris le Raid Suisse Paris sur mon calendrier et je le
retrouverai avec plaisir l'an prochain si nous ne sommes pas en
villégiature à cette période.
© Nicolas
Jeannier
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