La légende de Tazio Nuvolari l’imbattable
L'histoire de Tazio Nuvolari fait partie de la
légende de l'automobile. Les récits extraordinaires de
ses exploits
font de lui un
mythe.D'abord
en moto, puis en auto, il bat de nombreux records et gagne plus de
cent courses.
Tazio Nuvolari nait à
Castel d'Ario le 16 septembre 1892, dans une famille de sportifs.
Depuis sa plus tendre enfance, Tazio est un
garçon très actif. Il n'aime guère
l'école et préfère le sport. Normal pour cet enfant qui voit
son oncle, Giuseppe Nuvolari,
devenir plusieurs fois champion d'Italie en cyclisme.
Le jeune Tazio puise dans l'admiration qu'il porte
envers cet homme, l'envie de
se dépasser et de battre des records.
Il prend pour la
première fois le volant d'une voiture à l'âge de treize ans, à
l'insu de son paternel. En effet, une nuit de 1905, il vole la
voiture de son père pour faire un tour au clair de lune. Il s'agit
incontestablement d'un événement qui rend compte de l'incroyable
personnalité du futur champion.
«
Tu n'es pas fait pour ce
boulot
»
La passion pour
les voitures et les motos grandit en lui,
tout comme l'esprit de compétition. En
1915, il
acquiert sa première licence de coureur
motocycliste. Cependant, la guerre fait rage et Tazio
est rappelé par l'armée en tant que conducteur d'ambulances, de
camions ou encore de voitures d'officiers. Un jour,
alors qu'il conduit un officier, il sort de la
route. L'officier ne peut s'empêcher de lui
dire « Ecoute
moi : oublie la
conduite. Tu n'es pas fait pour ce
boulot ».
Mais le jeune
Nuvolari ne se laisse pas impressionner et décide de commencer la
compétition. Il dispute sa première course
motocycliste le 20 juin 1920 au
Circuito Internazionale Motoristico
de Cremona pilotant une Della
Ferrari. L'année suivante, le 20 mars 1921, il débute
sa carrière automobile à bord d'une Ansaldo tipo
4 lors de la Coppa
veronese de regolarità
où il remporte sa
catégorie.
Dès
1923, il fonde son propre business en devenant pilote
professionnel. Il prend part à de nombreuses courses sur deux roues
et remporte plusieurs victoires. Cela le rend rapidement populaire
en Italie.
Alors qu'il
dispute le Circuito del Savio en
1924, il fait la connaissance d'Enzo Ferrari. L'homme de Modena
raconte à son propos « La
première fois que je l'ai rencontré, je n'ai pas fait attention à
ce si petit homme si mince, mais durant la course je me suis aperçu
qu'il était le seul capable de contester ma
victoire ». Cette
rencontre va influencer la carrière de Tazio Nuvolari.
Cette même année il remporte son
premier vrai succès lors
du Circuito Golfo del Tigullio,
au volant d'une Bianchi 2 litres.
De plus, il coiffe son premier titre de champion d'Italie
moto dans la catégorie 500.

«
Le
campionissimo
»
1925
et 1926 le consacrent en tant qu'as
de la moto. Il ne dispute pas une seule course automobile. A la
place, il part à la conquête de
records de vitesse au
guidon de sa Bianchi 350. Il y arrive à Monza où il
bat le record sur 300
kilomètres et sur 400
kilomètres. Il remporte également toutes
les épreuves majeures sur sa Bianchi et
se pare du titre de champion d'Italie 1926, dans la catégorie 350
cette fois.
Sa popularité
grandit de plus en plus, les italiens le surnomment le
« campionissimo des deux
roues ». Mais Tazio n'abandonne pas
la voiture et en 1927 il reprend la compétition automobile
décrochant au passage deux victoires au volant d'une Bugatti type
35.
Ses succès le
poussent à créer son propre team à Mantua. Il achète
alors quatre Bugatti Grand Prix. La Scuderia
Nuvolari fait ses premiers pas le 11 mars 1928. Des débuts
couronnés de succès puisqu'il s'impose au Grand Prix de Tripoli,
remportant là sa première grande victoire internationale. Il
remporte dans la foulée El circuito del
Pozzo battant le grand Pietro
Bordino qui allait décéder quelques jours plus
tard.

Après une année
1929 à oublier au plus vite, Tazio s'engage en 1930 avec Alfa
Romeo. Si les débuts sont difficiles, il entre dans l'histoire
aux Mille Miglia en étant le
premier pilote à remporter la
course, longue de 1600
kilomètres, à plus de cent
kilomètres par heure de moyenne. Cette
année-là, il court de plus en plus et gagne notamment
Trieste-Opicina, offrant à la Scuderia
Ferrari son premier succès,
Cuneo-Colle della
Maddalena, Vittorio
Veneto-Cansiglio et
l'Ulster Tourist
Trophy. L'année 1930 est également sa dernière en
tant que pilote moto. Il se retire de cette compétition en fin de
saison, non sans décrocher quatre victoires sur
sa Bianchi Freccia Celeste 350cc,
dont le Lario Trophy où il
devance toutes les 500cc.

Au
sommet de son
art
En 1931,
Nuvolari se montre très actif. Il participe à pas moins de vingt
courses et remporte sept succès dont les fameux
Tarta Florio, Grand
Prix d'Italie et Coppa
Ciano. L'année suivante, Il
dispute seize courses, en remporte sept
parmi lesquelles une nouvelle fois
Tarta Florio, mais aussi le
Grand Prix de Monaco, le
Grand Prix d'Allemagne ou encore
le Grand Prix de France. A coté
de ces succès, il s'impose cinq fois dans sa catégorie
et signe le tour le plus rapide à neuf reprises. Il s'agit de
l'année la plus marquante pour Tazio qui la termine en glanant deux
prestigieuses récompenses : le
championnat d'Italie et le championnat du monde.
A cette
époque, Il
mantovanovolante est
une star, son nom apparaît
régulièrement en première page des journaux
et tout le monde veut le rencontrer. Le poète
Gabriele D'Annunzio lui remet une tortue
d'or avec la dédicace «
A l'homme le plus rapide du monde, l'animal le plus
lent ». Nuvolari
adopte cette récompense comme un porte bonheur et l'épingle à
sa tunique de course. Quelques mois plus tard, Mussolini le reçoit
chez lui à Rome.
Si, d'un point
de vue sportif, la saison 1933 est une
réussite avec onze victoires dont les Mille
Miglia, le Grand Prix de
Nîmes ou les 24 heures du
Mans, elle est marquée par de nombreuses tensions
qui mènent au divorce entre Tazio Nuvolari et la Scuderia Ferrari.
Il est en effet convaincu de pouvoir piloter de meilleures voitures
et donc de gagner plus d'argents s'il se gère lui-même.
Une semaine plus tard, il s'aligne au départ
du Grand Prix de Belgique au volant
d'une Maserati 8CM. Il y remporte la course, tout
comme la Coppa Ciano, le
Grand Prix de Nice et
l'Ulster Tourist
Trophy.
Passionnant duel face aux
Allemandes
Une nouvelle
réglementation fait son apparition en 1934 afin de contrer la
dangereuse escalade de puissance des moteurs. Cette année-là voit
également l'arrivée de Mercedes-Benz et d'Auto
Union qui dominent
immédiatement la compétition. Face
aux géants
Allemands, Tazio et sa Maserati ne
récoltent que les miettes, avec seulement
deux petites victoires à
Modena et à
Napoli. Cependant,
Nuvolari écrit une nouvelle page de
l'histoire du sport automobile. A peine un mois après un
terrible accident survenu sur le circuit
d'Alessandria où il se brisa la
jambe, il prend le départ de
l'Avusrennen avec une jambe dans
le plâtre et parvient à
terminer à la cinquième
place.
Après de
vaines négociations avec Auto Union, Tazio fait la
paix avec Enzo Ferrari et retourne début 1935 au sein de la
Scuderia Ferrari. Dès la première course, au Grand
Prix de Pau (voir autre article), le tandem
Nuvolari-Ferrari recommence à gagner. Avec son Alfa Romeo
B-P3, il s'impose également à
Bergamo, à
Biella, à
Torino et au
Nürburgring. Cette dernière victoire
est incontestablement la plus impressionnante. Il place en effet sa
vieille Alpha Romeo devant les cinq Mercedes et les quatre Auto
Union bien plus puissantes. Il s'agit là de sa plus
incroyable victoire.
Avant la fin de
la saison, il s'impose encore à la Coppa
Ciano, au Grand Prix de
Nice et au Grand Prix de
Modena. Il part ensuite à la conquête
de nouveaux records. Le 15 juin, il établit
deux records internationaux
: le kilomètre qu'il parcourt à la vitesse de
321,426 km/h et le mile à 323,126
km/h de moyenne avec une pointe à 336,252
km/h. La voiture est une Alpha Romeo bimoteur, montée
de deux hélices suralimentées, dégageant
3165cm³ chacun, soit un total de
6330cm³.

En 1936,
Tazio est toujours au sommet de son
sport et remporte
cinq épreuves. Il bat une nouvelle
fois les allemandes au Grand Prix de
Barcelone, au Grand
Prix d'Hongrie, à
Milan, à
Modena mais surtout il conquiert
l'Amérique en s'imposant à New-York dans la George
Vanderbilt Cup.

La saison
suivante, la donne change. Cette fois, ce sont les
allemandes et leurs moteurs surpuissants - 520cv
contre 370cv pour l'Alfa Romeo - qui dominent
à nouveau toutes les courses.
Sportivement parlant l'année 1937 est
mauvaise. Mais c'est une tout autre
tragédie qui va frapper la famille Nuvolari. Alors que Tazio
se rend à la Vanderbilt Cup, il reçoit un télégramme en provenance
de Mantua lui annonçant le décès de son fils aîné
Giorgio, âgé de 19 ans.
Brève
retraite
Les allemandes
continuent leur domination lors de la saison 1938. Pire, durant les
essais du Grand Prix de Pau, la
voiture de Nuvolari s'enflamme. Tazio est
meurtri dans sa tête comme
dans sa chaire. Il souffre
de légères brulures au visage, aux bras et aux jambes
mais est surtout très choqué. Après réflexions, il
décide d'arrêter la compétition. Cependant, il revient
rapidement sur sa décision et se cherche un nouveau
défi. Il part aux Etats-Unis où il essaie quelques
monoplaces, mais cette expérience ne le
satisfait pas. Il décide alors de rentrer
en Europe et signe un contrat avec Auto Union, le géant allemand
cherche justement un pilote pour remplacer le jeune as Bernard
Rosemeyer, décédé en début d'année. Après
trois courses tests, il remporte en quinze jours deux mémorables
succès à Monza et à
Donington.

La menace de la
guerre réduit le calendrier 1939.
Lorsqu'il remporte le Grand Prix de
Belgrade le 3 septembre, la guerre a déjà éclaté.
Cette victoire est synonyme de dernière course, et donc de dernier
succès, pour Auto Union. Tazio Nuvolari clôt là une
ère extraordinaire qui lui aura permit d'entrer dans la légende du
sport automobile.
L'éternelle jeunesse

A la fin de la
guerre, la vie reprend son cours mais Tazio est frappé par une
nouvelle tragédie personnelle. Son deuxième fils
décède à l'âge de 18 ans. Pour effacer cette
atroce douleur, il décide de reprendre la compétition. Dès le
premier Grand Prix à
Marseille, il signe le meilleur tour
en course et montre qu'il faut toujours
compter avec lui. Malheureusement, quelques tours plus
tard, son moteur rend l'âme et il doit abandonner.
S'il ne gagne plus aussi souvent,
il est de plus en plus populaire. Une histoire incroyable va encore
augmenter sa cote auprès des gens. Lors de la
Coppa Brezzi, alors qu'il
mène la course, son volant se détache. Ne
voulant pas lâcher sa position, il tente de continuer en pilotant
avec la colonne de direction. Cependant, le tour suivant, il doit
se résoudre à s'arrêter afin de réparer. Il termine
treizième mais son histoire fait
immédiatement le tour du monde, faisant de lui un mythe.
Cette saison là,
Tazio, au volant d'une
Maserati, remporte trois épreuves, dont
sa dernière grande victoire internationale,
à Albi.

En 1947, il ne
prend part qu'à six courses, remportant au passage le
Circuit de Parma. Mais c'est une autre
course qui va renforcer le mythe de Nuvolari,
les Mille Miglia.
Agé de 55 ans et au volant de sa petite Cisitalia 202 Spyder, il
mène la course loin devant le peloton. A
cet instant, une tempête éclate et le cockpit de la
voiture se retrouve inondé. Tazio est obligé de
s'arrêter pour évacuer l'eau et,
lorsqu'il repart, il est deuxième. Il donne tout,
fait vibrer le cœur de millions
d'Italiens, mais échoue dans les échappements de
Biondetti.
L'année
suivante, il ne débute que
cinq épreuves et abandonne lors de la plupart. Malgré cela,
il marque une dernière fois l'histoire aux Mille
Miglia. Sa Cisitalia,
préparée exclusivement pour ce
rendez-vous rend l'âme lors des ultimes
tests. Il semble impossible qu'elle soit
réparée à temps. Le jour avant la
course, alors que le dernier
espoir de le voir au départ
s'éteint, son vieil ami Enzo Ferrari lui offre une
166S. Tazio accepte le présent et, sans aucune préparation, il se
présente le lendemain sur la ligne de départ. Nuvolari
démarre comme un boulet de canon. A Pescara, il mène
la course. Son avance augmente au fil des kilomètres.
Il compte douze minutes d'avances à Rome, vingt à Livourne. Il est
déchainé ! Son avance culmine à
trente minutes lors du passage à Florence. Sa conduite est
irrésistible mais la voiture est au bord de la rupture. Dans un
premier temps, il perd le garde-boue, puis le capot. Ensuite ce
sont les boulons tenant le siège qui se
desserrent. Enfin, un ressort brisé à
Reggio Emilia met un terme aux espoirs d'happy
end et l'oblige à se
retirer.
Il
dispute une dernière course sur circuit en 1949,
à Marseille, où il
boucle le premier tout avant de passer le volant de la Maserati
A6GCS à Pietro Carini.
Alors que tout
le monde pense qu'il va arrêter sa carrière, il revient derrière un
volant au Giro di Sicilia 1950.
La semaine suivante lors de
Palermo-Montepellegrino il
termine cinquième au volant de sa
Cisitalia-Abarth 204 Spyder Sport et surtout
il remporte sa catégorie.
Même s'il n'a
jamais annoncé la fin de sa carrière, il s'agit là de sa dernière
victoire et de sa dernière course. Tazio Nuvolari décède le 11 août
1953 dans son sommeil. Ferdinand Porsche dira ensuite de lui qu'il
est « le plus grand pilote du
passé, du présent et du futur
».
Tazio Nuvolari en
bref
:
351 courses disputées
106 victoires
76 succès dans sa
catégorie
100 fois tour le plus rapide
5 records international de vitesse (trois sur deux roues et
deux en voiture)
7 titres de champion d'Italie (deux en moto et cinq en
auto)
© Article réalisé par
Nicolas Delaye
© Sources
: www.tazionuvolari.it
© Photos (dans
l'ordre : Mondo Ferrari, Le Blog Auto )
Nuvolari en images à travers quelques vidéos retrouvées sur internet...