Bugatti un centenaire de légende
En cette fin d'année 2009, Bugatti s'apprête à fêter son
centième anniversaire. Le quinze décembre, cela fera cent ans jour
pour jour que le fondateur Ettore Bugatti s'est installé à Molsheim
Dorlisheim, en Alsace.
Derrière
cette marque prestigieuse se cache un homme d'exception. Ettore
Bugatti, de son vrai nom Ettore Arco Isidoro Bugatti, voit
le jour le quinze septembre 1881 à Milan, dans une famille
d'artistes. Ses gênes le poussent vers une incessante quête du
beau. « Rien n'est trop beau, rien n'est trop cher »
telle est la devise du patron.
Cet ingénieur inventif s'intéresse dès son plus jeune âge à
l'automobile naissante. En 1901, il construit sa première voiture,
la Type 2, et décroche une médaille à l'exposition automobile
internationale de Milan. Suite à cela, il se fait engager par le
baron de Dietrich avec lequel il collabore jusqu'en 1904, date à
laquelle il se lie avec Emile Mathis. En 1907, il se brouille avec
Mathis et entre dans la fabrique de moteur à gaz Deutz qu'il quitte
deux ans plus tard. Mais Ettore Bugatti n'en reste pas là. Dans son
sous-sol, il met au point la Type 10. Plus légère que ses
devancières, munie d'un petit châssis, d'un quatre cylindres à
soupapes en tête et d'une transmission par arbre, elle est le
premier pur-sang Bugatti.
Dans la foulée, et avec l'aide d'Augustin de Vizcaya, un
banquier espagnol habitant l'Alsace, Ettore Bugatti s'installe fin
1909 à Molsheim dans les locaux d'une ancienne teinturerie. C'est
là que s'ouvre, le premier janvier 1910, l'usine où il commence à
construire la Type 13, une version améliorée de la Type 10.
A cet instant, une légende naît. Les constructions
extraordinaires d'Ettore Bugatti, et par la suite de son fils Jean,
mêlent exigence artistique, beauté, luxe et performance technique.
Cette légende perdure aujourd'hui et repose sur des valeurs
intimement liées à la marque. L'élégance, la puissance,
l'exclusivité, la qualité et une ligne extraordinaire se rejoignent
dans la marque Bugatti. Les automobiles élaborées sont à la
synthèse de l'art et de l'esthétisme. Ces véhicules sont également
réputés pour leur légèreté, et ce depuis l'ouverture de l'usine en
Alsace. Depuis cent ans, la marque Bugatti provoque
l'émerveillement des passionnés ainsi qu'une joie intense et sans
limite pour les heureux propriétaires.
La Bugatti Type 13 est la première voiture
commercialisée. Cette voiture connaît immédiatement un vif succès
lors du salon de Paris grâce à des caractéristiques innovantes.
Il s'agit en fait d'une voiturette, dont la cylindrée se limite
à 1327cm³, qui porte déjà la célèbre marque Bugatti symbolisée par
ses radiateurs en fer à cheval. Sa boîte de vitesse comporte quatre
rapports et son quatre cylindres monobloc à un arbre à cames en
tête et deux soupapes par cylindre développe environ quinze
chevaux. De plus, son poids plume lui permet d'atteindre les
80km/h.
Outre ces spécificités, sa tenue de route exceptionnelle permet
à cette voiture de remporter des victoires en compétition dès 1912.
Une Type 13 à seize soupapes pilotée par le pilote maison
Ernest Friderich offre la première grande victoire à Bugatti lors
de la Coupe des Voiturettes de 1920 disputée au Mans.

Elle apporte également à Bugatti la renommée internationale
suite à la victoire obtenue lors de la Coupe des Voiturettes de
Brescia en 1921, parcourure à une moyenne de 115 km/h.
Les mythiques Bugatti remportent près de 10.000
victoires
Ce sont, avant tout, les courses automobiles qui forgent l'image
Bugatti. Depuis les glorieuses années vingt jusqu'à la seconde
guerre mondiale, les modèles conçus à l'usine de Molsheim écrivent
l'Histoire de la marque et remportent près de dix mille victoires,
avec notamment la presque imbattable Type 35.
C'est en 1924
que débute la carrière de la Type 35, incontestablement la plus
brillante voiture de course de Bugatti. La plus mythique aussi.
Archétype de la voiture de Grand Prix des années vingt, elle fonde,
avec ses dérivées, la légende de Molsheim. Au volant de cette
voiture, pilotes d'usine et privés vont de victoire en victoire et
gagnent près de deux mille courses. Cela fait de Bugatti le
constructeur le plus couronné d'avant guerre. La 35 gagne notamment
à Targa Florio cinq année d'affilées (1925-1929) en monopolisant le
podium à quatre reprises. Elle remporte également le premier
Grand-Prix disputé à Monaco en 1929.
Lors de son apparition, elle fait sensation par la
finesse et l'élégance de son dessin. Sa ligne sublime et ses
célèbres roues en aluminium coulé incluant le tambour de frein
attirent tous les regards. Le châssis et la carrosserie sont tout
nouveaux. A l'inverse, le moteur dérive de la Type 30, avec une
modification majeure : le huit cylindres atmosphérique de deux
litres à simple arbre à cames en tête et trois soupapes par
cylindre jouit d'un nouveau vilebrequin démontable à cinq paliers.
De plus, l'embiellage (bielles monobloc) est monté sur roulements à
billes et rouleaux. Cette technique permet de dépasser les 6000
tr/mn, un niveau considérable à l'époque. La puissance atteint 110
chevaux.
La Royale, une légende inégalée
Certes la compétition est importante, mais le prestige n'est pas
en reste. Ettore Bugatti rêve de construire la voiture la plus
extraordinaire de tous les temps. En 1926, il lance la Type 41,
mieux connue sous le nom de la Royale. Cette voiture est destinée à
devenir une voiture d'Etat. Seulement six authentiques Royales sont
produites. Avec ses huit cylindres de 12,7 litres, ses 12.763cm³,
ses 300 chevaux, ses roues de un mètre de diamètre, son empattement
de 4,57 mètres, ses trois tonnes pour l'ensemble, la démesure est
atteinte. Toutefois, cette débauche de luxe est un échec
commercial. Malgré tout, la Royale n'en constitue pas moins une
voiture de légende inégalée.

Ettore Bugatti construit également la Type 43. Cette voiture
permet d'emmener ses quatre passagers à une vitesse de 170
km/h.

La dernière voiture d'Ettore Bugatti est
la Type 46 qu'il conçoit en 1929. Elle est baptisée « petite
royale » en raison de son luxe, de son silence et de ses roues
en alliage coulé proches de celles de son aînée. Mue d'un huit
cylindres en ligne de 5,3 litres, d'une cylindrée de 5.359cm³, elle
développe une puissance de 140 chevaux à 3500 tr/min. Elle est
produite à 450 exemplaires jusqu'en 1936.
L'héritier talentueux
En 1936, Jean
Bugatti, le troisième enfant d'Ettore né en 1909, prend le contrôle
de l'entreprise familiale. Tout comme son père, il est doté
d'un immense talent. Il participe déjà depuis quelques années à
l'élaboration des modèles Bugatti. Il prend en charge la direction
de la production automobile avec pour maîtres mots une amélioration
de la fiabilité, une réduction des coûts et l'aérodynamisme des
modèles. Il est l'auteur des magnifiques Type 50, Type 55 et Type
57.
Réalisée en grande partie par Jean Bugatti, la Type
57 est la Bugatti de tourisme par excellence. Ses qualités
dynamiques et son huit cylindres en font, dans sa catégorie, une
voiture sans concurrence sur les routes de France. Présentée au
salon de Paris de 1933, elle doit beaucoup à Jean qui, malgré les
réticences de son père, réussi à faire passer nombre de ses
idées.
Le moteur est un moderne huit cylindres à deux arbres à cames en
tête entraînés par pignons et chambres de combustion
hémisphériques. Le bloc-moteur en fonte est coulé d'une seule pièce
(pas de culasse détachable) et le vilebrequin tourne sur six
paliers. Ce 3,3 litres développe 140 chevaux à 5000 tr/mn, faisant
de la Type 57 la routière la plus rapide de sa génération. La boîte
de vitesses à quatre rapports n'est plus séparée comme sur les
modèles précédents, mais fixée au moteur.
Cette voiture est un grand succès commercial. Sur base de ce
modèle, la marque propose la Ventoux, une deux portes à quatre
places l'Atalante, un coupé deux places et une berline sans montant
central baptisée Galibier.
La Bugatti Type 57 connaît de nombreuses évolutions, notamment
en 1938 où elle reçoit des freins hydrauliques suite à l'insistance
de Jean Bugatti.
A partir du salon de 1936, le Type 57 C voit sa puissance passer
à 160 chevaux à 5000 tr/mn, ce qui lui permet d'atteindre 170 km/h.
Outre le surcroît de puissance, le compresseur apporte plus de
souplesse et un agrément de conduite encore amélioré.

Robert Benoist prouve les possibilités de la voiture en mai 1939
sur l'anneau de Montlhéry. Au volant d'une Galibier, il parcourt
182,6 kilomètres en une heure, avec un tour bouclé à du 195 km/h de
moyenne. Une performance impressionnante pour une berline d'avant
guerre.
La version de compétition, la Type 57 G permet à Bugatti
de remporter son deuxième succès aux 24 Heures du Mans, en 1939,
deux ans après le premier titre conquis au volant d'une Type 51. Ce
tank 57, surnom provenant de sa carrosserie en forme d'aile
d'avion, est piloté par Jean-Pierre Wimille et Pierre Veyron. Il
s'agit du dernier titre de gloire de la marque.
Tragédie, décès et guerre entraînent le
déclin
En effet, quelques semaines plus tard, en août 1939, Jean
Bugatti décède tragiquement au cours de l'essai routier du tank 57
victorieux du Mans. Dans la foulée, la seconde guerre mondiale
éclate et l'usine de Molsheim est réquisitionnée par les nazis.
A la fin de la guerre, Ettore Bugatti ne parviendra pas à
relancer la production de ses voitures.
Il décède le
vingt et un août 1947 et emporte avec lui les années glorieuses de
la marque. Il laisse les commandes de l'entreprise à son fils
Roland et à l'ancien pilote Pierre Marco. Les finances manquent et
les deux hommes connaissent des difficultés. En 1960, ils
présentent la Type 101 destinée à sauver la marque. Cette voiture
archaïque, construite sur un châssis de la Type 57 et sans roues
indépendantes, ne sera produite qu'à quelques exemplaires. En 1963
le groupe Hispano-Suiza absorbe la marque Bugatti et le site de
Molsheim est converti à l'aéronautique. De 1910 à 1963, environ
huit mille Bugatti auront quitté l'usine alsacienne.
La renaissance du mythe
La production automobile est abandonnée jusqu'en 1987, date à
laquelle Romano Artioli rachète la licence. En 1991, il présente la
Bugatti EB 110 en l'honneur du cent dixième anniversaire de la
naissance d'Ettore. Produite à une centaine d'exemplaires
seulement, sa démesure respecte la tradition Bugatti. Elle mêle
cuir et carbone et allie luxe et performance. Equipée d'un V12
quadri turbo développant 560 chevaux - 600 chevaux après une cure
d'amaigrissement de 200 kg - et d'une transmission intégrale, elle
est tout simplement la voiture la plus rapide de l'époque.
Mais cette construction est onéreuse et l'entreprise fait
faillite en 1996.
Le groupe Volkswagen AG ressuscite Bugatti en 1998 en acquérant
les droits de la marque. Le groupe allemand fait construire une
nouvelle usine à Molsheim et crée la société Bugatti Automobile
S.A.S, filiale de Volkswagen France. L'objectif est de faire
revivre la glorieuse marque. Dès 1998, Volkswagen AG expose au
salon de Paris la Bugatti EB 118, un coupé deux portes de 555
chevaux.
Le Concept Car Bugatti Veyron est présenté pour la première fois
à l'occasion du Tokyo Motor Show. Fidèle à la devise de son
créateur, ce nouveau modèle accumule les superlatifs. En 2001,
commence la production en série de cette voiture de sport hors
catégorie. En 2005, débute le montage de la première voiture,
officiellement baptisée Bugatti Veyron 16.4. Elle atteint 407
km/h et est à nouveau la voiture de série la plus rapide du
monde.

La Veyron est équipée d'un moteur 16 cylindres 64 soupapes, de
7.993cm³ de cylindrée, alimenté par quatre turbocompresseurs, qui
développe une puissance de 1001 chevaux à 6000 tr/min. Le passage
de 0 à 100 km/h se fait en 2,5 secondes, de 0 à 200 km/h en 7,3
secondes, et de 0 à 300 km/h en 16,7 secondes. La transmission fait
appel à une boîte DSG à sept rapports disposée longitudinalement
devant le moteur central.
La carrosserie, en deux tons, de la voiture est longue de 4,47
mètres, large de 1,99 mètres et haute de 1,21 mètre. La
traditionnelle calandre, sur laquelle trône l'emblème de la marque,
donne une noblesse unique à l'automobile. Les gros phares avant
sont en parfaite harmonie avec le radiateur. Ils forment un
ensemble compact qui donne à la calandre une ligne sportive
exemplaire. L'habitacle est tendu de cuir précieux.
La Veyron représente à n'en point douter l'esthétisme de la
super voiture de sport. Avec elle, l'esprit d'Ettore Bugatti
perdure et l'histoire revit.
© Article réalisé par Nicolas Delaye
© Photos bugatti.com & motorlegend.com