FCA_Meeting_2015_018

La rencontre annuelle du Ferrari Club of America, (FCA), était organisée cette année par la section Pacific et honorait les courses de Pebble Beach de 1950 à 1956.

Fondé en 1961, la section Pacific est la plus ancienne des Etats-Unis, elle regroupe les membres de la côte Ouest et du Nevada et organise le meeting environ tout les dix ans. Les années précédentes notamment en 2004, le rassemblement avait été exceptionnel, tant en nombre qu’en qualité, c’était également mon tout premier voyage en Californie et j’avais été marqué par l’esprit de convivialité typiquement américain, par la richesse des collections d’outre-Atlantique.  J’espérais revivre cette ambiance cette année, mais il a fallu déchanter, tout d’abord par la difficulté d’obtenir une accréditation, pas d’accès aux médias, le Club n’avait rien à y gagner m’a-t-on répondu. Mais comme aux USA tout à l’air de se régler avec des billets verts, un don de 100$ pour une cause caritative a finalement fait l’affaire. La deuxième déception fut le plateau, constitué principalement de voitures modernes était loin d’être attractif à mes yeux, mais soit il en faut pour tout les gouts. Quelques Ferrari historiques avaient fait le déplacement pour honorer les ‘Pebble Beach Racers’ thème annoncé dans le programme, mais toutes sauf une, étaient déjà présentes durant la semaine précédente.

C’est ainsi que vers 6h00 du matin, le lundi 17 aout, 250 Ferrari de toutes époques se sont dispersées sur le green du Nicklaus Club, réparties en différentes catégories. Une classe ‘Enzo Era’, une classe 250 GT, 250 GTE, 275 GTB, Dino, etc…Toutes plus scintillantes les unes que les autres, le choix des juges n’a pas du être facile. En début d’après midi, la cérémonie de remise des prix s’annonçait longue vu le nombre de trophées exposés. Le cadre restait tout de même assez photogénique.

Le lendemain, les participants rejoignaient le circuit de Laguna Seca, situé à quelques kilomètres du Nicklaus Club, où un petit rallye était programmé dans la région, alors que d’autres concurrents préféraient tourner sur le circuit. Là encore, rien de fort attrayant jusqu’à l’approche de l’avant dernier hangar du paddock…Des bruits inquiétants de mise en route de moteur, une détonation suivie d’un panache de fumée, que se passait-il dans cette caverne d’Alibaba ?

La semaine de Monterey allait pouvoir se terminer de la meilleure façon à la découverte d’une Ferrari 250 GT Tour de France de couleur blanche, portant le numéro 159. A première vue, la voiture n’est pas prête à rouler, plutôt en état de sortie de grange, les poules et la paille en moins. Des mécaniciens s’affairaient autour du moteur qui tournait quand même, les échappements ressemblaient à des poumons de fumeur,  le tableau de bord démonté, le volant quelque part, le pare-brise patientait à l’autre bout du box, à première vue rien n’était prêt. Mais c’était sans compter sur l’obstination du propriétaire de la machine qui commençait à donner des détails sur l’histoire de la bête. Alors, dans un silence presque religieux, les nombreux curieux écoutaient attentivement Jeff Boyd raconter son histoire. 0969 GT, puisque la voiture était maintenant identifiée, a commencé sa carrière le 4 juillet 1958 aux mains de Willy Mairesse qui l’engagea aux 12h de Reims, (2ème CG Mairesse/Beurlys), au Tour de France (abd), 1000 Km de Montlhéry (2ème CG Mairesse/Von Trip), toujours dans sa livrée blanche. L’année suivante, elle participait à de nombreux rallyes dont le Tour de France (N°159) et finît 2ème CG (Mairesse/Berger), subît de nombreuses sorties de route. En 1960, L’écurie Francorchamps la revendait à Ferrari pour la revendre aux USA où elle participa à de nombreuses courses locales, elle subit de graves dommages en 1965 après plusieurs tonneaux. En 1968, Jeff Boyd s’en portait acquéreur et la ressortait lors d’une réunion du FCA en 2000. Il attendit  2015 pour lui offrir quelques derniers tours de circuit. La voiture affichait 45.816 kilomètres au compteur et la dernière trace d’une inspection, vidange d’huile, indiquait 45.474 kms,le 9 septembre ’69, soit 342 kms en 46 ans.

Vers 11hoo, les passionnés d’histoire automobile se sont rapprochés pour écouter le vieil homme qui déballe d’anciennes plaques du Tour de France, une plaque d’immatriculation, des badges Ferrari qui seront reposés sur le véhicule, le soucis du détail le pousse même à replacer la plaque du Tour de France sur la malle arrière, non pas avec du tape, comme le pare-brise, mais en forant quatre beaux trous dans le coffre, au désespoir du malheureux désigné à la tache et qui s’en souvient certainement encore. Finalement, après au moins quatre heures d’efforts à travailler sur la voiture, Jeff s’habille enfin, s’installe péniblement dans son carrosse, (l’homme fait au moins 1,85 m), sort du box pour aller s’installer en pré-grille, juste le temps de prendre les derniers clichés avant de repartir vers San Francisco pour le retour en Europe. Quelle journée !... Espérons quand même que cette voiture unique, dans son jus, puisse poursuivre sa vie sans trop de restaurations et si possible au sein de cette famille fort sympathique. Merci Jeff pour ce très bon moment.

© Bruno Dugauquier