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L'exposition du dernier Techno Classica de Essen, consacrée en partie à la marque espagnole Pegaso, m'a incité à entreprendre quelques petites recherches sur cette marque peu connue des années cinquante….

L'immédiate après guerre reste une des périodes les plus prolifiques sur le plan automobile; en Italie, Enzo Ferrari ou les frères Maserati ont développé chacun leur petite entreprise avec le succès que l'on connait aujourd'hui, Ferrucio Lamborghini ne va pas tarder à leur emboiter le pas, alors que le voisin espagnol E.NA.S.A. (Empresa Nacional de Autocamionès S.A) se met à rêver du même destin, passer de la construction de camions et autocars à la conception et la réalisation de voitures de prestige et de compétition. Début des années cinquante, l'institut national de l'industrie fonde l'E.NA.S.A et engage Wilfredo Ricart comme directeur technique de la marque; celui-ci n'avait guerre brillé quand il était conseillé technique chez Alfa Roméo, et s'était même attiré la moquerie du "Commendatore". Les deux hommes ne se supportaient pas.

Au salon de Paris 1951, Ricard présente un coupé deux places de compétition équipé d'un V8 à 4 arbres à cames en tête, solution assez novatrice pour l'époque, alors qu'Enzo Ferrari avait choisi un 12 cylindres de conception nettement moins moderne mais tellement plus compétitif et robuste.

Il fallait aussi donner un emblème et un nom à ce nouveau bolide, Ferrari avait reçu le cheval cabré de Francesco Baracca, Ricard allait chercher dans la mythologie un équidé ailé dénommé Pégase…

L'aventure Pegaso pouvait commencer, la construction était extrêmement soignée et les solutions techniques révolutionnaires pour l'époque, boite de vitesse à cinq rapports en porte à faux derrière de pont arrière afin d'équilibrer les masses, moteur tout en aluminium, le Z-102 pour les versions routières et le Z-102 B pour les versions compétitions, mais le bilan se révéla assez vite ruineux, sous des caractéristiques techniques brillantes, les Pegaso cachaient des qualités souvent discutables voire décevantes, le freinage hasardeux et les performances ne tenaient pas les promesses du prospectus.

L'E.N.A.S.A. construisit quand même une bonne centaine de chassis répartis en 6 versions, ainsi que quelques modèles suralimentés, et après avoir réalisé les premières carrosseries, aux formes un peu rondouillardes, la firme espagnole fit appel à Jacques Saoutchik de Paris pour réaliser 25 Coupés et 12 cabriolets entre 1953 et 1954. Les formes restaient toujours assez maladroites et très influencées par les Etats-Unis. Dans le même temps, Ferrari venait de se séparé de la Carrozzeria Touring au profit de Vignale, Wilfredo Ricard récupéra le talentueux carrossier, et en 1952 un spider "Tibidabo" allait préfigurer la barquette "Deportivo" de compétition; 42 carrosseries sortirent des ateliers milanais. Le reste des chassis fut carrossé par Serra,(4) et par l'usine (20). Plusieurs prototypes furent réalisés en nombre restreint, voire des Concept Cars, quelques voitures expérimentales appelées "Rabassada" ou "Pedralbes"et qui reprenaient les mêmes lignes que la barquette Touring, pour être utilisées par l'usine dans les épreuves sportives. Touring réalisa également un superbe Coupé "Thrill" unique au design rappelant les Alfa Roméo BAT 5,7, et 9 de Bertone et qui fut primé au concours d'Elégance de la villa d'Este en 2008; il fait actuellement parti des pièces maitresses d'un collectionneur belge assez connu.

L'aventure en compétition ne fut pas très brillante, le sort s'acharnait sur les belles espagnoles aux 24 heures du Mans 1953, les deux modèles préparés pour l'épreuve mancelle allaient être détruits dans un incendie, et les deux coupés prévus en remplacement n'étaient, de toute évidence, pas assez compétitifs. Le championnat du monde des voitures de sport lancé en 1953 n'allait pas porter chance à Pegaso. Quelques résultats en courses de côtes, en Suisse et en France, mais qui s'en souvient?, le record du kilomètre lancé et arrêté détenu par une Jaguar C-Type, battu le 25 septembre 1953 à Jabbeke n'est pas resté longtemps non plus dans les mémoires.

Entre temps le type Z-103 succéda au Z-102 après 1956, mais la simplification apportée au moteur (1 seul arbre à cames) le rendait encore moins compétitif que ses concurrents italiens ou britanniques et l'aventure "automobile Pegaso" prit fin en 1958 après de nombreux déboires, seul la construction de matériel lourd (camions et autocars) allait être épargnée.

En 1983, un américain Raffi Minassian, exposa au salon de l'auto de Los Angeles, un concept car réalisé sur base Pegaso Z-102(?) destiné à faire revivre la marque aux Etats-Unis, malheureusement les cinq cent exemplaires prévus ne virent jamais le jour.

Quelques modèles phares de la marque restent encore en mémoire, dont la Pegaso Z-102 Coupé Cupula surnommé " El Dominicano" exposée en 1996 au salon Rétromobile de Paris. Cette voiture fut réalisée par les carrossiers de l'usine et dévoilée au Salon de Paris 1952, le concept car aux roues carénées et avec sa bulle de plexiglas fut acquis par le dictateur "Rafael Trujillo" puis passa dans la collection Blackhawk, Rosso Bianco pour finir chez Evert Louwman en Hollande.

La marque eut également les honneurs de l'édition 1995 du très réputé Concours d'Elégance de Pebble Beach, Californie, et c'est avec surprise que j'ai pu découvrir autant de Pegaso rassemblées en un même lieu lors du dernier Salon Techno Classica de Essen en mars dernier… Une excellente initiative de la part des organisateurs. Une marque à découvrir ou à redécouvrir avec passion dans le reportage photographique qui suit ces quelques lignes…..

 

Texte et photos : Bruno Dugauquier