DSC_2614

Après la seconde guerre mondiale, l'industrie automobile américaine est en plein renouveau, avide de nouvelles idées, certaines concernent la technique, (moteurs multisoupapes, ou hémisphériques, air conditionné…), d'autres sont orientées vers le design. Les Concept Cars font petit à petit leur apparition et les grands groupes automobiles américains rivalisent entre eux afin de débaucher le designer de renom.

Le modernisme est en marche et touche tous les aspects de la société de consommation, l'automobile n'y échappera pas non plus…

A cette époque, Virgil Exner et Raymond Loewy travaillent tous deux pour le bureau de style de Studebaker, mais la collaboration entre les deux hommes ne dure pas et devient de plus en plus conflictuelle. En 1949, la Chrysler Corporation engage Virgil Exner en tant que chef designer, il aura pour tâche de relancer les différentes marques du groupe en apportant un regard nouveau sur le style et sera à l'origine de célèbres Show Cars comme les Dodge Firearrow et Firebomb, Chrysler d'Elégance, De Soto Adventurer II, ou Plymouth "XNR" et Explorer, ainsi que la Ghia Streamline X"Gilda". Ces Concept Cars sont le plus souvent réalisés en sous-traitance par les maitres carrossiers italiens que sont Ghia et Boano.

En 1964, Virgil Exner quitte son poste de vice-président du bureau de style de la Chrysler Corporation pour créer son propre bureau de style, son expérience des nouveaux matériaux le pousse à utiliser la fibre de verre, le plexiglas, ou l'aluminium en grande série. Une revue automobile américaine "Esquire" le charge de concevoir une interprétation moderne  et néo classique d'une Stutz Super Bearcat, d'une Duesenberg Dual Cowl Sport Phaeton, d'une Packard Convertible Victoria et d'une Mercer Raceabout. De ces quatre projets, seule la Stutz Super Bearcat , devenue Blackhawk, connaitra une production très confidentielle sous forme de coupé, cabriolet et berline quatre portes. Le patron de la Copper Development  Association, George Hartley, voyant les esquisses de la Mercer, conclura un accord avec Exner afin de poursuivre le développement du projet en utilisant le cuivre et le laiton pour la finition extérieure et intérieure de la voiture, il trouve là une occasion unique de promouvoir l'utilisation de ces nouveaux matériaux pour l'automobile. Le résultat de cette étude verra le jour quelques mois plus tard, sous la forme d'un roadster appelé Mercer-Cobra, Mercer pour l'inspiration moderne de la Mercer 35 Raceabout de 1911, et Cobra parce que le chassis utilisé n'est autre qu'un chassis de marque AC fourni par Carroll Shelby, distributeur de la marque anglaise pour les Etats-Unis. Celui-ci achetait des chassis nus en Angleterre, qu'il équipait de V8 Ford surpuissants pour en faire des "Shelby AC Cobra".

Pour la Mercer-Cobra, le chassis CSX2451 allongé  est utilisé et équipé d'un moteur  V8 Ford de 289 c.i. retravaillé par  Carroll Shelby. La carrosserie quant à elle est sous traitée, non pas chez Ghia, en proie à des difficultés financières, mais sous les conseils de Brooks Stevens, (co-fondateur de la marque Excalibur), par la "Carrozzeria Sibona-Bassano" de Turin.

Le Laiton est utilisé à profusion pour les éléments extérieurs, jantes, calandre monumentale avec phares rétractables, entourages des phares, bas de caisse, ou pare chocs, alors que le cuivre envahit l'habitacle, notamment pour la console centrale, le tableau de bord, les contre portes ou le volant. Un cuir noir habillera également les deux sièges.

L'ensemble somme toute un peu chargé, reste cohérent et bien équilibré pour un roadster du milieu des années "60", il sera exposé lors de différents salons automobiles surtout aux Etats-Unis. Le collectionneur Joe Bortz en fait l'acquisition jusqu'en 1989 où il le cède à la "Lyon Family" toujours aux E-U. En 1996, au salon Rétromobile de Paris, la Mercer-Cobra trône sur le stand de la collection Blackhawk près de Danville, Californie, au coté d'une autre création de Virgil Exner basée sur une  Bugatti Type 101 C, le trait de crayon est typique du designer, gigantesque capot et poupe aplatie. La voiture repart pour le nouveau continent et se fait oublier jusqu'à cette année 2011 où, lors de sa vacation estivale à Monterey, la maison RM Auctions la propose à la vente, occasion rêvée d'approcher pour la deuxième fois ce roadster que j'affectionne pour son originalité et d'en tirer de nombreux clichés.

Estimée entre 800.000 et 1.200.000 US $, la Mercer-Cobra sera finalement adjugée bien en dessous de sa valeur, à 660.000 $ ttc. Restaurée et dans un état proche de la perfection, cette automobile extraordinaire, témoin d'un passé glorieux et plein de créativité est allé rejoindre d'autres monstres sacrés dans une collection anonyme….Qui sait, peut être la reverra-t-on un jour ?

 

Texte et photos: Bruno Dugauquier