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Ouille. Je peux vous dire que quand le réveil sonne à 1h30 du matin, c'est raide. Je me mets en route pour cinq heures de voyage qui en deviendront sept après deux arrêts pour dormir un peu le long de la route. Je commence a avoir une désagréable impression de déjà vu quand je traverse un véritable rideau de pluie à quarante kilomètres de ma destination. De fait, le temps est vraiment très couvert quand j'arrive à Cernobbio. Je me gare et saute dans une BMW série 5 GT. J'ai déjà dit tout le mal que je pensais du look et du nom de cette voiture mais je dois reconnaitre qu'il y a de la place pour les passagers et que l'on voyage dans le confort, même sur un kilomètre. Je retrouve avec plaisir le charme luxueusement désuet de la Villa d'Este.

Pour l'instant, seules les équipes de BMW Classic s'affairent à mettre en place des bataillons de 328 (pas les séries 3) et de 507.

 

Je retrouve une nouvelle fois Ludo qui est je pense l'un des rares non professionnels français à voyager plus que moi. Etienne est également en villégiature pour la septième année consécutive. Le vendredi est réservé aux enregistrements et aux vérifications techniques. Une promenade en vieilles BMW est aussi à l'ordre du jour. Mais surtout, le vendredi est le jour des photographes, les voitures participantes se plaçant à quelques endroits esthétiquement très stratégiques pour se faire tirer le portrait sous tous les angles. Ca, c'est la théorie. 

Les premiers véhicules arrivent rapidement et se mettent en file pour accéder à l'auvent où les commissaires se penchent sur leur pédigrée. Je tacherai pour ma part de détailler les voitures dans le reportage sur la parade du samedi mais voici déjà deux Maserati: une Maserati 3500 GT Spider Vignale

               

et une A6G/54, moins fine.

 

ainsi qu'une Cisitalia 202 Spider Farina.

 

Sous la partie couverte de l'entrée de l'hôtel se trouve une Ferrari 500 Superfast. Il me faut regarder de très près pour déterminer qu'elle est bien vert foncé et qu'il s'agit par conséquent de 6043SF, l'ancienne voiture d'Edgar Schermerhorn dont la collection avait été dispersée l'année dernière lors de la vente RM de Maranello.

 

Parmi les voitures mises à disposition par BMW, l'organisateur de l'évènement, se trouve une superbe BMW M1 couleur crème.

 

Je rencontre ensuite Julien et Matteo, eux aussi des habitués des lieux. En bons chasseurs, ils ont déjà fait le tour du parking sous terrain où ils ont repéré une McLaren F1, le Graal des spotters, une voiture considérée comme la supercar la plus emblématique du siècle dernier. Il va sans dire que je vais immédiatement me rendre compte par moi même.

         

Je fais ensuite le tour de l'hôtel pour tomber sur une séance de shooting avec cette Talbot Lago T26 Grand Sport. Entre photographes confirmés et travaillant pour la plupart avec des objectifs assez longs, c'est un plaisir de tourner autour de la voiture sans jamais avoir personne dans le champ. C'est l'essence même d'un vendredi à la Villa pour moi.

       

         

La promenade s'apprête à partir quand soudain je vois la McLaren F1 se présenter pour accompagner les BMW. A ma grande surprise, je reconnais même le conducteur assis en position centrale avec ses fils de chaque coté (un rêve de père de famille): il s'agit de Simon Kidston, le speaker de l'évènement et célèbre négociant en voitures de luxe.

         

Exceptionnellement, je sors de ma réserve pour toquer à la vitre. Il entrebâille volontiers la minuscule partie mobile de la vitre latérale et je lui demande directement si il serait possible d'organiser un petit shooting de la belle au cours de la journée. Sympathique comme à son habitude, il est d'accord et me dit de voir son caméraman après la promenade afin qu'il nous sorte la voiture. Je cours ensuite un peu plus loin pour immortaliser la voiture en mouvement, avec un succès tout relatif. Attardons nous pour quelques lignes sur la Mclaren F1, afin de comprendre l'engouement que cette voiture suscite dans les cercles de passionnés. Ce n'est certes pas pour sa ligne qu'elle est considérée comme la meilleure supercar de tous les temps. En tout cas, à titre personnel, je ne suis pas impressionné, surtout face à une F40 par exemple. La voiture a été développée sous la houlette de Gordon Murray, célèbre ingénieur Sud Africain  responsable entre autres de la fameuse F1 Brabham à ventilateur ou des premiers ravitaillements en course avant de s'éloigner de la conception des Formule 1 suite au décès d'Elio De Angelis en 1986 sur un modèle qu'il avait dessiné. Il arrive chez McLaren où il se contente de superviser le travail des concepteurs avant que Ron Dennis ne lui confie en 1989 la création d'une voiture de route, la McLaren F1. Première originalité, le conducteur est assis au centre de la voiture, avec les passagers en retrait de chaque coté.

Le moteur est atmosphérique afin de garantir une bonne fiabilité: il s'agit d'un V12 BMW spécialement modifié, développant 627 chevaux pour 6 litres de cylindrée, thermiquement isolé à la feuille d'or. L'un des principaux atouts de la F1 est sa légèreté, 1150 kg obtenue grâce a un châssis monocoque en carbone (une première à l'époque). Sa vitesse de pointe est de 387.7 km/h, ce qui lui permit de rester très longtemps la voiture "de série" la plus rapide. En 1995, une version de course fut produite, la GTR, qui s'imposa aux 24 heures du Mans la même année (en fait quatre GTR finirent aux 5 premières places, une performance absolument incroyable à ce niveau de compétition).  Seuls 106 (ou 107 suivant les sources) exemplaires ont été produits en comptant les versions GTR et Le Mans dont 64 en version route standard comme celle ci. Il s'agit ici du châssis N° 007 (normal pour un Anglais), et elle appartient à M Kidston, qui avait participé à sa vente en 1998 du temps où il travaillait pour Bonhams. La vie est ainsi faite.

         

Voilà normalement de quoi être gonflé pour la journée. Pas tant que çà en fait car à peine les cabriolets partis sur les routes environnantes, la pluie se met à tomber. Du moins juste après que j'aie immortalisé cette Cisitalia Ford 808XF Vignale qui va vite rentrer à l'abri.

         

Pour l'instant les gouttes sont encore légères. Nous trouvons cette Aston Martin cachée sur l'arrière de l'hôtel.

 

J'attrape in extrémis cette intrigante Alfa Romeo 1600 TZ2 qui semble vraiment très plate

tandis que cette Aston Martin DB2 Dub Style se précipite dans le garage. Décidément, il y a nombre de modèles très déconcertants.

A cause de la pluie, l'activité est plus que calme.  Jonathan est arrivé entre temps, mais il a l'excuse de voyager en famille. A un moment donné Ludo et moi décidons de partir en reconnaissance du coté des remorques garées à l'entrée du parc. La première est d'office un sacré choc: une Lamborghini Miura Roadster. Il serait même plus précis de dire LA Miura Roadster.

Forts de cette découverte, nous retournons vers l'hôtel où une Iso Rivolta Grifo Can Am est arrivée.

La Miura ne traine pas, anxieuse de se mettre à l'abri de la pluie qui continue de tomber.

       

Je peux donc vérifier que je n'avais pas la berlue: la peinture bleue est bel et bien pailletée. Elle n'est pas née dans les années disco pour rien: c'est vraiment très spécial.

La pluie redouble désormais d'intensité. Finalement les voitures les plus à leur place aujourd'hui sont certainement les Amphicars qui ont l'habitude de se mouiller.

       

Il ne reste qu'à se réfugier en salle de presse pour déjeuner des excellents sandwiches mis à notre disposition. La situation ne s'améliore pas. Nous décidons alors de faire retraite dans le parking souterrain. La plupart des voitures sont là et même si le 7D permet des photos à main levée, ce n'est tout de même pas très satisfaisant. Voici une Type C et une Alfa Romeo 1900 SS Zagato. Bon, les murs offrent un fond acceptable tout de même.

       

Ici le châssis 85032, une BMW 328 Roadster qui remporta une victoire de classe aux Mille Miglia en 1938 puis fut recarrossée en aluminium avant de participer de nouveau aux Mille Miglia en 1940. On en reparle plus en détail mais il s'agit d'une voiture majeure qui doit être présentée à la vente RM de Monaco dans une semaine.

Je trouve également la California

       

et la Miura est là également, se prêtant à une séance photo souterraine.

Vers 14h00, je tente une nouvelle sortie. Une étrange Alfa Romeo 1400 carrossée par Ghia se présente. Une ligne très originale mais contrairement à la DB2, les roues sont ici un peu sous dimensionnées pour mes propres goûts.

       

Tiens, une moderne: Wiesmann GT d'une couleur plutôt distinguée. Elle est à sa place ici.

Soudain, voici le deuxième gros choc de la journée après la McLaren: 1611SA, une 400 Superamerica Cabriolet Série 1, propriété d'un américain pour le compte duquel elle a déjà brillé aux Cavallino Classic en 1999 et 2004. Il s'agit de la voiture présentée au Salon de Bruxelles en 1960. Sept exemplaires seulement ont été produits. C'est çà aussi la Villa d'Este: voir surgir à l'improviste des voitures hors concours aussi exclusives que les participantes, qui disparaissent ensuite pour ne plus être revues. Là c'est quand même plus impressionnant que la Stratos de l'an dernier.

       

Pendant une accalmie, quelques voitures apparaissent comme cette Lancia Aurelia B56

       

la BMW 328 se précipite

de même que cette Talbot Darracq conduite moteur coupé d'une façon fort peu orthodoxe par son jeune propriétaire.

       

Quand une Ferrari montre son nez, Marcel Massini n'est jamais loin. C'est une sorte d'automatisme.

Vers 15h00, le rallye de BMW est de retour. Les occupants des roadsters n'ont pas forcément du passer un excellent moment mais la vue reste spectaculaire.

Et voici une nouvelle Ferrari hors concours, une magnifique 275 GTS. La pluie redouble d'intensité.

       

Matteo, mais un autre, me signale alors que la Bentley Flying Star se trouve à deux pas. Je vais donc faire ce qui se rapproche le plus de mon deuxième shooting de la journée. Les jantes ont été changées depuis la présentation à Genève mais j'ai un peu de mal avec ces néo-Borrani.

       

Avec un photographe à son bord, la voiture recule et s'élance dans la courte allée à plusieurs reprises. Je ne sais pas quel est l'objectif recherché mais çà me va bien.

Si on m'avait dit que je ferais un filé au 1/20 à la Villa d'Este, j'aurais certainement émis quelques doutes. Et pourtant.

Les 507 font du gymkhana pour rejoindre leur display sur une pelouse.

       

Cette superbe Talbot Lago T150 C SS Teardrop n'a pas peur de se mouiller. Peut être à cause de son surnom, "goutte d'eau".

       

La Flying Star s'approche à son tour, suivie du second brake de Touring: la Maserati Bellagio. Il s'agit d'un nouvel exemplaire bleu foncé qui s'arrête à quelques centimètres de la Bentley, et pas en douceur.

       

Risquer ainsi un concept car en arrivant bien vite sur des pierres mouillées est un peu stupide selon moi mais enfin, çà s'est bien passé pour cette fois. La Bellagio n'est pas engagée et repart assez rapidement.

       

Concept car toujours avec cette étrange Spada Codatronca venue par la route, comme en témoigne la plaque Prova provisoire. Pas banale.

       

Cette nouvelle 507 (la cinquième) ne vient pas de BMW Classic et sera soumise au vote.

       

L'heure tourne et les voitures se font de plus en plus rares. Cette Bugatti 57 TT est une des dernières à sortir. Je dois dire que je la trouve tout sauf élégante, beaucoup trop longue et carrée. Question de goût une nouvelle fois.

A 18 heures, la pluie n'a pas cessé. Le shooting de la McLaren est tombé à l'eau au sens quasiment littéral. Plus rien ne bouge ou presque, je décide donc d'aller me reposer de cette longue journée. Le bilan est évidemment très décevant puisque les voitures n'ont fait que de rapides apparitions et les traditionnelles séances photos au bord du lac n'ont pas eu lieu. La journée est néanmoins sauvée par l'apparition surprise et fugitive de deux voitures hors concours exceptionnelles qui justifient à elles seules les longues heures d'attente sous la pluie. Même si j'étais prêt à rester plus longtemps en cas de beau temps, c'est sans trop de regrets que je prends la direction de l'hôtel et que je m'endors comme une masse dès 21h00. La météo s'annonce plus clémente pour demain. Je ne sais pas si c'est la pluie abondamment présente lors des dernières éditions qui a motivé la décision prise par les organisateurs de repousser le concours en mai pour les années à venir mais les dates pour 2011 ont d'ores et déjà été annoncées: du 20 au 22 mai.

© Nicolas Jeannier