Comme ont pu le remarquer les fidèles du site, je ne suis pas particulièrement féru de Bugatti. Mon intérêt pour la marque a certainement pour origine la production récente de supercars comme la Veyron ou l'EB110 et j'avais déjà envisagé un déplacement à l'usine. Néanmoins, la distance et la production très faible de voitures m'en ont jusque là dissuadé, les chances de voir une Veyron en rodage étant certainement très faibles.  

J'ai donc d'abord vu dans le Festival Bugatti qui a lieu ce weekend l'occasion de photographier une ou plusieurs Veyron sur route, voitures que je n'ai croisées qu'à deux reprises jusqu'à maintenant. Je sais, j'ai honte. Un peu comme si quelqu'un s'intéressait à Ferrari pour l'Enzo en ignorant tout des merveilleux modèles produits pendant les vingt premières années d'existence de la marque.  

Le Festival sera donc peut être une occasion pour moi de combler certaines lacunes. D'abord, direction Wikipedia pour une consultation de l'historique de la marque. N'étant peut être pas le seul ignorant, je vous en fais un résumé à ma sauce, ceux qui connaissent çà par cœur peuvent sauter ou contrôler:   

Ettore Bugatti nait en 1881 à Milan, dans une famille d'artistes. Ses dons pour la mécanique se révèlent très précocement et il fonde son usine automobile en 1909, année de la naissance de son fils Jean, à Molsheim Dorlisheim, près de Strasbourg, alors que l'Alsace est sous occupation Allemande.   

Ses automobiles connaissent un succès rapide et se taillent un palmarès en course sans précédent de près de 10000 victoires, avec notamment la Type 35 de 1924 qui remporta près de 2000 victoires. La devise d'Ettore Bugatti était "rien n'est trop beau, rien n'est trop cher". A tel point qu'il soigne également l'esthétique de ses moteurs, à la forme parallélépipédique caractéristique. Son fils Jean, qui a hérité du génie de son père, le rejoint très tôt dans l'entreprise et contribue largement au succès et au design des modèles. C'est lui qui dessinera la mythique Royale 

Bugatti remporte les 24 heures du Mans en 1937 avec Jean Pierre Wimille et Robert Benoist sur une type 51 et en 1939 avec Wimille encore et Pierre Veyron sur une Type 57G. Cette dernière victoire sera le chant du cygne de la marque. Quelques jours plus tard, Jean Bugatti se tue en essayant une Type 57C à une dizaine de kilomètres de l'usine. La guerre éclate dans la foulée et l'usine est réquisitionnée par les nazis.  

A la fin de la guerre, Ettore Bugatti, affaibli par la mort de son fils, ne parviendra pas à relancer la production de ses voitures et s'éteindra en 1947, emportant avec lui les années glorieuses de la marque. Son autre fils Roland tentera de pérenniser la marque mais celle ci sera finalement vendue à Hispano Suiza en 1963, après avoir produit 7500 voitures.  

L'usine est reconvertie dans l'aéronautique et subsiste d'ailleurs toujours aujourd'hui, fabriquant des freins carbone pour Airbus et Dassault sous le nom Messier-Bugatti. C'est à cette époque que les frères Schlumpf font une razzia sur les modèles et les pièces détachées de la marque, débutant une affaire rocambolesque qui aboutira à la création du Musée de l'automobile de Mulhouse  

La production automobile est abandonnée jusqu'en 1987, date à laquelle un entrepreneur Italien rachète la licence et présente en 1991 pour le 110ème anniversaire de la naissance d'Ettore la Bugatti EB110. C'est la voiture la plus rapide de l'époque avec 342 km/h mais c'est un échec commercial. La marque fait faillite en 1996 après avoir produit 139 unités. 

En 1998, le groupe Volkswagen ressuscite à nouveau Bugatti et construit une usine à proximité immédiate de l'ancienne usine et de la villa d'Ettore Bugatti, le château Saint Jean, qui est entièrement restaurée. Fidèle à la devise de son créateur, le nouveau modèle accumule les superlatifs: la Veyron est propulsée par un moteur de 16 cylindres, 8 litres, 1001 chevaux et atteint 407 km/h au prix de 1 276 000 €. Avec un objectif de production de 300 voitures, les Bugatti sont à nouveau les voitures de série les plus rapides au monde.

Finalement, même si une aventure s'achève au moment où l'autre débute, en 1947, les trajectoires de Bugatti et de Ferrari présentent quelques similitudes: même capacité à s'entourer des meilleurs ingénieurs, même succès en compétition, même cruelle disparition de l'héritier adoré. Et bien sûr même héritage adulé des fans. 

Mais revenons à nos moutons et au Festival proprement dit. Assister à celui ci demande de la bonne volonté car les informations ne sont pas légion sur le net et le Club des Enthousiastes de Bugatti qui l'organise ne semble pas lire ses mails. A tel point que j'ai failli au tout dernier moment arbitrer en faveur du 2ème weekend de l'Excellence Automobile   qui a lieu à Reims et où devraient être présentes une 250 GTO et une 250 LM (déjà connues pour moi). Etant donné la distance et la météo incertaine, je reste sur ma première idée mais je garde Reims sur mes tablettes pour l'année prochaine, le rendez vous s'annonçant prometteur (pour ceux qui s'en souviennent l'an dernier, Jean Alesi y avait conduit la Mercedes W196 "Streamliner" de Juan Manuel Fangio, victorieuse du G.P de l'ACF 1954 sur ce même circuit de Reims - Gueux). Mais je digresse encore.

Me voilà donc parti ce samedi matin dès 7 heures. Les Bugatti consacrent la matinée et une partie de la journée à une excursion au Rocher du Dabo puis au Col du Donon avant de revenir à Molsheim pour le Concours du Trophée de la Fondation Bugatti. La journée s'annonce chargée. Il tombe des cordes tout au long du voyage. J'arrive à Molsheim vers 9h00. L'excursion était censée quitter la ville à 8h30 et en effet il n'y a plus personne. Je prends quand même le temps de découvrir les ateliers d'assemblage des Veyron, au fond d'une gigantesque pelouse, et le château St Jean où les heureux clients viennent choisir les spécifications de leur futur bolide.

         

Je programme donc la première étape dans le GPS qui m'y conduit par la route la plus directe. A un moment donné, je croise deux Bugatti. Est ce que je suis vraiment censé faire çà? Toujours est il que le GPS finit par me faire prendre de petites routes sinueuses en pleine forêt. Au moment où je me félicite pour son acquisition, il se met à perdre la boule: pluie battante + forêt profonde, c'est un peu trop pour lui, il ne trouve plus ses satellites. Je continue tout droit au milieu de nulle part. Par chance, au moment où j'arrive à un croisement, trois Bugatti me passent juste sous le nez. Je les suis et je me rends compte qu'elle sont précédées par une voiture avec un gyrophare. On dirait bien que j'ai rattrapé la tête du convoi. Nous montons progressivement, le pluie ne cesse pas mais la brume s'épaissit. Après quelques kilomètres, je décide de stopper pour attendre le reste des voitures. Elles ne tardent pas à arriver, surgissant du brouillard tel des spectres venus du passé.

Une Type 40 et une Type 57 S/R Roadster, suivies d'une Type 51

       

       

Quelques intruses se sont glissées parmi les Bugatti, comme cette 208 GT4 sn 11630 et une rare Isdera Imperator

       

Le défilé se poursuit. Une Type 40 GS de 1929 et une Type 57 Galibier de 1939

       

Une Type 35 B/R GP et une Type 37 GP

       

Une Type 35B et une Type 40 Torpedo

       

Type 57 G (recréation) et une Type 57C Atlantic (fausse)

       

Arrivés vers le Rocher du Dabo, à près de 700 mètres d'altitude, les organisateurs décident que le temps est vraiment trop mauvais (difficile de le nier) et dirigent le convoi vers la salle communale du village pour une pause que les conducteurs de voitures découvertes auront sans doute apprécié à sa juste valeur. Il tombe toujours des cordes, ce qui commence à me préoccuper pour mes appareils photos. Je tente un stratagème en fixant un sac poubelle sur l'objectif avec un élastique pour protéger l'ensemble de la pluie. Cependant, l'eau a tendance à s'agglutiner dans des plis et je ne suis pas très sûr du bien fondé de la démarche.

Type 35 B/R et Type 35 A GP

         

Type 37 GP et Type 46S Torpedo

       

Type 51 GP et Type 55/R

       

On reconnait tout de même facilement les voitures dessinées par Jean Bugatti, le fils, par rapport à celles d'Ettore, dont la carrosserie était minimaliste ou très classique.

       

Ici une Type 57G, surnommée le Tank,  modèle similaire à celui qui remporta Le Mans en 1939 et et au volant duquel Jean trouva la mort, sonnant le glas de la marque.

       

Petit retour sur l'Isdera

J'anticipe le départ de la meute et pars en avant pour chercher mon prochain point photo. Je le trouve quelques kilomètres plus loin. Cette fois, j'opte pour le parapluie pour me poster au bord de la route. Il faut vraiment louer le courage des pilotes et passagers des bolides dont la plupart sont découverts et dont le pare brise n'est que symbolique.

       

       

L'absence de garde boues sur certains modèles n'arrange rien, bien au contraire.

       

       

Le design des Bugatti n'a pas toujours été heureux, avec des voitures carrées totalement fidèle à leur époque

       

avant de se transformer et de voir apparaitre des courbes bien plus sensuelles. Ici une Type 57 Ventoux

Une fois les voitures passées, je prends ma place en queue du convoi pour aller au Col du Donon où se trouve un restaurant où les participants prendront leur déjeuner. La vingtaine de kilomètres est parcourue à un train de sénateur mais avec une Bugatti deux voitures devant, on est vraiment pas pressé d'arriver. Mais alors que nous approchons du but, j'aperçois la silhouette ramassée d'une Veyron qui vient à la rencontre du convoi. Je précipite la voiture sur le bas coté et je sors en vitesse appareil en main. La Veyron s'apprête à faire demi tour.

       

Elle disparait bien vite et je réalise que nous ne sommes qu'à quelques mètres du restaurant. Les voitures se regroupent sur le parking et je vais me garer un peu plus bas. L'alignement des Bugatti est assez surréaliste. Et il pleut toujours autant...

       

C'est à ce moment que je retrouve Francis, un membre de Ferrarichat qui m'avait donné rendez vous ici. Bien que Ferrariste confirmé, il me donne des infos précieuses sur les Bugatti. Notamment sur celle ci, la plus belle de toutes, qui n'a été produites qu'à trois exemplaires. L'un d'entre eux serait en France et les deux autres aux Etats Unis, dont un chez Ralph Lauren. Après vérification sous l'aile avant, il apparait que celle ci est une réplique parfaite en fibre de verre. Dommage, même si çà n'enlève rien à son extraordinaire charisme. Souvenez vous qu'il s'agit d'une voiture d'avant la deuxième guerre mondiale.

       

Bugatti aussi sait faire d'impressionnants plateaux arrières:

       

La Veyron Faubourg tranche un peu sur le reste

       

mais n'est pas si éloignée du "Tank"

       

       

       

Les accompagnatrices sont là aussi:

       

Une fois tout le monde parti manger, nous nous retrouvons quasiment seuls au milieu des voitures. L'occasion idéale pour faire une revue de détails. Florilège:

Voilà à quoi ressemble un 16 cylindres de 8 litres

dans son jus:

       

Klaxons et rétroviseurs sanglés sur la roue de secours ou le levier de vitesse (?), il fallait y penser.

       

Deux générations, deux bouchons de réservoir

       

et deux idées du luxe

       

Bouchons de radiateur

       

       

Cocorico !!

et on termine par les traditionnelles et caractéristiques calandres:

       

Après avoir fait plusieurs fois le tour du parking, nous décidons d'aller nous mettre un moment au sec chez Francis qui habite un pavillon non loin de Molsheim. Ca fait du bien d'être au chaud devant un bon café. Nous dissertons agréablement de notre sujet préféré (pas de Bugatti vous l'aurez compris) et j'ai tout loisir de m'extasier devant sa très complète bibliothèque. Au moment de partir, il m'entraine vers le garage où m'attends une divine surprise: une Dino 246 GT. Dommage qu'il pleuve autant, ce qui nous empêche de la sortir devant la maison pour quelques photos. Mon hôte l'a achetée en 1982, alors qu'il n'avait que 25 ans et l'a conservée jusqu'à aujourd'hui malgré les pressions du marché (le modèle s'échangeait près d'un million de francs après la mort du commendatore). Il faut vraiment connaitre ses quelques défauts d'assemblage pour les voir, elle est vraiment fantastique ! C'est aussi çà la passion pour Ferrari: des modèles rares et anciens dans des garages de particuliers, non pas parce qu'ils sont riches mais parce qu'ils ont su investir au bon moment et garder la tête froide ensuite. Chapeau bas !

       

Mais c'est la journée de Bugatti, donc nous reprenons rapidement la route de Molsheim où les voitures doivent se rassembler au centre ville. Elles sont toutes garées dans une petite rue en attendant de défiler sur la place de l'hôtel de ville pour un concours. La pluie n'a pas cessé et quand nous arrivons, les badauds ne sont pas très nombreux. Ce sont en majorité les même voitures que celles qui ont participé au rallye mais cette fois dans un cadre plus urbain.

       

       

La Veyron fait sensation à son arrivée et accapare immédiatement l'attention des spectateurs.

       

Petit à petit, il y a de plus en plus de monde qui déambule au milieu des voitures. C'est un peu comme cela que j'imagine l'ambiance du départ des Mille Miglia, sauf qu'il y a beaucoup moins de monde et de voitures mais ça reste convivial et sympathique. Un fois de plus, le public fait preuve de discipline et de respect, ce qui montre que ce genre de manifestation est possible. Une voiture inédite approche, de forme très différente des autres, c'est une Type 13 Brescia Sport de 1923

La pluie tombant toujours à torrents, je décide de ne pas attendre le concours et de prendre le chemin du retour. Il est presque 17h et la journée a été bonne. En repartant, je tombe sur une intruse (une Delahaye) et sur un retardataire (Type 57 Ventoux) qui se fraie un chemin dans les rues étroites de la vieille ville, ce qui me permet de faire une des plus belles images de la journée.

       

Le chemin du retour me ramène vers les lieux mythiques de la marque et en passant devant l'auberge du pur sang, je tombe sur une Bugatti que je n'ai pas encore vue et qui est en passe d'être chargée sur une remorque. Pas étonnant qu'elle soit en panne si on met du rosé dans le radiateur. Le temps d'échanger une petite blague avec les propriétaires et je suis parti.

          

A ma grande surprise, je double une autre vénérable Bugatti sur l'autoroute. Décidément, ces gens n'ont vraiment peur de rien ! Bon, j'attends de voir les photos de Reims pour savoir si j'ai bien fait de choisir les Bugatti. En tout cas, j'ai passé une excellente journée, dommage qu'elle ait été aussi arrosée (surtout pour les appareils photos, pour moi çà m'est égal). Du coup, le public était assez clairsemé mais il reste le dimanche pour rattraper le coup. Il y avait un nombre de voitures somme toute raisonnable, Bugatti a joué le jeu en sortant une Veyron. J'ai eu plaisir à découvrir l'usine et ses alentours, ainsi que la superbe architecture de Molsheim et des villages environnants. Un grand merci à Francis d'avoir partagé avec moi son Trésor.

L'année prochaine, c'est le centenaire de la création de la marque, donc le Festival devrait prendre une ampleur inégalée. J'espère que cela ne tombera pas le même weekend que Reims car je me retrouverais alors devant un choix difficile. En tout cas, cette journée à la découverte de Bugatti a été très agréable.

Un grand merci également à bugatti69 du site www.bugattibuilder.com pour son aide pour l'identification des voitures. En voici la liste complète, avec référence aux numéros de participation au festival ou immatriculations qui apparaissent sur chaque photo:

#19 T37A GP 1926 (37210) 3721 XR 68(F),
#34 T43/44 Roadster Replica 1928 (43275) VD-3983 (CH)
#35 T57 Ventoux 1938 (57662) 2500 UB 57(F),
#40 T40 Faux Cabriolet (40931) HD-0730 (D)
#44 T46S Torpedo 1929 (46340) MZ-20-08(NL)
#49 T51 GP 1933 (BC 087) ESC 56 H(D)
#57 T57 Atalante 1938 (57598) 15 UV 57(F),
#60 T57SC Atlantic (57659+Koux body) 57 SC 94(F),
#67 T37 GP 1927 (37234) TS NP 37H(D),
#68 T43 GS 1927 (43196) DCX 168 (B)
#76 T40 Torpedo 1928 () 40 APJ 67(F),
#80 T51/R GP 1930 (PS)
#83 T57 Ventoux 1938 (57628) 57 ATM 67(F),
#105 T30 Torpedo 1925 (4637) YP 5680 (GB)
#106 T101 Coupe Guilloré 1951 (101502) AL 91 70 (NL)
#107 T35B/R GP (PS)69. . 7(F)noir
#108 T35B/R GP (PS)637 C 67(F)noir
#10. T35C GP 1929 (4923) STA-074(B),
#113 T55/R SS (?)55 ZA 68(F),
#115 T40 GS 1928 (40842) 111 ALF 67(F),
#116 T44 Roadster 1929 (441100) 1112 W 67 (F)
#118 T57G Tank 1936 Recreation (57574) 6160 ZZ 06(F)
T13 Brescia Sport 1923 (BC 072) 6967 TL 67(F),
T35A GP 1926 (4799) P 929 R(B),
T35B GP 1926 () 35 YE 67(F)
T37A GP 1926 (37224) FR 07296(D),
T40 GS 1929 (40671) RUD-EB40H(D), T40 GS 1929 (40763) GP-XT40H(D)
T46S berl. 1929 (46583)OS-TP 464H(D)
T49 Roadster Uhlik 1931 () (D)
T57 Galibier 1934 (57225) 928 NV 67(F)
T57 Ventoux 1935 (57286) 2868 RW 93(F)
T57 Galibier 1939 (57761) 131 VD 67(F),
T57S/R Roadster 1937 (Koux) 8631 YV 84(F)

Pour chacune d'entre elles il est possible de consulter la base de données sur wiki: http://www.bugattibuilder.com/wiki/index.php?title=Bugatti_chassis_number_database dans le type et ensuite le numéro de châssis correspondant.
 

© Nicolas Jeannier